CHAPITRE IX
sister a la soudaine disgrâce de ce ministre des vengeances de Philippe II, alors âgé de quatre-vingts ans, et qui avait été si impitoyable pour son mari, pour elle, pour ses enfants. La présidence du conseil royal de Castille lui fut brusquement retirée, et il reçut l'ordre de quitter la cour et de ne pas se rapprocher de vingt lieues de Madrid ni de dix de Valladolid *. Le comte de Miranda, qui devint son successeur, par la grâce du marquis de Dénia, dont la miséricordieuse protection s'étendit bientôt de la femme de Perez sur ses enfants, se montra trèsfavorable a cette famille captive et dépouillée*. Les sept enfants de Perez sortirent de la prison où ils étaient enfermés depuis neuf ans, et où le dernier avait reçu le jour. 11 leur fut même permis de poursuivre Rodrigo Vasquez de Arce en restitution de vingt mille écus qu'il avait pris sur une rente ecclésiastique accordée par le pape Grégoire XIII a Gonzalo, l'aîné d'entre eux, et que Vasquez avait employés à payer des alguazils pour les garder 8 .
« Ce président du conseil de Castille, dit Perez dans son indignation, qui avec ses quatre-vingts ans se croyait si loin du sépulcre, cet homme dont l'aspect était si composé, l'hypocrisie si raffinée, et qu'on avait appelé, au commencement de sa fortune, et comme pour avertir tout le monde, un ail
1 CartaSy à M. Geronimo Gondi, p. 600.
* CartaSy ri un senor amigo, p. 475.
5 /6trf.,p. 474 et 475.
confit, prit vingt mille écus de la rente d'un enfant placé dans lTglise par la faveur du souverain pontife Grégoire XIII. 11 les prit pour nourrir ses sbires et ses carnassiers serviteurs, afin qu'ils mortifiassent les corps et les âmes de ces pauvres affligés pour son divertissement, ne pouvant pas les faire servir sur sa table, la chair humaine n'étant pas encore exposée à la boucherie publique, ... et ce qu'il y a de bon, c'est que l'enfant possesseur de cette rente, sa mère, ses frères, ses sœurs, il les laissait nus ; il les faisait vivre en leur mesurant la nourriture, sans user de la pitié qu'ils invoquaient de les laisser mourir de faim en une seule fois. . . Lorsqu'ils lui demandaient du pain ou des vêtements pour se couvrir, afin que ces jeunes filles ne parussent pas nues aux yeux de ses sbires, il répondait « qu'il « n'osait pas le prendre sur lui ; qu'il consulterait « là-dessus Sa Majesté ; que Sa Majesté était fort en « colère; que c'était à Sa Majesté qu'il fallait le de- « mander ; que tout dépendait de Sa Majesté. » Malheureux président de justice (si tu avais été le président des œuvres de la miséricorde, tu aurais été heureux, pour de telles actions, dans les heures de cette vie et dans les heures de ce siècle éternel où tu te trouves maintenant), pourquoi ne disais-tu pas au roi que cela n'était pas juste? Pourquoi ne le calmais-tu pas s'il était irrité? Pourquoi dissipaistu, sans ses ordres, vingt mille écus distribués a tes bourreaux, et mettais-tu ces fautes sur le compte de Sa Majesté? Pourquoi? Parce que c'était toi qui vou-