‹ Antonio Perez et Philippe 2Chapitre 155 sur 191 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

blessé dans son orgueil ; il y reçut bientôt des lettres du comte d'Essex, revenu de son expédition d'Espagne, qui avait été brillante et qui aurait pu l'être davantage encore. La flotte anglaise était entrée de vive force dans la rade de Cadix, où se trouvait la flotte espagnole, qui avait été vaincue après une vigoureuse résistance. Les fortifications de cette importante place avaient été rasées, les approvisionnements et les équipements qui y étaient accumulés pour la marine pillés, treize vaisseaux de guerre pris ou détruits, et l'aventureux comte d'Essex, qui, à la tête d une petite troupe, avait emporté la ville de Puntal, se serait avancé sans obstacle dans l'intérieur de l'Andalousie, où il aurait provoqué des soulèvements, s'il n'avait pas été arrêté par la timidité du conseil de guerre qu'Elisabeth avait placé à côté de lui pour modérer son ardeur 1 . Cette expédition révéla le secret de la faiblesse de Philippe H, qu'il . fallait attaquer chez lui pour qu'il cessât d'être aussi redoutable chez les autres.

En écrivant, dès son retour, à Perez, Essex avait voulu renouer leurs anciennes relations. Il terminait la lettre qu'il lui adressait le 14 septembre 1596 par ces mots : « Antonio, ne cessez pas de m'aimer, et ne vous hâtez point de me condamner ; attendez l'apologie d'Essex 8 . » Son but était de se servir encore de Perez pour savoir "ce que projetait Henri IV,

1 Memoirs of queen Elizabeth f p. 20, 21 , 46, 49, 50 et 51 . * « Sed ne desinas, Antoni, me amare ; ne festines me inaudilum condemnare. Attende Essexii apologiam. » [Ibid., p. 143.)

pour détourner ce prince d'écouter les propositions du légat alors a la cour de France, et empêcher la paix avec l'Espagne.

Il comptait, sans doute, le faire concourir d'autant mieux à ses fins, que Henri IV, témoignant toujours à Perez la même confiance, allait l'attacher a son service. Perez le demandait depuis longtemps. 11 déposa alors les conditions dont il exigeait l'accomplissement entre les mains du marquis de Pisani et du connétable de Montmorency, qui étaient des premiers parmi ses protecteurs et ses amis. Comme ces conditions, rédigées en décembre 1596, avaient plus le caractère d'un traité que d'une supplique, Henri IV, avant de les admettre, en fit changer la forme, et, le 1 er janvier 1597, Perez sollicita humblement : 1° le chapeau de cardinal pour lui, si sa femme était morte, ou, dans le cas contraire, pour son fils Gonzalo Perez 1 ; 2° une pension de douze mille écus en évêchés, abbayes et bénéfices ecclésiastiques, avec pouvoir de la résigner a ses enfants* ; 3° le payement de sa pension actuelle de quatre mille écus, et, en outre, deux mille écus sur

1 « Que Su Magcstad se sirva de procurarle con cffecto capcllo de cardenal, para su persona, siendo muerta su muger, ô para Gonzalo Perez su hijo. » [Copia del assiento de Su Magestad con Antonio, esta capitulation es lo que el seiîor condestabîe le prometiô en nombre de Su Magestad con palabra de cavallero de ser fiador de lo que le offresce % ms. Béthune, vol. n° 9141, fol. 3.)

■ <r Que le den doze mill escudos de renia por la gracia de Su Magestad en obispados 6 abbadias y beneficios ecclesiasticos, con permis, sion que los pueda regresar en sus hijos. » [Ibid.)

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