‹ Antonio Perez et Philippe 2Chapitre 30 sur 191 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

ne nous tue 1 . » Ces paroles menaçantes, qui semblaient attester , de la part du roi, la peur d'un danger immédiat pour son autorité ou pour sa personne, ne furent point encore suivies d'effet. 11 se passa huit mois entre l'arrivée et la mort du secrétaire de don Juan. Le retard du coup dont Philippe H frappa Escovedo ne saurait s'expliquer que par la suspension de sa défiance. Or qui avait le pouvoir et conservait encore le désir de calmer cette défiance? Perez seul, dont l'amitié pour Escovedo n'avait pas encore cessé*, et qui l'avait déjà protégé auprès de son ombrageux souverain soit avant son voyage, soit depuis son arrivée en Flandre. Après avoir présenté naguère les exigences emportées d'Escovedo comme procédant d'un zèle estimable, et avoir traité ses propos téméraires sur la roche de Mogro comme des extravagances dignes de dédain, Perez décida sans doute alors Philippe II a ne pas laisser éclater encore sa colère ; car comment, sans cela, comprendre que ce prince ait mis tant de lenteur a se soustraire a un danger qu'il croyait imminent?

S'il en est ainsi; si Escovedo passa six mois a Madrid sans être inquiété, malgré la menace de mort écrite de la main de Philippe H ; s'il dut cette sécu-

1 a Ya nos llega el alcance cerca ; menester sera prévenir nos bien de lodo y darnos mucha piïessa a despacharle antes que nos mate. » (Ms. de la Haye, fol. 37, 38.) Ces dernières expressions sont rapportées par Perez dans son Mémorial, p. 312.

1 Voir Appendix F.

rité momentanée a l'amitié qui le liait toujours à Perez, que se passa-t-il dans cet intervalle entre Perez et lui? Survint-il quelque accident de nature a troubler leur amitié, et Perez eut-il quelque intérêt a exciter une défiance qu'il avait assoupie, a précipiter le coup qu'il avait fait suspendre? C'est ici le moment d'exposer une série de faits relatifs aux amours de la princesse d'Eboli avec Philippe II et avec Perez, qui tiennent a cette mystérieuse affaire et qui doivent servir h en expliquer les suites. Je vais le faire en recourant surtout aux pièces du procès manuscrit que j'ai déjà indiqué, pièces qui sont la contre-partie des Mémoires de Perez.

Ana de Mendoza, fille unique du comte de Melito, née en 1540 et fiancée le 8 avril 1553 à Ruy Gomez de Silva 1 , avait attiré de bonne heure l'attention de Philippe II et n'avait probablement pas été étrangère à la longue faveur dont avait joui son mari auprès de lui. Bien qu'elle fût borgne, elle ne laissait pas que d'être belle. Spirituelle et altière, passionnée et résolue, elle exerçait beaucoup de séduction et elle inspira de vifs attachements. Philippe II lui avait assuré par contrat, a l'époque de son mariage, six

1 Ces détails m'ont été transmis par don Manuel Garcia Gonzalez, archiviste actuel de Simancas. — Voici comme en parle l'historien de la maison de Silva : a Doua Ana de Mendoça y de la Cerda, hija unica de los condes de Melito don Diego Hurtado de Mendoça y doua Catalina de Silva, era por su sangre, por su hermosura y por la sucession de tan noble casa, uno de los mas apetieidos casamientos de aquel tiempo. » (Don Salasar y Castro. Historia de la casa de Silva, Madrid, 1685, in-4,t. H, p. 465.)

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