CHAPITRE II
mille ducats de rente, réversibles sur la tête de ses descendants 1 . Lorsqu'il devait aller en 1567 dans les Pays-Bas pour remédier par sa présence aux troubles qui venaient d'éclater, la princesse d'Eboli était du très-petit nombre des personnes destinées a l'accompagner*. A côté de ces faits, qui laissent voir les sentiments de ce prince pour elle, s'en trouvent d'autres plus significatifs encore. Philippe II passait notoirement pour avoir été en étroite liaison avec elle. Malgré son austérité et ses quatre femmes, on lui attribuait des faiblesses de ce genre. Une relation vénitienne manuscrite de 1584 s'exprime ainsi à son égard : « Il est fort dévot, se confesse et communie plusieurs fois l'année ; il est en oraison chaque jour et veut être pur de conscience. L'on pense que son plus grand péché est celui de la chair. . . Il y a, à la cour, plusieurs seigneurs qui ont la réputation d'être ses fils, comme le duc de P...,
1 Capitulation hecha en Madrid â 8 de abril del aïïo 1553. (Archives de Simancas. Conladurias de Mercedes, n*491.)
La donation constituée sous forme de dot est formellement établie par cet acte, dans lequel on lit encore a que le mariage suspendu quant à son accomplissement, à cause du jeune âge de la fiancée, devra s'effectuer dans deux ans à partir de la signature de l'acte, temps pendant lequel le prince Philippe sera lui même tenu de remplir sa promesse touchant la dotation. »
* « Et comme Gomez lui demande quels officiers il voulait mener, il répond qu'il veut sa garde accoutumée et le moins d'officiers dont il se pourra passer, car il désire aller avec petite cour, et à ces fins, s'il est possible, ne veut qu'un seul valet de chambre et un officier de chaque sorte... Ruy Gomez y va, et sa femme ne l'abandonnera point. » (16 juillet 1567. Forquevaux au roi. Supp. Fr., 225, 1, p. 879. 880.)
don... et autres 1 . » Quel est ce duc de P... que désigne sans le nommer le manuscrit italien? 11 n'est pas difficile de parvenir à le connaître, si Ton consulte la liste de tous les grands seigneurs d'Espagne ou de tous les titres de Castille, tels qu'ils existaient k cette époque. 11 n'y a pas d'autre duc, dont le nom commence par un P, que le duc de Pastrana*. Or quel était le duc de Pastrana ? C'était le fils même de la princesse d'Eboli, dont on attribuait la paternité au roi. La cour croyait donc aux amours de Philippe II avec la princesse d'Eboli, amours que Ferez révéla plus tard dans un langage bizarre quoique non équivoque 8 .
Ce fut sur les brisées de ce redoutable rival que
1 « Ê molto devoto e si confessa e communica piu voile ail' anno e sta in orazione ogni di e vuole esser netto di conscienza. Slimandosi che il suo maggior peccalo sia quello délia carne... Ed in corte sono alcuni signori i quali portano nome de esser suoi figli, corne el duca di P ... e don., ed altri... » (Ms. n° 1203, fol. 250.)
* Relation de los titulados de Espana, même manuscrit , fol. 204 V à 259.
5 Voyez la lettre de Perez à un grand personnage : a En (in fueron Zelos;... Senor, Zelos fueron de Antonio Perez con cl cuerpo de aquel personage ; Zelos de aquel personage con el aima de Antonio Perez, temiendo que aquel sexo, en las personas de gran calidad, no pide por la prenda tan inestimable menor precio que suele el demonio... Zelos en fin de las dos aimas que no se juntassen, como mariage que llaman de dos joyas in un anillo, las confianças y sacramentos de entrambos. Las del uno por lo que era sabidora costilla de su marido, y aima di aquella persona, de parte a parte de quanto supo del nalural y discurso de la vida de su amo desde la ninez hasta su muerle. Las del otro por lo que de su padre y por si fue calando y posseyendo. Zelos de que no creciesse el desengarîo del uno con la communicacion del otro.» {Obras, p. 590, 391.)