CHAPITRE IV
On montra alors à Perez Tordre du roi. Il répondit que, sauf l'humble respect qu'il devait aux paroles de Sa Majesté, il n'avait rien a dire de plus que ce qui était contenu dans ses déclarations précédentes, qu'il ne savait rien de relatif au meurtre d'Escovedo et qu'il n'y était pour rien *. En même temps il récusa de nouveau Rodrigo Vasquez, qu'il avait déjà récusé, comme un juge passionné et hostile. Pour lui donner une satisfaction apparente, le roi adjoignit a Vasquez le licencié Juan Gomez, qui était de sa chambre et de son conseil*. Les deux juges insistèrent auprès de Perez, conformément à Tordre royal, et a plusieurs reprises, les 25, 27, 28 janvier, 12, 20 et 21 février 1590, pour qu'il exposât les motifs de la mort d'Escovedo, et qu'il en prouvât la force et l'urgence. Perez persista à répondre qu'il ne dirait rien, parce qu'il ne savait rien 8 . Comme on voulait un aveu de sa part, et comme on ne pouvait l'obtenir de plein gré, on se décida à le lui arracher de force. Rodrigo Vasquez et Juan Gomez ordonnèrent, le 21 février, aux alguazils de
1 a Respondio â todos que, salvo (como tiene dicbo] el aealamiento y rcvercncia débida al decir de Su Magestad, no tiene que decir mas de lo dicho en sus confessiones y que esto que déclara : ni sabe de la mucrle, ni intervinô en ella. » [Proceso, ms.)
* Jbid.
3 « En 25, 27 y 28 de henero de 1590, y en primero de licbrero, 12, 20 y 21 del, bicieron las mîsmas diligencias con el papel de Su Magestad con el dicho Antonio Perez, panique dièse 6 déclarasse las causas que dixô â Su Magestad para la mucrle del secretario Escobedo, y las hiciessc bucnas, y probassc ; y respondiô que no ténia que déclarai- y que se remitia â sus confessiones. » {Ibid.)
garde auprès de Perez de l'attacher avec une chaîne et de lui mettre une paire de fers aux pieds 1 . Perez demanda humblement et vainement au roi qu'il lui fit ôter des fers que son état de maladie ne lui permettait pas de supporter*. Le 22 février, Rodrigo Vasquez et Juan Gomez se rendirent a sa prison, et le sommèrent encore une fois de leur répondre conformément au dernier ordre du roi 8 . Perez s'y refusa de nouveau. Alors ses juges le menacèrent de la torture sans parvenir a l'intimider 4 . Aussitôt Vasquez se retira dans une chambre voisine, et laissa, avec le licencié Juan Gomez, le greflier Antonio Marquez et le bourreau Diego Ruiz, l'infortuné Perez , qui fut soumis par eux a cette effroyable épreuve, dont je puiserai le révoltant récit dans la procédure elle-même.
« A l'instant même lesdits juges lui répliquèrent que les indices demeurant toujours dans toute leur force et vigueur... ils ordonnaient qu'on le mit a la question pour lui faire déclarer ce que le roi exigeait; que, s'il y perdait la vie ou l'usage de quelques-uns de ses membres, ce serait par sa faute, et
1 <t Y en dia 21 de hebrero mandaron â los alguaciles que le liechen luego al dicho Antonio Perez una cadena y un par de gxillos a los pics. » {Proceso, ms.)
* « En 22 de bebrero... pidiô Antonio Perez que le quitasen los grillos, por eslar mui malo y aver mas de once anos que cstalia preso. » (Ibid.)
3 Ibid.
* « Tornosele â repetir por los dichos sefiores que déclarasse como Su Magestad lo mandaba, con apercibimiento de ser puesto â question de tormento ; dixrt que deeia lo que dicho tiene. » (Ibid.)