CHAPITRE IX
proscrit ; il avait eu autrefois des relations fort amicales avec le favori du nouveau roi, don Francisco Cornez de Sandoval y Rojas, marquis de Dénia, qui gourverna si absolument et si longtemps la monarchie espagnole, sous le nom de duc de Lerma. « Je l'ai connu dès sa jeunesse, écrivit-il a l'un de ses amis, d'un naturel excellent, doux et noble. Dans le cours de mes malheurs et pendant mes captivités, ses parents détestaient les auteurs de mes persécutions et parlaient librement contre les favoris de ce temps, qui s'alimentaient de ma fortune et se couvraient de mes dépouilles. Son père m'aimait,... il était attaché au parti de Ruy Gomez de Silva, et avait pour lui un dévouement entier. Ses cousins germains, lils de don Hernando de Rojas, naquirent et furent élevés dans la maison des pères de dona Juana Coëllo. Ils grandirent, la main dans la main, avec ma femme et ses proches ; . . . lui-même venait me visiter publiquement en prison et s'exposait ainsi à la colère du roi * . » Ces souvenirs fortifièrent encore les espérances que lui avaient inspirées la mort de son opiniâtre persécuteur et l'avènement au trône d'un jeune prince qui voudrait sans doute signaler les commencements de son règne par des actes de clémence et de douceur. Il crut a un prochain retour de fortune.
Six mois se passèrent sans apporter aucun changement a sa situation et a celle de sa famille. Phi-
1 Car tas, a un senov amiyo, p. 502, 505.
554 ASTOMO PEKEZ ET PHILIPPE II
lippe JII partit de Madrid, au mois d'avril 1599, pour aller épouser a Valence l'archiduchesse Marguerite d'Autriche, qui s'y rendait de son côté par Gênes. C'est alors seulement qu'un notaire se présenta a la forteresse où doua Juana Coëllo était enfermée avec ses sept enfants : « Madame, lui dit-il. Sa Majesté ordonne que vous soyez libre. Vous pouvez aller a la cour et partout où bon vous semblera; mais vos enfants doivent rester ici 1 . » Dona Juana fut extrêment troublée a cetle nouvelle; elle ne voulait pas accepter une fav eur si imparfaite et laisser au milieu des soldats et des alguazils sa lille dona Gregoria, âgée de vingt ans, chargée de garder trois frères et trois sœurs plus jeunes qu'elle*. Après de violents combats, elle s'y décida cependant, afin de pouvoir solliciter leur délivrance 3 .
Elle se rendit a la cour, et visita d'abord Rodrigo Vasquez de Arce, que Ferez appelle son bourreau en chef 1 '. En la voyant, Vasquez versa des larmes hypocrites 5 . Dona Juana Coëllo eut la consolation d'as-
1 a Por abril siguiente «Ici aùo de 99... vino orden del rcy que dies-
sen libertad a la madré doua Juana mi muger lue un nolario al
Caslillo donde eslavan presos entré y dixo assy : Seùora, Su Ma-
gestad manda que Vuestra Merced sea puesta en libertad, que se vaya adonde quisiere â la cortc 6 adondc mandare y que pueda pcdirlo que bien visto le iuere. Pero que estos sonores y seùoras se queden aquy en la misma prision. » {Cartas t d un seiïor amigo, p. 475.)
8 Ibid.
3 lUd.
x « Verdugo mayor Rodrigo Vasquez, » (/cm/., p. 495.) 5 « Quenlan que se enternesciô, y que llorô lagrimas visibles aquel crocodillo con ella. v (Ibid. t p. 474 )