CHAPITRE VIII
verneur des Pays-Bas, la mission de le tuer. Saisis, à Londres, avec des lettres qui les accusaient, ils furent, sur leur aveu même, condamnés au dernier supplice, et leurs têtes furent placées sur Tune des portes de la ville, près de l'église de Saint-Paul 1 . Philippe II chercha, en outre, par des subterfuges qui ne réussirent pas, a exciter la défiance de la cour d'Angleterre contre Perez, qui se plaignit a Essex de ce que machinaiejit en Égypte ces pharaons, pour qu'il devînt suspect à la reine*.
Cependant il ne resta plus longtemps en Angleterre. Henri IV l'avait redemandé a plusieurs reprises. Ce prince, qui, le 20 janvier 1595, avait déclaré la guerre a Philippe H, qu'il avait combattu jusqu'alors comme allié du gouvernement de la Ligue, écrivit, le 30 avril, a Perez : « Je désire infiniment de vous voir et parler à vous pour affaires qui touchent et importent a mon service, et escris présentement a la royne d'Angleterre, madame ma bonne sœur et cousine, pour pryer de vous permettre de faire ce voyage, et à mon cousin le comte d'Essex, d'y tenir la main ; a quoy je m'asseure qu'il n'y aura point de difiiculté 3 . » Perez se disposa cette fois à partir, quoiqu'il semblât retenu par son affection auprès d'Essex, des libéralités duquel il avait vécu, comme il le mandait a Henri IV. Il écrivit au
1 Memoirs of quecn Elizabeth, I. I, p. 156. — Relaciones, p. 177.
2 « Quœque machina bantur in jEgypto pharaoni et illi, ut apud reginam suspiciosus fierem.» [Memoirs of queen Elizabeth^ 1. 1, p. 237.)
3 Ms. Béthune, vol. n°9141, fol. 33.
comte, avec son imagination devenue plus recherchée à la cour d'Angleterre, où la subtilité des sentiments et l'affectation du langage étaient alors de mode : « Vous quitter, pour moi c'est mourir, parce que rester près de vous, c'était vivre. Que dis-je? mieux eût valu pour moi mourir que m'éloigner de vous ; car mourir, c'est mettre, une fois pour toutes, fin à la douleur, et vivre, c'est l'accroître 1 . » Avant de retourner en France, il eut une audience d'Elisabeth, qui lui marqua toutes sortes de bontés*, et à laquelle il adressa des conseils dans une espèce de mémoire écrit en français, mais d'un style assez bizarre. H s'y engagea a entretenir une correspondance secrète dans l'intérêt de cette reine, et osa dire : « J'ai entendu que le secrétaire Villeroy me veut avoir pour hoste ; j'essaieray d'en tirer quelque profit pour Sa Majesté. » En prenant ces voies tortueuses, il devait peu à peu se discréditer, et, a la fin, se perdre auprès des deux gouvernements 8 .
Arrivé a Dieppe dans les premiers jours d'août*, Perez fut reçu, par le gouverneur de cette ville, avec la plus grande distinction 5 . Henri IV avait recommandé de veiller soigneusement a sa sûreté, et il fut conduit par une escorte de cinquante chevaux a Rouen 6 , où il eut la douleur d'apprendre la mort de
1 Memoirs of queen Elizàbeth, t. I, p. 2Ô6.
* Ibid., p. 229.
5 Ibid., p. 205.
* Ibid., p. 270.
» Ibid. y p. 285.
0 Ibid.