‹ Antonio Perez et Philippe 2Chapitre 48 sur 191 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

trente-trois ans. 11 laissa a son froid et habile successeur le duc de Parme, qui était aussi profond politique que grand général, le soin de relever des affaires en apparence perdues. Philippe le regretta. «J'ai vivement ressenti, écrivit-il le 13 octobre a Vargas, la mauvaise nouvelle qui m'est arrivée de la mort de l'illustrissime don Juan mon frère, et parce que je le chérissais et a cause des conjonctures où sont mes affaires 1 . » Quelques jours après, il exprimait de nouveau les mêmes sentiments. « J'aimais et j'estimais sa personne, disait-il, et il me fera faute pour le tout et particulièrement pour les affaires de Flandre *. »

Les regrets du duc de Guise ne furent pas moins vifs. De Joinville en Champagne, où il était retiré depuis le mois de mai et d'où il avait envoyé le capitaine de sa garde a don Juan pour lui donner l'excellent conseil de temporiser, et de dissoudre par ce moyen la coalition de ses ennemis, composée d'éléments contraires, il lit part à Vargas de sa douleur en ces termes : « Monsieur l'ambassadeur, la lettre que vous m'avez escripte m'a esté un redoublement de deuil que je porte à la mort du seigneur domp Jehan, en laquelle j'ay fait une des plus grandes

1 a La mala nueva que me lia venido del illustrissime don Juan

de Austria mi hermano hc senlido en gran mènera, assi por lo que le queria y amava, como por ser en tal conyuntura y occasion... » (Papiers de Simancas, série B. liasse 47, n*55.)

s « Asi porque amava y estimaba su persona como por la l'alia que me liarâ para lodo en csla occasion, y particularmente para las cosas de Flandes. » (Ibid., no 29.)

pertes que je sçaurois jamais faire. . . Quand je pense a tant d'honnestes faveurs qu'il luy pieu me faire et a l'honneur que j'avois d'estre aymé de Son Altesse, je me trouve assez empêché en mes résolutions. Toutesfoys, considérant qu'il ne se peut recouvrer et que Dieu ayant fait la grâce a toute la chrétienté de subsister en son lieu un prince de telle valeur et de si grande expérience que M. le prince de Parme, ce m'est grand allégement pour l'espérance que j'ay qu'il sçaura si bien et fidèlement acquister, que ce sera a l'honneur de Dieu et conservacion de notre dite religion, vous priant l'asseurer qu'il ne trouvera jamais personne plus preste de le servir et obéyr que je seray quand l'occasion s'en présentera 1 »

Les intérêts généraux du catholicisme en France, en Flandre, en Ecosse, en Angleterre, devaient unir étroitement le duc de Guise, qui était le chef des catholiques français, avec le gouverneur, quel qu'il fût, des Pays-Bas, qui était le chef des catholiques espagnols au centre du continent. Les rapports qu'il avait entretenus avec don Juan, il les continua dès lors avec le prince de Parme, à qui son oncle Philippe II confia la difficile mission dans laquelle avaient échoué le terrible duc d'Albe, l'adroit Requesens et l'impétueux don Juan. Alexandre Farnèse s'y comporta avec la prudence et le savant à-propos du génie italien. Sachant attendre et agir,

1 Papiers de Simancas, série B, liasse 44, n' 211.

Page 1