CHAPITRE IX
lais nuire et qui entretenais l'irritation du roi. Tu étais le roi en tout cela. Tu craignais de voir reprendre son rang a celui qui t'avait tiré de la condition de bachelier pour te faire arriver jusqu'à sa place. .. Mais Vasquez est maintenant soumis au jugement éternel 1 . »
En effet, Rodrigo Vasquez n'avait pas survécu a sa disgrâce*, que la voix publique considérait surtout comme le châtiment de ses injustices envers Perez et les siens 8 . 11 était mort avant que le conseil de Castille eût rien décidé sur la demande en restitution des vingt mille écus que le comte de Miranda avait encouragée de la part de dona Juana Coëllo, et que celle-ci avait dirigée contre Rodrigo Vasquez.
Cet adoucissement au sort de la famille de Perez fut accompagné d'un acte habile de clémence envers les Aragonais qui avaient pris part à l'insurrection et à la tentative de résistance de 1591 . Le pacifique marquis de Dénia persuada à son docile souverain de se concilier l'affection du royaume d'Aragon en abolissant le souvenir des crimes commis, des châtiments prononcés , e t en accordant un pardon général 4 .
* Cartas, à un senor amigo, p. 479, 48i.
1 Ibid f p. 478.
5 « Que la voz comun, mi advogado y procurador principal, corri6, que por los agravios de Antonio Perez y de sus hijos, y muger. Assy venia escriplo en cartas â Flandes, y a olros parles. Assy se dezia por aquellas calles de Madrid. » [Cartas, p. 474.)
* Don José Ysabau y Blanco, Historia gênerai de Espaùa, continuation de Mariana, in-8*, Madrid, 1821, t. XVII, Tablas cronolôgicai .
Philippe III se rendit dans ce royaume aussitôt après les fêtes de son mariage a Valence. Il arriva le il septembre au soir près de Saragosse, où il ne voulut pas entrer avant qu'on eût fait disparaître les têtes de don Juan de Luna, de don Diego de Heredia et des autres condamnés, qui étaient encore exposées au-dessus des portes de la ville 1 et du palais de la Députation. Le même soir, le comte de Morata conduisit dans le couvent où le roi s'était arrêté pour passer la nuit les fils de don Diego de Heredia, qui s'adressèrent en suppliants au marquis de Dénia. Celui-ci se rendit aussitôt auprès du roi. « Je sais ce qu'ils demandent, dit le jeune prince ; qu'ils aillent, qu'ils prennent la tête de leur père et toutes les autres, que les sentences de condamnation soient effacées des murailles, afin qu'il n'en reste aucune trace, et qu'ils soient rétablis dans tous leurs biens 2 . » 11 ordonna en même temps d'accorder une honorable sépulture aux restes de ceux qui avaient péri du dernier supplice, de rappeler tous les proscrits et de délivrer les prisonniers, « pour que, ajoutait-il,
1 Gonzalez Davila, Historia de la vida y hechox de Felipe tercero, dans Monarquia de Espaùa de Salazar, in-fol. Madrid, 1771, t. III, fol. 76.
* « Que ally acudiô aquella noclie el conde de Morala con los hijos de don Diego de Heredia, que llamaron a la puerla principal el marques de Dénia. Que entrô el al momento al rey, que el rey diz que dixo que va sabia lo que querian : Vayan, dixô, y quiten la cabeça de su padre y las demas y borren los lelreros de todos r llos, sin que quede memoria alguna de tal, y restituyanles todas sus liaziendas y assy se exécuté aquella noche al mismo punto. » (Cartas : d un seilor amigo, p. 484.)
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aucun de ses sujets ne conservât une cause de tristesse le jour de sa joie 1 . » Aussi son entrée dans Saragosse fut-elle marquée par des acclamations universelles d'allégresse et de reconnaissance*. 11 jura, dans l'église métropolitaine, l'observation des fueros du royaume 8 ; mais ces fueros restèrent modifiés comme ils l avaient été par Philippe II dans les cortès qui avaient suivi la défaite de l'armée aragonaise, et la réconciliation s'opéra au profit des personnes et aux dépens des institutions.
En apprenant ces heureuses nouvelles par les lettres qui lui étaient écrites d'Espagne, Perez se flattait que le pardon royal s'étendrait bientôt jusqu'à lui. Il attendait ce moment avec une impatience qu'il cherchait a déguiser quelquefois sous l'apparence d'une résignation philosophique bien étrangère a son âme passionnée. « Votre Seigneurie, disait-il à un de ses amis, m'a envoyé dans sa lettre des conseils ou des remèdes contre les coups de la fortune. Je les reçois avec plaisir, venant d'une main amie, et je suis heureux de voir que ce qui est un remède, au jugement de Votre Seigneurie, se trouve conforme a mon naturel... Dès mon jeune âge j'ai aperçu mon père et ses amis dans la haute mer des cours; aussitôt j'ai commencé à la craindre, j'ai voulu la fuir et sortir du navire où je venais à peine
1 Historia de la vida y hechos de Felipe tercevo, fol. 76, col. i et 2.
* Ibid., r. 76, col. 2.
* Ibid., fol. 76. col. 2.
Digitiz
de mettre le pied*. » Il présentait, au sujet de la vie des courtisans et des faveurs des princes, des observations pleines d'esprit et de profondeur, qu'il tenait deRuy Gomez de Silva: «Ce grand favori, dit-il, ce maître des favoris, si versé dans la connaissance des rois, et qui est l'Aristote de la philosophie des cours*. » Il concluait en disant que la fortune n'était qu'une idée, qu'une vanité, qu'une fumée, se dissipant comme s'évanouissait la fumée. « Vous penserez que je parle ainsi comme le renard, parce que je ne peux pas l'atteindre;... mais ce que I on a possédé, ce dont on a usé, ce qu'on a connu par expérience et avec de telles épreuves, il est facile de croire qu'on ne lé désire plus. J'ajouterai un petit récit en confirmation de l'indifférence naturelle où je suis arrivé a cet égard. J'ai demeuré trois ans dans une maison de Paris, vis-k-vis de l'hôtel de Bourgogne, où se représente la comédie, et à côté de l'hôtel de Mendoza (voisinage que je n'avais pas cherché pour ce nom), dans lequel tout le monde allait voir un danseur de corde qui y faisait des tours et des sauts périlleux dont la vue causait encore plus d'étonnement que le récit. Cependant je n'ai jamais mis le pied dans ces deux hôtels, quoique j'y visse entrer tous les jours les princes, les dames, et des gens de tout état. La raison est que j'ai vu beaucoup de comédies originales représentées par
1 Car tas, d un senor amigo, p. 056.
* « Aquel gran privado aquel maestro de privados y de conoscimiento de reyes... y cl Aristoteles desla philosophia. » (Ibid.)