‹ Antonio Perez et Philippe 2Chapitre 3 sur 191 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Cour de Philippe II. — Ruy Cornez de Silva, prince d'Eboli, le duc d'Albe et Antonio Ferez. — Troubles des Pays-Bas depuis le commencement du règne de Philippe II ; administration de la duchesse de Parme, du duc d'Albe et du grand commandeur Requcsens. — Choix de don Juan d'Autriche comme gouverneur des Pays-Bas; ses projets sur l'Angleterre; ses négociations en Flandre; sa correspondance avec Philippe II et Antonio Perez. — Envoi du secrétaire Escovedo à Madrid.

Le procès d'Antonio Perez a été l'un des événements les plus singuliers d'un siècle qui abonde cependant en choses extraordinaires. 11 appartient a l'histoire et par l'importance des personnages qui y figurèrent, et par les causes qui le produisirent et qui jettent un grand jour sur le caractère et la politique de Philippe II, et par les suites qu'il eut, en provoquant la révolte, l'invasion et l'asservissement

de l' Aragon, dont la vieille constitution périt en cette circonstance, et enfin par les mystères qu'il laisse encore a percer.

Si je n'avais, pour soumettre a un nouvel examen cette grave et ténébreuse affaire, que les mémoires de Perez, je n'entreprendrais pas de le faire. Ce n'est pas que Perez ne fournisse de précieux documents sur elle, soit dans ses Relaciones adressées à l'opinion européenne, soit dans son Mémorial présenté au tribunal suprême du royaume d'Aragon. Mais Perez ne dit pas tout, et cela se comprend. Il est partie au procès et non historien. Il ne raconte donc que ce qui sert a le justifier, et il laisse le reste dans l'ombre. A l'aide de documents nouveaux et authentiques j'espère éclaircir ce que présente encore de mystérieux ce long et lugubre drame, expliquer la lente et terrible disgrâce de Perez, que Philippe II, son complice dans le meurtre d'Escovedo, secrétaire de don Juan d'Autriche, retint onze ans en prison, qu'il fit appliquer a la torture, dont il emprisonna même la femme et les enfants, et qu'il poursuivit encore de ses vengeances sur la terre étrangère, où il était parvenu a se réfugier après s'être vainement abrité sous la protection de la justice jusque-là souveraine de Y Aragon.

Comment Philippe II fut-il conduit à ordonner le meurtre d'Escovedo, cause première, sinon unique, de tous ces événements? Quelle fut la part que Perez prit à l'exécution de ce meurtre? Fut-il le simple instrument de la politique défiante de Philippe II,

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