‹ Antonio Perez et Philippe 2Chapitre 68 sur 191 · CHAPITRE IN · texte numérisé non relu

CHAPITRE IN

Les complices du meurtre d'Escovedo disparaissaient tout comme les dépositaires des secrets de Perez. Insausti ne jouit pas longtemps du grade d'enseigne qui lui avait été donné en récompense de sa participation a cet assassinat. Peu de temps après son arrivée en Sicile, il mourut 1 . Miguel Bosque, frère de l'enseigne Antonio Enriquez, éprouva le même sort en Catalogne. Antonio Enriquez, attribuant cette mort a Perez*, et craignant qu'il ne lui en arrivât autant a lui-même 8 , se décida, par animosité et sur les instances du capitaine don Pedro de Quintana, proche parent d'Escovedo*, a révéler comment el par l'ordre de qui avait été tué, cinq années auparavant, le secrétaire de don Juan. Le 2o juin 1584, il écrivit de Saragosse à Philippe II 5

lut don Balthazar de Alamos, son homme d'affaires : « Y sabido por Antonio Perez, asi conio acabo de niorir, embiô por la posta a don Balthazar de Alamos, y le hallô mejor, y de alli â média hora quedô sin hahla el dicho su hermano, por donde se sospecha que le dio de

la misma quinta essencia, que a Pedro de la Era Y que tienc por

cierlo que Antonio Perez los matô, por que no se descubriesse lo que sabian de el por aver tiado dellos algunas cosas. » {Proceso, ras., deposition d'André Morgado.)

1 « Y luftgo que cl alferez Insausti llegô à Sicilia, murio. » (lbid., déposition d'Antonio Enriquez.) a Y que el Insausti lue encaminado a Marco Antonio Colona, para que lodespachasse; y oiôâ parentes suyos que alla le avian muerto, porque no parlasse. » {lbid , déposition de Martin Guttiercz.)

* « Y por aver visto que me han ahogado un hermano el quai ine llama d venganza. » (Lettre d'Antonio Enriquez au roi. lbid )

* lbid.

* lbid.

& « Y como escribi â Vueslra Magestad en la otra mia de los 23 de junio. » (lbid.)

148 ANTONIO l'EKEZ ET PHILIPPE 11

pour lui demander un sauf-conduit, s'engageant a prouver devant la justice, et consentant a être pendu par un pied comme un traître s'il n'y parvenait pas, que le secrétaire Antonio Perez avait ordonné le meurtre d'Escovedo. Ayant appris qu'un enseigne, nommé Chinchilla, était arrivé k Saragosse avec des desseins contre sa personne et une lettre de recommandation pour le duc de Villahermosa, vice-roi d'Aragon, il s'enfuit a Lerida, d'où il adressa, le 16 août, a Philippe H, une nouvelle lettre plus pressante encore que la première 1 . En même temps le capitaine Quinlana écrivit au roi : « Je supplie trèshumblement Votre Majesté de daigner, en considération des nombreux services que feu le secrétaire Escovedo a rendus, ordonner que, dans le délai qui lui paraîtra convenable, on procède a nous rendre la justice que nous attendons contre Antonio Perez, puisque le délit est aujourd'hui constant. Je me tiendrai ainsi pour suftisamment récompensé des vingt années qu'il y a que je sers Votre Majesté à la guerre, puisque, non content de ce qu'il a déjà fait, ledit Antonio Perez veut mettre aussi à mon don Pedro Escovedo et l'enseigne Enriquez, afin que tout demeure étouffé et enseveli dans les ténèbres 4 .»

1 Proceso, ms., Lettre d'Antonio Enriquez au roi.

1 a Supplico a Vuestra Magestad humildemenle sea servido, eu consideracion de los niuchos servicios que cl secretario Escovedo le ha heçho el muerto, que, con la brevedad que a* Vuestra Magestad le paresca conveniente, procéda con la justicia que esperamos de Vuestra Magestad contra el dicho Antonio Perez, pues cl delito esta descu-

CliAi'JTHE IV 140

Philippe II ne laissa pas donnci suile encore aux recherches sur la mort d'Escovedo. Mais il frappa alors Ferez d'une manière plus rigoureuse qu'il ne l avait fait la première fois. A la suite de l'enquête pour corruption, qu'on appelait visite en Castille, il le fit condamner, le 23 janvier 1585, par la sentence suivante : « Le licencié don Thomas Salazar, du conseil de Sa Majesté pour la sainte et générale inquisition, commissaire général de la Cruzade, etc. , attendu que Sa Majesté, désirant savoir et connaître la manière dont l'ont servie ses secrétaires de la couronne de Castille, ainsi que la fidélité, l'intégrité et le zèle avec lesquels eux et leurs ofliciers ont procédé dans l'exercice de leurs ministères et charges, a ordonné qu'ils fussent soumis à la visite, et nous a commis nous-même a cet effet; nous avons préalablement fait diverses vérifications et diligences, par suite desquelles nous avons trouvé bon de notifier a quelques-uns d'entre eux les faits qui étaient a leur charge, laquelle notification effectuée, nous les avons ouïs dans leurs justifications ; puis la procédure de visite ainsi mise à fin, Sa Majesté a résolu de nommer et a nommé en effet des juges, afin que tous conjointement nous lissions examen et revue de ladite procédure et rendissions une décision selon la justice.

bierto : que con esso me daré por bien remunerado de 20 afios «uc ha que servo si Vucstra Magestad en la guerra : pues aun non contento el dicho Antonio Percz con lo hecho, intenta niatar a don Pedro Kscobedo y al alferez Enriquez, porque se borre todo y no se aclarc. » (ProceaOy ms.)

150 AiNTOMO PEUE2 b'f PHILIPPE 11

« Or, ayant ainsi considéré les charges et justifications du secrétaire d'État Antonio Perez, ledit Perez, après consulte avec Sa Majesté, a été condamné a être enfermé et détenu dans telle forteresse qu'il plaira a Sa Majesté de désigner, pendant l'espace de deux ans et plus, selon que le roi le voudra, a être formellement banni de la cour, d'où il demeurera éloigné de trente lieues pendant dix années, et a être, pendant le même temps, suspendu de ses fonctions : Tune et l'autre peine demeurant au surplus a la discrétion de Sa Majesté et de ses successeurs. Dans ledit bannissement comptera le temps de la réclusion et détention dans la forteresse, et, en cas d'infraction, la peine en serait doublée. En outre, et dans les neuf premiers jours qui suivront, il payera, rendra et restituera douze millions deux cent vingt-quatre mille sept cent quatre-vingt-treize maravédis 1 , en la forme et de la manière qui suivent, savoir : deux millions soixantedix mille trois cent quatre-vingt-cinq qu'il a reçus et qui lui ont été remis a Naples pour le compte de la dame doua Ana de Mendoza et de la Cerda, princesse d'Eboli, sauf le droit qu'il peut avoir pour toucher de ladite princesse un certain cens qu'il prétend lui appartenir et être imposé sur ses biens ; item, huit couvertures neuves, brodées d'or et d'argent sur velours cramoisi, reçues de ladite princesse, telles et aussi bonnes que lorsqu'elles lui fu-

4 Le maravédis valait un peu plus d'un de nos centimes. Quatre maravédis avaient la valeur intrinsèque de cinq centimes.

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