CHAPITRE IV
ses ennemis, et Rodrigo Vasquez, questionné à ce sujet par don Francisco de Fonseca, lui répondait : « Que voulez-vous que je vous dise? tantôt le roi me donne hâte et me rend la main, tantôt il me retient * et me la retire; je n'y entends rien, et ne pénètre pas quelle espèce de gages il faut qu'il y ait entre le roi et son sujet 1 . »
L'adoucissement apporté a la captivité de Perez ne fut pas de longue durée. Après qu'il eut livré ses papiers, on crut pouvoir, sans faire courir aucun risque au roi, donner suite a l'accusation que don Pedro Escovedo avait intentée contre lui pour le meurtre de son père. Il fut donc resserré de nouveau, conduit à la forteresse de Pinto, et de là ramené et étroitement détenu a Madrid. Don Pedro Escovedo, son accusateur, fut enfermé de son côté. On lui avait enlevé l'emploi qu'il occupait dans le conseil des finances et on l'avait mis en prison, parce qu'il se plaignait d'un déni de justice et qu'on lui attribuait l'intention de faire assassiner Perez. L'instruction sur le meurtre d'Escovedo avait été commencée mystérieusement* dans l'été de 1585; Philippe II étant allé présider les cortès d'Aragon, Rodrigo Vasquez avait saisi cette occasion pour in-
' « Rodrigo Vasquez dixô* a don Francisco de Fonseca senor de Coca que le hablava en el encanto de las cosas de Antonio Perez : « SeDor, que quereys que os diga? Que unas vezes me da priessa el « rey y alarga la mano, otras espacio, y me la encoge? No lo entendio « ny alcanzo los mysterios de las prendas que deve de aver entre rey « y vasallo. » {Relation es, p. 63.)
* Ibid., p. <>4.
terroger, le 31 août 1 , a Monzon, renseigne Antonio Enriquez, qui, une année auparavant, s'était dénoncé comme complice de l'assassinat d'Escovedo, et avait offert d'en raconter les détails et d'en nommer les auteurs. C'est alors que cet ancien page de Perez fit, sur la mort d'Escovedo, la déposition que nous avons donnée plus haut*. Vasquez interrogea encore Geronimo Diaz et Martin Guttierez, dont l'un s'étendit complaisamment sur les relations de Perez avec la princesse d'Eboli, et dont l'autre dit ce qu'il savait sur la Cuite des meurtriers d'Escovedo dans le royaume d'Aragon, et notammeut sur son voisin Juan de Mesa, qui, après avoir aidé Perez à se débarrasser d'Escovedo, avait essayé de le tirer de la forteresse de Turruegano 3 .
Le majordome Diego Martinez, que l'enseigne Enriquez avait désigné comme celui qui avait présidé à tous les complots contre la vie d'Escovedo, étant venu d'Aragon, d'où il était originaire, a Madrid, pour faire le triage des papiers de Perez et les remettre au confesseur du roi, Vasquez le fit saisir et l'interrogea. Diego Martinez nia tout avec un extrême sang-froid, et dit même que son maître avait été très-affligé de la mort d'Escovedo, dont il était le grand ami, et qu'il avait fait beaucoup de diligences pour en découvrir l'auteur*. En apprenant
1 Proceso, ins.
* Voyez p. 82-89.
" Proceso, ms.
* « Y disculpa a su amo de la muerte, diciendo que le peso mucho, per ser grande aniigo suyo el secretario Escobedo, y que hizo muchas