‹ Antonio Perez et Philippe 2Chapitre 42 sur 191 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Derniers et impuissants efforts de don Juan d'Autriche pour soumettre les Pays-Bas. — Sa mort. — Poursuites dirigées par la famille d'Escovedo contre Perez. - Anxiétés de Perez. — Hésitations de Philippe II — Disgrâce et emprisonnement de Perez et de la princesse d'Elwli. — Chute du parti du prince dT5boli et formation du ministère Granvelle.

La nouvelle de la mort d'Escovedo parvint à don Juan d'Autriche au moment même où il attendait son retour. Le 8 mars, après avoir déjà donné a Perez Tordre de se défaire de lui, Philippe II avait écrit à son frère : « J'aurai soin d'ordonner qu'on dépêche promptement le secrétaire Escovedo, et, de tout ce que vous me dites d'ailleurs pour lui tant sur son envoi que sur ce qu'il mérite, je tiendrai le compte qui convient 1 . » Comment la fin tragique de l'agent actif, du confident dévoué dont la prochaine arrivée lui était promise, fut-elle annoncée à don Juan d'Autriche, et quel effet produisit-elle sur son âme déjk si agitée? Aucune trace n'est restée dans les archives espagnoles ni des dépêches qui lui furent écrites à ce sujet, ni de celles où il exprimait ses sentiments. Mais il ne dut pas se méprendre sur

1 a À el secretario Escovedo lendré cuidado de mandar despachar con brevedad, y en lo de mas que me escrevis por el, asi por esto como por lo que el meresce, terné la cuenta que es razon en sus particulares. » (8 mars 1578. Philippe II à don Juan. Archivo de Simaneas. Est. Flandes* leg. 575.)

le véritable auteur du crime 1 . La correspondance si confidentielle, si affectueuse, qu'il avait entretenue avec Perez, cesse tout à coup, et le mélancolique jeune homme, dans les cinq mois qui lui restent encore à vivre, concentre toutes ses ardeurs sur les affaires de Flandre, compromises chaque jour davantage par les négociations inopportunes et les inhabiles lenteurs de Philippe IL

La victoire de Gemblours n'avait rien eu de décisif. Les États et le prince d'Orange, qui en avaient été un moment consternés, ne s'étaient pourtant pas laissé abattre. Ils avaient cherché des auxiliaires dans tous les pays où dès longtemps ils avaient entamé ou conclu des négociations, en Allemagne, en Angleterre, en France. Comme nous Pavons vu, la reine Elisabeth avait signé un traité d'alliance offensive et défensive avec eux. Elle avait été entraînée a cette hardie résolution par son ministre Burghley. Quoique don Juan eût dit a son ambassadeur qu'il la croyait douée de trop de jugement pour qu'elle voulût soutenir des sujets rebelles contre leur prince, parce que, avec le temps, elle ne s'en trouverait pas bien 1 , elle avait mieux aimé

1 D'après les dépositions des divers témoins entendus dans le procès, l'opinion que Perez était l'auteur du meurtre d'Escovedo s'élait répandue hors de l'Espagne. « Dixô Antonio Enriquez que en Ilalia y Flandes se decia publicamenle que la causa porque ha via hecho matar Antonio Perez a Escobedo era por causa de la princesa de Eboli. » [Proceso, ms.)

• a Et que je ne tenois ladite reyne de si peu de jugement qu'elle voudroit faire oser sujets rebelles contre leur prince, et que partant

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