‹ Antonio Perez et Philippe 2Chapitre 143 sur 191 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

jugement de l'ancien ministre de Philippe II, dont la vive imagination, l'esprit vigoureux, les conseils passionnés, lui plurent extrêmement 1 . Il le conduisit à la cour*. Mais Junon, comme ils appelaient entre eux Elisabeth, n'était pas disposée a entrer dans la belliqueuse confédération qu'ils avaient en vue, mécontente qu elle était de la conversion de Henri IV, et rassurée d'ailleurs par les succès de ce prince contre les ligueurs et les Espagnols. Loin de consentir k lui prêter une assistance plus grande, elle lui retira les secours qu'elle lui avait précédemment accordés et rappela en Angleterre les troupes qu elle avait en Bretagne sous le commandement de Norris 5 . La mission de Perez se réduisit, dans ce moment, à lui faire mieux connaître encore Philippe II, a lui révéler ses anciennes menées, et a l'instruire de l'état de l'Espagne. Il obtint d'elle, par l'entremise du comte d'Essex, une pension décent trente livres*. Pendant qu'il était k Londres, où il vivait des libéralités du comte, Perez s'était lié avec les frères

1 Dans un rapport espagnol sur les affaires d'Angleterre fait au commencement de 1595, on lit ce qui suit : a El que dirige el consejo, es el conde de Esex, que tanlo train tiene con la reyna, y este se gobierna mucho por Antonio Perez. » (Avisos de Ynglatera. Arch. . de Simancas. Est. Flandes, leg. 609.)

* Memoirs of queen Elizabeth, p. 2*29.

5 Thomas Birch, An historical view of the négociations between the courts of England, France and Brussels, from the year J592 to 1617, fiom the mss. State papers of sir Th. Edmondes, in-8', London, 1749, p. 13 el 14.

* « Advertising signor Perez that the queen had given to him an hundrcd pounds land in fee simple and thirty pounds in parks. » (Memoirs of queen BUzabeth, 1. 1, p. 193.)

François et Antoine Bacon. Le premier des deux, profondément versé dans l'étude des lois, s'était déjà fait remarquer par sa science et son grand esprit, et se livrait aux travaux qui devaient fonder son immortelle renommée. Il s'était attaché au comte d'Essex, qui aimait les hommes d'un haut mérite, et qui l'avait établi dans sa propriété de Twickenham-Park, tout près de Londres. Comme François Bacon recherchait ardemment, a cette époque, les emplois publics, qui furent plus tard le triste écueil de son honnêteté et de sa reconnaissance, il trouvait un aliment a sa curiosité et à son ambition dans les entretiens d'un personnage aussi spirituel que l'était Perez, aussi instruit des matières d'État, et ayant possédé la confiance du plus puissant monarque de l'Europe. Mais cette intimité déplut beaucoup a sa mère, excellente femme, de mœurs sévères, qu'effrayaient la réputation de Perez, ses habitudes dissipées, et qui écrivait un jour a son fils Antoine : « J'ai plus pitié de votre frère qu'il n'a pitié de lui-même, d'avoir avec lui, dans sa maison, dans sa voiture, ce Perez souillé de sang, un orgueilleux, un profane, un sujet de dépense, qui, je le crains bien, irritera, par sa présence auprès de lui, le Seigneur Dieu, dont les bénédictions s'étendront moins sur votre frère en honneur et en

santé Un misérable comme lui n'a jamais aimé

votre frère que pour son crédit et pour vivre a ses dépens 1 . »

1 « I pity your brother, yet so long as he pitiés not himself, but

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