CHAPITRE IV
l'arrestation de son majordome, du dépositaire de tous ses secrets, Perez fut alarmé au dernier point, et il écrivit au roi, le '10 novembre 1587 : « Sire, dans tout le cours de mes misères j'ai tâché de ne pas dépasser les limites auxquelles doit s'arrêter un humble sujet de Votre Majesté. Quoique je ne sois pas autre chose par moi-même, je suis, en outre, son serviteur... C'est pour cela que, du fond de ce lit de douleurs où je me trouve hors d'état de bouger. .., je fais choix d'un homme lidèle, qui est mon confesseur, que je charge de cette lettre, afin que Votre Majesté puisse tirer de lui, sans plus d'inconvénient, ce qui pourra être utile à son service. L'incident qui arrive est que, pendant que dona Juana était a Madrid a implorer pour ma guérison et pour ma vie le remède qui dépend de la compassion de Votre Majesté, l'alcade Espinosa a arrêté Diego Martin ez ; car il paraît qu'Escovedo, afin de justifier la poursuite en meurtre pour laquelle il est détenu, a dit qu'il enverrait des gens en embuscade pour tuer, soit Diego Martinez, soit tout autre des domestiques d'Antonio Perez qui ont assassiné son père 1 . Diego Martinez est venu à Madrid en toute
diiigencias porquc se averiguassc quicn le avia muerto. » {Proceto, ms., confession de Diego Martinez.)
* « Es el caso que estando dona Juana en Madrid à solicitai* cl remedio de mi cura y de mi vida, que dépende de la inisericordia de Vueslra Magcstad, el alcalde Espinosa ha preso a Diego Martinez, porque dicen que Escobedo, en el descargo de la muerte porque esta preso, dice que cl embiara aquellos hombres en busca, 6 a matar a Diego Martinez, 6 âotro criado de Antonio Perez, que mataron a supadre. » [Proceso, ms.)
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sécurité, comme un homme qui n'est point coupable. Or, quoique doiîa Juana ait eut recours au président pour réclamer en Martine/ une personne qui nous appartient, elle en a été pour son intercession. » Perez, qui ne savait pas encore que Diego Martinez était arrêté par suite de la déposition de son ancien page, suppliait le roi de ne pas le laisser entre les mains de l'alcade Espinosa, qui était l'ami particulier des Escovedo, et à la partialité haineuse duquel il attribuait ce nouvel emprisonnement. Mais, ayant bientôt appris les divulgations du page Enriquez, craignant qu'on ne mît la fidélité de Martinez, sur laquelle il comptait toutefois, a de trop fortes épreuves en l'appliquant a la torture, et ne voulant pas surtout que, par des délais calculés, Vasquez parvint h se procurer d'autres témoins, il écrivit encore au roi, le 5 février 1588 : « Je conjure
Votre Majesté d'ordonner a son confesseur d'aviser sur-le-champ a prévenir ce qui peut arriver. Puisqu'il est au fait de tout ce qu'il y a dans cette affaire, il conseillera mieux que personne ce qui sera le meilleur pour éviter des suites préjudiciables au
prisonnier, au service de Dieu et au vôtre Un
tribunal et des juges rigoureux vont quelquefois bien loin ; il ne convient pas d'exposer Martinez k ce danger, ni de l'aventurer ainsi. J'oserai dire que le remède serait de tenir la main au juge, mais surtout de ne pas consentir a ce que les délais se prolongent, parce que, si les adversaires produisent un faux complice qui ait sauf-conduit pour ses méfaits.
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la temporisation leur en fera trouver d'autres. Tout se prévient, au contraire, avec de la promptitude 1 . »
Mais, au fond. Philippe II ne voulait rien prévenir. Il laissa Rodrigo Vasquez poursuivre l'affaire. Celui-ci confronta, dans la prison royale, Diego Martinez avec l'enseigne Antonio Enriquez, auquel un sauf-conduit avait été accordé. Diego Martinez traita Enriquez avec une méprisante hauteur, comme un serviteur ingrat, un témoin suborné, et un odieux scélérat qui avait déjà commis des crimes, comme il saurait le prouver*. Entre les assertions de l'un et les dénégations de l'autre, le juge ne pouvait pas se décider. Il fallait un témoin de plus, Vasquez le chercha. Le marmiton Juan Rubio était revenu en Aragon, où se trouvait aussi l'apothicaire 3 qui avait préparé le breuvage empoisonné pour Escovedo. Mais les juges du royaume de Castille ne pouvaient rien dans le royaume d'Aragon. Vasquez déploya tout son zèle pour amener l'apothicaire et le marmiton devant lui, et Perez, instruit du danger, mit
» « Eljtiicio y rigor de los jueces suclc ser arrojado algunas veces, y no convienc poner â Martinez en aprieto y aventura. Me atrevo â decir que el remedio séria de tener la mano al juez ; pero sobre lodo no consentirle que ava mas diiacionc9 en este negocio : porque si trahen un t'alsario complice con sccuridad de sus delitos, mcjor con la dilacion ballaran otros : todo se ataja con la brevedad . 9 (Proceso, ms )
* « Y el dicho Diego Martinez se lo negô todo, y dix6 era su enemigo capital, y sobornado del secretario Es.oîjcdoy de sus amigos, y que cra nombre facinoroso, y que lenia heclios muchos delitos, y que era testigo f'also, lo quai se obligaba a probar. » (Ibid.)
8 « Dans une lettre du 15 février 1«"89, Juan de Mesa l'annonce à Perez. » (Ibid.)
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toute son habileté à les empêcher d'y comparaître. Jl les recommanda a Juan de Mesa, qui parvint a les retenir ; mais il n'en craignit pas moins qu'entraînés ou séduits ils n'échappassent, d'un moment a l'autre, a son influence, et ne vinssent le perdre par leur témoignage. Il écrivit donc au roi et lui demanda avec des supplications éloquentes de mettre lin a cette procédure et de le l'aire rentrer en grâce auprès de lui.
« On a essayé plusieurs lois, lui disait-il, de s'emparer de Juan Rubio et de le livrer a Escovedo. Je me suis donné mille peines, sans en ennuyer Votre Majesté, pour qu'on eût la-bas les yeux sur ce Rubio, et pour le faire retenir où il est par Juan de Mesa, ce serviteur à moi, qui est un homme de tête. Dieu sait les inquiétudes que j'ai eues, faute de savoir ce qu'était devenu ce Rubio, de qui Vasquez, qui est un Sinon, disait qu'il ne comprenait pas comment on ne s'en était pas emparé, et pourquoi il ne comparaissait pas comme l'autre 1 .... Si Votre Majesté ne cherche pas d'une main compatissante un remède a ce nouveau malheur, je ne vois pas de lin aux lenteurs de Vasquez, parce que Escovedo se prévaut de tous les délais dans l'intérêt de ses plans,
* a ...... llan procurado algunas veces coger si Juan Rubio, y entre-
j;arle â Escobedo, que es por lo que yo bc tenido cuidadu, sin cansar à V. M., para que miren alla por cl, y que le enlretenga Juan de Mesa, que es aquel criado mio, y nombre de ebapa Y sabe Dios los sustos que yo hc padecido, por no saber del Juan Rubio, que es el picaro, y de quien decia Vasquez (pie era un Sinon, porque no le huviessen coçido, 6 el no 8e venga como eslolro. » (Proceao, ms.)