CHAPITRE V
suffisantes sur ce qui m'est imputé, sentence qui, du moins, me sauverait l'honneur... S'il paraît plus convenablequeje revendique le privilège de l'Église, bien qu'il doive m'en rester un vernis de culpabilité, j'en passerai encore par la, comme j'ai toujours fait jusqu'ici... Mais j'avertis Votre Paternité de ne pas différer le remède a tout cela, ni sa réponse a mes questions, car tout deviendra plus difficile à mesure que le procès marchera ; et je vois que, dans ces tribunaux-ci, il ne peut y avoir de procédures secrètes. Que Votre Paternité veuille bien m'en croire, quoique jusqu'à présent je n'aie pas été cru, au grand détriment du service du roi... Qu'on ne permette pas contre moi des rigueurs nouvelles, mais qu'on m'accorde, au contraire, la grâce si grande et si chrétienne de me laisser vivre avec ma femme et mes enfants dans un coin, tant que ma pauvre personne ne sera pas jugée bonne a manier un aviron pour le service du roi. S'il en arrive ainsi, je préférerai assurément k toute autre chose dans cette vie la volonté du roi et l'obéissance que je lui ai vouée 1 . »
A ces lettres point de réponse. Ceux qui gardaient ainsi le silence à Madrid agissaient par des voies souterraines a Saragosse. Sur leur ordre, le
my con taies prcndas como las que hé dicho, y con la razon que délias tuviere, se cierre la causa y meabsuelvan. » (Mémorial, p. £ J75 )
* « Que si esto lucre, scguramenle que anlcporné yo siempre â todolo desla vida, la voluntad, y obediencia de Su Magestad. » (Ibid., p. 274.)
marquis d'Almenara mettait en usage toutes les intrigues pour se faire livrer Ferez et l'envoyer en Castille, où il serait de nouveau à la merci du roi. Mais ses efforts échouaient devant la loyauté aragonaise. Perez supposa qu'on ne lui répondait point de Madrid et qu'on ne consentait pas à transiger avec lui, parce qu'on le croyait hors d'état de se justifier et de compromettre le roi. Il eut soin de prouver qu'il en avait les moyens. Le 10 juin 1 , il écrivit donc a Philippe H : « Sire, comme le procès va toujours en avant, comme il m'obligera à produire des justifications frappantes, parce qu'il y va de l'honneur de mes pères, de mes enfants et du mien, j'ai voulu avertir encore une fois Votre Majesté de ce qu'il me semble très a propos qu'on fasse. Mais, en des matières d'une telle nature, il m'a paru que je ne devais pas m'en remettre au papier seul pour éclairer Votre Majesté sur elles, et j'ai cru que, par un récit fait de vive voix, elle serait encore mieux informée*. »
En conséquence, il envoya auprès de Philippe II le père prieur de Gotor, auquel il avait montré, sous
« Mémorial, p. 27G, 279.
* « Como esta causa se va poniendo muy adelante, y en necessidad de llegar ;i descargos vivos, por tratarse de la honrra de mis padres, y hijos, y mit, hé querido hazer de nuevo advertimiento à Vueslra flfa- <;estad de lo que me paresce que mucho convienc. Y por ser dela^alidad que son estas materias, hé procurado no iiar de papel solo la informacion de Vueslra Magcstad sobre ellas, y lambicn porque con relacion de voz biva sea Vueslra Magestad mejor informado. » (I6M., p. 276.)