‹ Antonio Perez et Philippe 2Chapitre 35 sur 191 · CHAPITRE ïï · texte numérisé non relu

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si on laissait plus longtemps auprès de lui le secrétaire Escovedo »

En conséquence, la mort d'Escovedo fut résolue. Le marquis de los Vêlez fut de cet avis. « 11 opina si bien, ajoute Perez, pour la convenance de la résolution qui fut prise, qu'il disait qu'avec l'hostie dans la bouche, Si on lui demandait de qui la vie était la plus importante a sacrilier, celle de Juan Escovedo, ou quelque autre de celles qui étaient le plus préjudiciables, il prononcerait que c'était celle d'Escovedo*. »

Ainsi fut décidé le meurtre d'Escovedo, qui s'agitait mais ne conspirait pas. Tandis que Philippe II, en l'ordonnant, croyait obéir à la raison d'État, Perez suivait au contraire l'impulsion de ses haines et de ses craintes en se faisant donner l'autorisation de tuer un ancien ami qui pouvait le perdre auprès du roi. Cette autorisation fut donnée en termes formels a Perez par Philippe II, qui lui écrivit en parlant d'Escovedo, désigné dans ses billets sous le nom de Verdinegro* : «Oui, certes, il sera bon de hâter la mort du Verdinegro, de peur qu'il aille de l'avant et que nous ne le puissions plus faire ; car il ne s'endormira pas et ne se départira pas de ses façons accoutumées. Agissez donc et dépêchez-vous avant

* Mémorial, 314, 316. Voir aussi l'Appendix I. « Mémorial, p. 317, et l'Appendix I.

5 Verdinegro, qui signifie littéralement vert noir, s'applique dans son acception figurée à un homme acariâtre et capable d'actions noires.

qu'il ne nous tue 1 . » Perez se mit a l'œuvre en recourant h des moyens secrets pour se délivrer d'Escovedo. H n'en vint pas aussi facilement a bout qu'il semble le dire dans son Mémorial *. Les premières tentatives dont il eut soin d'informer Philippe H échouèrent d'abord. 11 essaya d'empoisonner Escovedo à sa propre table, avant de le faire attaquer, le soir, dans les rues de Madrid, par des sicaires qui l'assassinèrent à quelques pas de chez lui. Voici comment, dans le procès manuscrit, Antonio Enriquez» page de Perez, raconte les phases et l'exécution du complot, auquel il prit une part principale 8 : « Étant un jour fort désœuvré dans l'appartemeut

1 « Cierto convendrà* abrebiarlo de la muerle del Verdinegro, antes que haga algo con que no seamos despues â tiempo, quel no deve de dormir ni descuidarse de sus coslumbres. Acedlo y daos priessa antes que nos mate. » [Copia de un billete para Antonio Perez de mono de Su Mages t ad présent ado para declaracion de la muerle d'Escobedo. Ms. de la Haye, fol. 77.)

* Mémorial, p. 317. En etfet, d'après Perez, ce fut le jeudi saint que le marquis de los Vêlez exprima si fortement l'opinion que nous avons citée de lui sur l'opportunité de la mort d'Escovedo. Or Escovedo fut tué le 31 mars, lundi de Pâques, cinq jours après. Comme on va le voir par le récit du page Enriquez, les diverses tentatives auxquelles se livra Perez pour se défaire d'Escovedo durèrent beaucoup plus de temps. Dès le 12 mars, Escovedo, qu'il avait essayé d'empoisonner, était malade et retenu au lit, et Perez entretenait Philippe II de l'esclave dont il va être question dans la déposition d'Enriquez, et qu'on soupçonnait de lui avoir donné le poison. (Voy. cette lettre, Appendix G.) C'est encore un des points sur lesquels nous trouvons Perez en défaut.

3 Déposition d'Antonio Enriquez, du 30 juillet 1585, par-devant Rodrigo Vasquez de Arce, président du conseil des finances. (Proceso, ms.)

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