CHAPITRE PREMIER
diviser, le roi d Espagne n'ayant plus le moyen ni l'espoir de les réduire par la force. 11 leur conseillait de s'emparer de sa personne pour mettre fin a la guerre 1 , ou tout au moins de ne pas le reconnaître avant qu'il eût fait sortir les soldats espagnols de leur territoire.
C'est ce dernier parti qu'ils adoptèrent. Durant plusieurs mois ils laissèrent don Juan sur la frontière, ne consentant a le recevoir que lorsqu'il aurait admis les bases de la pacification de Gand, ordonné la retraite des troupes, adhéré a la remise des citadelles construites par le duc d'Albe, et pourvu au rétablissement de tous les anciens droits des provinces. Don Juan traita avec leurs députés, qui se rendirent d'abord a Luxembourg puis a Namur, montra dans cette négociation beaucoup de douceur et de loyauté, mêlant l'adresse a la condescendance et défendant de son mieux les intérêts de son frère. Après six semaines de pourparlers inutiles, d'application fatigante, il écrivit le 21 décem-
licu où il soit le plus l'or l. » (40 nov. 1576. Le prince d'Orange à la communauté de Bruxelles, Arch. de la maison de Nassau, publiées par M. Grocn van Prinstcrer. Leydc, 1841, in-8°, t. V, p. 508.)
1 « I/advis dudit sieur prince seroit qu'il faudrait par tous moyens se lenir asseuré de su personne. Car si nous pouvons une fois nous en asscurer, il est certain que sans aucune effusion de sang, sans dépence et foulle de peuple et autres maux infinis, que la guerre ameyne, nous mettons facilement avec l'ayde de Dieu lin à ceste guerre, car il est sans doute que le roy, veu lestimc en laquelle il l'at, aymera mieux nous accorder nos justes requestes, laissant partir les Espagnols, que «le le laisser en tel estât. » {Avis du prince d'Orange aux États. ISovembre 1570. Arch. dt la maison de Nassau. Ibid., p. 4%.)
bre à Perez pour lui redemander Escovedo, qui lui devenait plus que jamais nécessaire : « Je ne suis après tout qu'un homme, et je ne saurais suffire seul à tant de choses sans quelqu'un a qui me lier, et surtout quelqu'un comme Escovedo... 11 est pourtant parfaitement vrai que je me couche à minuit et me lève a sept heures aux bougies, sans savoir de tout le jour si j'aurai un moment pour manger et donner au corps ce dont il ne peut se passer pour vivre. Aussi m'en coûte-t-il déjà trois fièvres... Je me désespère de me voir comme vendu ici avec si peu de monde et sans un veut, sachant trop bien quelle lenteur on met la-bas h tout faire 1 . »
Escovedo n'était point resté inactif en Espagne. Il avait pressé Philippe II avec une ardeur extrême et même avec une rudesse inconsidérée de seconder son jeune maître. Dans l'emportement de son zèle, il avait remis au roi un écrit où il allait jusqu'à blâmer le décousu de sa politique 2 . Perez, qui s'intéressait de bonne foi a Escovedo dans ce moment.
1 a Porque yo no puedo, siendo nombre umano. y no savré acudir solo a tanto sin tener nombre de quien confiar, mayormenlc persona tal... Si es vcrdad, como lo es sin duda, que me acuesto a las doce y nie lebanlo a las sietc pcrpeluamenle, con bela, sin savcr en todo el dia si tendre ora segura para corner, y dar al cucrpo lo que es mcncstcr forçosso para la vida, y asi me cuesla va très calenluras... Desesperado estoy de verme entre esta «rente bendido, y con tan poca, y sin un real, y saviendo el espacio con que alla se bace lodo. » (21 déc. 1570, don Juan à Perez, ms. de la Haye, fol. 1, 4.)
* C'est ce dont Philippe II se plaint à Perez en disant : a Por que nunca que lo vi yo siendo lan descosido como lo dire. » (Billet du roi h Perez. ms. de la Haye, fol. 62, f>3.)