CHAPITRE III
négocier et vaincre, profiter des divisions inévitables de ses ennemis, traiter sans duplicité, commander sans tyrannie, il lui était réservé de ramener a la longue les dix provinces catholiques sous la domination de l'Espagne, et de concentrer l'esprit d'indépendance et d'insurrection dans les sept provinces protestantes, dont le prince d'Orange prépara, dès le 7 janvier 1579, la constitution en république par l'Union d'Utrecht. Mais c'est lentement qu'il devait accomplir cette grande tâche, que Philippe II ne seconda point par de puissants efforts, occupé qu'il était alors a ménager l'adjonction du Portugal a la couronne d'Espagne. Dans ce moment, Perez était au comble de la faveur. Il avait a conduire non-seulement les affaires d'Italie, qui étaient anciennement dans ses attributions, et celles de Flandre, qui y . avaient été mises depuis l'envoi de don Juan dans les Pays-Bas, mais encore celles de Portugal, qui étaient du ressort du secrétaire Zayas. Ainsi toutes les grandes affaires de la monarchie espagnole étaient réunies entre ses mains : en Italie, où Philippe II avait a traiter avec le pape et a résister au Turc ; en Flandre, où il avait a soumettre des insurgés et à contenir l'Angleterre et la France ; enfin en Portugal, où il négociait l'acquisition d'une couronne.
Bien que resté dépositaire de toute la confiance de son souverain, Perez vivait depuis quelque temps dans les tribulations et les angoisses. Ses ennemis s'étaient concertés pour le perdre. Ils avaient persuadé au jeune Escovedo, qui s'était d'abord refusé
a le croire coupable, qu'il était le meurtrier de son père. Les précautions dont Perez s'était entouré n'empêchèrent donc point la veuve et le fils d'Escovedo de faire remonter l'assassinat jusqu'à lui et a la princesse d'Eboli. Ils en demandèrent justice à Philippe II. Ce prince accorda une audience a don Pedro Escovedo, écouta avec toute l'apparence de l'intérêt ses plaintes contre les meurtriers de son père, reçut de sa main les mémoires et les requêtes dans lesquels la famille Escovedo les lui dénonçait, et promit de les livrer aux tribunaux s'il y avait lieu. Bien qu'il ne fût pas fâché de voir les soupçons se porter sur d'autres que sur lui 1 , il craignait cependant l'éclat d'une procédure qui aurait pu le mettre lui-même en cause 8 . Il était dès lors fort embarrassé entre les réclamations des Escovedo et les dangers de Perez, ses devoirs comme roi, ses in-
1 « El rey, à quien por grandes consideraciones, y diferenles riesgos, y proprios, no le desplugô* que aquella muertc descargase en otra parle, como nublado, abraç6 facilmcnte, à lo menos dex6 lo correr. » (Relaciones, p. 7.)
* Au mois d'avril 1579, Perez se plaignit à Philippe II de ce que ce prince poussait la précaution jusqu'à éviter de lui donner audience, et supplia le roi de l'aire cesser les poursuites de la famille Escovedo. Mais Philippe II se contenta d'attribuer le ralentissement momentané de leurs rapports à ses dévotions, que rendaient plus fréquentes les approches de Pâques, et lui dit qu'il n'avait rien voulu prescrire, parce que c'eût été convenir de sa participation au meurtre d'Escovedo. Il ajoutait : « Y mientras se pueda escussar que lo que se ha hecho de la muerte de Escobedo no a sido con inlerbencion aria, bien sera que se escusse y es bien que vos lo quereis assi y lo procureis... y assi os ruego mucho que os aquieteis y sosegaeis y que mescribais luego cl medio que me queriades proponer.» (Ms «le la Haye, loi. 101 .)