‹ Antonio Perez et Philippe 2Chapitre 33 sur 191 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Cette déclaration fut confirmée par dona Beatrix de Prias, femme du contador Juan Lôpez de Biranco, laquelle ajouta que toute la maison de la princesse murmurait des entrées et des sorties de Perez, continuées après la mort d'Escovedo, de telle sorte que le prince de Melito, le marquis de la Fabara et le comte de Cifuentes, unis par les liens de la parenté k la princesse, voulaient tuer Antonio Perez 1 . Ce projet des parents de la princesse, que rapporte dona Beatrix de Frias, est avoué par l'un d'entre eux, don Lorenzo Tellez de Silva, marquis de la Fabara, dont la déposition est trop curieuse pour que je ne la cite pas. « Le témoin a remarqué le mauvais effet que produisaient les visites de Perez chez la princesse. Il a vu qu'il la conduisait au spectacle et qu'il y passait de longues heures avec elle. Un jour que le déposant voulait lui-même visiter la princesse, dona Bernada Carrera le fit attendre a la porte, et ne le laissa pas entrer, parce que Perez et la princesse étaient ensemble; ce dont le témoin fut fort scandalisé. Un de ses domestiques a souvent vu Perez sortir de chez la princesse a des heures indues, et le témoin a lui-même vu des choses pires encore. Elles lui donnèrent idée de se défaire de Perez, et il s'en occupa avec le comte de Cifuentes, qui n'allait pas chez la princesse pour les mêmes raisons, et parce que cette intimité lui paraissait trèscoupable. Un jeudi saint, le témoin alla a Sainte-Marie

1 Proceso, ins.

demander a Dieu, dans une prière, de le délivrer de l'envie qu'il avait d'assassiner Perez 1 . Ces idées le poursuivaient surtout quand il se rappelait que la princesse lui avait demandé s'il savait que Perez était le fils du prince Ruy Gomez de Silva son mari, et qu'elle Pavait engagé a le faire entendre ainsi à tout le monde. Le témoin a ajouté que dans la maison de la princesse chacun murmurait de cette intrigue entre elle et Perez, et tenait pour hors de doute que c'étaient eux qui avaient fait mourir Escovedo, parce qu'il leur avait dit que cela ne pouvait pas se passer ainsi*. »

Cette opinion était celle de tout le monde ; elle régnait en Espagne, où plus de huit témoins, appartenant a des conditions différentes, dirent a la justice, sans s'être concertés et en secret, « qu'Escovedo avait été tué pour avoir voulu défendre l'honneur du prince Ruy Gomez, dont il avait été le serviteur 3 . »

Ce qui met en quelque sorte hors de doute la complicité de la princesse dans le meurtre d'Es-

« «... Y este déclarante viô otras cosas peores, tanto que le obligo a pensar como le mataria, y lo trato con cl conde de Cimentes, que no entraba en casa de la princesa por lo mismo, y parcciales muy mal aquella amislad. Y un jueves santo se fue este tesligo i Santa-Maria... y pidiô a Dios le quitasse un pensamiento que ténia de matar al dicho Antonio Perez. » (Proceso, ms.)

• rbid.

3 « Que cra deslenguado y que hablaba muy mal de las mugeres principales y que persuadia â los t'railcs que iban â predicar â Santa Maria que dixessen palabras maliciosas que à* ella le podian dar pesadumbre. » {Ibid.)

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covedo, c'est le langage et la conduite qu'elle tint après. Elle dit à Béatrix de Frias « qu'Escovedo était une mauvaise langue, qui parlait tort mal des grandes dames, et qui persuadait aux moines préchant a Sainte-Marie de dire des choses fort malicieuses, dont elle-même pouvait recevoir beaucoup de déplaisir. » Béatrix de Frias déclara encore qu'aussitôt après le meurtre la princesse lui demanda ce qu'on en disait, ajoutant : « Ils prétendent que c'est moi qui 1 ai tué; » a quoi Béatrix ayant répondu : « Jésus! comment Votre Excellence peut-elle dire une chose si étrange? » la princesse reprit : « Oui, je vous dis que les gens de sa femme prétendent que c'est moi qui l'ai fait l . »

Perez et la princesse d'Eboli prirent en effet le parti de se débarrasser d'Escovedo lorsque celui-ci, indigné, menaça la princesse de tout découvrir k Philippe II. La scène décisive qui se passa entre Escovedo et la princesse mérite d'être rapportée malgré ce qu'elle a de cynique; elle a eu pour témoin Rodrigo de Morgado, qui était chez Antonio Perez comme écuyer, à qui son maître ne cachait rien *, et qui servait souvent d'intermédiaire entre lui et la princesse. Il dit a son frère, André de Morgado, qui le déposa en justice, « qu'Escovedo avait vu entre

1 « ... Dicen que le maté yo. — Jésus! como dice V. E. cosa lan eslraùa ! — Pues yo os promcto que la cuenlona de su muger dice que yo lo hé heclio. » [Proceso, ms.)

*«... Por su cavalerizo, y lequiso de manera que nin^un sccrelo Je encubria. » (Ibi.l.)

Perez et la princesse des choses qui ne lui paraissaient pas bien, ce dont il était vivement choqué, et il le laissa entendre. Une fois il les trouva tous deux juntos en la cama, o en el estrado en cosas deshonestas, et il s'écria : «Voilà qui ne peut plus se souf- « frir, et je suis obligé d'en rendre compte au roi. » La princesse lui répondit : « Escovedo , faites-le si « vous voulez, que mas quiero el trasero de Antonio « Perez que al rey 1 . » Après cette grossière et audacieuse réponse, que suggérèrent l'emportement de la passion et une sorte de bravade, la perte d'Escovedo, dont les indiscrétions devenaient redoutables, fut jurée par Perez et la princesse. Ils durent craindre la vengeance de Philippe II si leur intimité lui était révélée.

C'est ce qui résulte des dispositions de plusieurs témoins qui servent a fixer le moment même où Perez, changeant de conduite a l'égard d'Escovedo, cessa d'être son soutien auprès de Philippe II pour devenir son meurtrier*. Geronimo Diaz assure que ce fut au commencement de 1578 qu'Escovedo s'étant mêlé des intrigues de Perez et de la princesse d'Eboli, l'amitié qui le liait à Perez se refroidit et que Perez songea a se défaire de lui 3 . Cette assertion

1 Proceso, ins.

« D'après sa déclaration, au mois de janvier 1577. Ce qui doit s'entendre janvier 1578, puisqu'en 1577 Escovedo était en Flandre, el qu'alors encore Tannée commençait à Pâques.

5 a Dixô que por cl mes de bencro de 1577, yendose a despedir el testigo (porque se iba d Pastrana) de Escobedo^ le dtx6 entre olras cosas como una duena de la princesa de Melito doua Ana de Mendoza

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