‹ Antonio Perez et Philippe 2Chapitre 36 sur 191 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

de Diego Martinez, majordome d'Antonio Perez, Diego me demanda si je ne connaissais personne de mon pays qui voulût donner un coup de couteau a quelqu'un. Il ajouta qu'il y aurait profit, qu'on payerait bien, et que, quand même la mort suivrait le coup, peu importerait. Je répondis que j'en parlerais a un muletier de ma connaissance, comme, en effet, je le fis ; et le muletier se chargea de l'affaire. Plus tard, Diego Martinez me donna a entendre, par des raisons un peu embarrassées, qu'il faudrait tuer l'individu, qui était une personne d'importance, et qu'Antonio Perez l'approuverait; ce que voyant, je dis que ce n'était point lk une affaire a conlier à un muletier, mais k des personnes de meilleur lieu. Alors Diego Martinez ajouta que la personne a tuer venait souvent a la maison, et que, si on pouvait mettre quoi que ce fût dans son manger ou sa boisson, il fallait le faire, parce que c'était le moyen le meilleur, le plus sûr et le plus secret 1 . Résolution fut prise de recourir à cette voie et de se hâter.

« Sur ces entrefaites, j'eus occasion d'aller en Murcie. Avant de partir j'en parlai a Martinez, qui me dit que je trouverais en Murcie certaines herbes

* « Y el Diego Martinez despues le di<5 à entender por razoncs confusas que queria que le matasen y que era persona de imporlancia, y que Antonio Perez gustaba dello. Y visto por este déclarante, le rcspondiô que aquel no era negocio para fîarlo de un mozo de mulas, sino de personas de mas partes. Y el dicho Diego Martinez le dixô que la persona que se avia de matar comia muchas veces en casa, y que si pudiese hacer alguna cosa que en comida o bebida, se le podia hacer, y era lo mejor, y mas seguro y secreto. » (Proceto, ms.)

très-propres à ce que nous voulions l'aire, et qui me donna une liste de celles que je devrais me procurer. Je les cherchai en effet, et les envoyai à Martinez, qui s'était pourvu d'un apothicaire qu'il avait fait venir de Molina d'Aragon. C'est dans ma demeure que l'apothicaire, assisté de Martinez, distilla le suc de ces herbes. Pour en faire ensuite l'épreuve, on en fit avaler a un coq, mais aucun effet ne s'ensuivit, et ce qu'on avait ainsi préparé se trouva ne rien valoir. L'apothicaire fut alors renvoyé, et on le paya de sa peine.

« Peu de jours après, Martinez me dit qu'il était en possession d'une certaine eau bonne à faire boire, ajoutant que le secrétaire Antonio Perez ne voulait se fier a personne qu'a moi seul, et que, dans un repas que le maître devait donner a la campagne, je n'aurais qu'à verser de cette eau à Escovedo, qui serait parmi les convives, et pour lequel avaient déjà été essayées les expériences précédentes. Je répondis que, si mon maître lui-même ne m'en donnait pas l'ordre, je ne voulais m'employer a faire mourir personne. Alors le secrétaire Antonio Perez m'appela un soir à la campagne, et me dit comment il lui importait que le secrétaire Escovedo mourût, que je ne manquasse pas de lui donner le breuvage en question le jour du repas, et que je me concertasse avec Martinez pour l'exécution, ajoutant d'ailleurs de bonnes paroles et des offres de protection en ce qui m'intéresserait 1 .

4 « Y este déclarante le dixô* que sino se lo mandaba su amo, que

Page 1