CHAPITRE II
Perez osa s'engager. Comme je l'ai dit, M. Ranke, dont l'opinion a tant de poids, ne le croit pas; il adopte uniquement l'explication politique que Perez a donnée du meurtre d'Escovedo. Selon lui, Perez n'a pas pu être l'amant de la princesse, parce que celle-ci était âgée et borgne, et que d'ailleurs sa propre femme, dona Juana Coëllo, lui a montré pendant toute la durée de son procès l'affection la plus ingénieuse, la plus soutenue, la plus dévouée. Cette dernière raison n'en est pas une. Quant a l'objection tirée de l'âge et de la figure de la princesse, elle n'est pas très-fondée non plus. Elle n'avait alors que trente-huit ans ; tous les contemporains s'accordent a louer sa beauté, et Perez l'appelle, avec une recherche emphatique, « une perle de femme enchâssée de rares fleurons de beauté et de fortune 1 . » Il n'y avait donc rien dans sa personne qui s'opposât à l'intimité que rejette M. Ranke, et que de nombreux témoignages, y compris celui de PeFez*, mettent d'ailleurs hors de doute. Je ne citerai que les plus
1 < Joya engastada en tantos y taies esmalles de la naluraleza y de la l'ortuna. » (Obras, p. 391.)
* « Sur ce temps (en 1593, lorsque Perez se fut réfugié auprès de Uenri IV), Madame mena au roi son frère un premier secrétaire d'Espagne nommé Antonio Perez... C'estoit un grand homme d'Estat, mais qui mesloit parmi les plus grandes aflaires les galanteries espagnoles et les intermeses d'amours ; et parlant (comme nous apprismes de lui) le roi d'Espagne et Antonio Perez estans devenus rivaux en l'amour d'une dame, après les premiers soupçons vaincus... la matière s' échauffa, et le roi usant des avantages de sa grandeur. . » etc. (D'Auhigné, Histoire universelle, in-fol. Amsterdam, 1626, t. III, p. 430.)
importants, sans mentionner les présents considérables que Perez avait reçus de la princesse et qu'un arrêt de la justice le condamna à restituer 1 , et ceux qu'il lui avait faits de son côté 4 .
L'archevêque de Séville, don Rodrigo de Castro, déposa que Perez se servait des objets appartenant à la princesse comme des siens propres, ce dont on murmurait beaucoup; comme aussi de ce que la princesse lui envoyait de son château de Pastrana des mulets de bât chargés de mille choses 8 .
Dona Catalina de Herrera raconta « qu'un jour Escovedo alla représenter a la princesse que les propos qu'on tenait sur les visites de Perez étaient fâcheux pour elle , et, comme il assurait que c'était parce qu'il avait mangé le pain de sa maison qu'il parlait ainsi, la princesse se leva et lui répondit que les écuyers n'avaient rien a dire sur ce que faisaient les grandes dames ; et la-dessus elle rentra chez elle*. » .
1 Voyez plus bas, p. 150.
* a Prcguntoselc que dadivas \\ubô de la princesa a* Antonio Perez y de cl a ella ; dix6 que Antonio Perez diô A la princesa dos colgaduras de raso de labores, con una cama de tcla de oro con cobertor, bufetc, y sillas, y un vidrio de cristal y otras tapicerias, y camas de tela de oro y otras cosas que no se acuerda, y dineros prestados en gran cantidad; y la princesa diô al dicho Antonio Perez ocho reposteros de Tcrciopelo Carmesi labrados, los quales le di6 despues de la prision del diebo Antonio Perez un ano o dos porque estaban comenzados a hazer desde antes. » (Seconde déclaration de Diego Martinez. J>roceso, ms.)
5 « Que se murmuro mucho como que la princesa le embiasse de Pastrana acemilas cargadas de cosas. » [Procem, ms.)
♦ Ibid.