‹ Antonio Perez et Philippe 2Chapitre 94 sur 191 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

sur tous les chefs ! . Philippe II donna tout d'un coup son désistement de la poursuite intentée en son nom contre Perez.

Dans cette pièce curieuse, qui porte la date du 20 septembre, selon notre manuscrit 4 , et celle du 18 août, selon Llorente, le roi dit, pour expliquer son désistement et atténuer l'effet des accablantes divulgations de Perez : « Antonio Perez a rendu publique sa défense ; on pourrait rendre publique aussi la réfutation de celle-ci; il ne resterait alors aucun doute sur la gravité de ses crimes, et il n'y aurait aucune difliculté a sa condamnation 8 . Bien que, dans cette circonstance comme dans toutes les autres, j'aie pour objet l'intérêt général, que je cherche et que je procure ; bien que la longue détention de Perez et la marche de son affaire aient eu cette seule cause, cependant, comme Perez, redoutant l'issue du procès et abusant de sa position, se défend de manière que, pour lui répondre, il serait nécessaire de toucher à des affaires plus importantes que celles qui doivent figurer dans des procès publics, à des secrets qu'on ne saurait y mêler, a des personnes dont la réputation et l'honneur doivent s'estimer

1 Relaciones, p. 106.

4 « Es copia bien y fielmenlc sacada del original que esta en el archivo de Simancas, de donde se s \cô en 22 de agosto de 1609. » [Proceso, ms.)

* a Y si, como son publicas las defensas que Antonio Perez ha dado, lo pudiera ser la replica délias, luera bien cierlo que ni huviera duda en la gravedad de sus delitos, ni dificultad en su condeuucion por ellos. » {Ibid.)

plus haut que la condamnation de Ferez, j'ai trouvé moins d'inconvénient a renoncer a le poursuivre devant le tribunal d'Aragon qu'à aborder les points ci-dessus mentionnés 1 . Mais ma justice est connue. Je certifie que les crimes de Perez sont aussi grands que sujet en ait jamais pu commettre contre son roi et seigneur, tant pour les circonstances qui les ont accompagnés, que pour la conjoncture, le moment et la manière de les commettre*. J'ai voulu que cela fût constaté dans le présent désistement, afin qu'en aucun temps la vérité, que j'ai toujours protégée et dois protéger comme roi, ne reçoive aucune atteinte. Aussi, malgré l'abandon que je fais de l'accusation criminelle intentée en mon nom contre Antonio Perez, j'entends et je veux que tous mes droits demeurent saufs et libres, afin de pouvoir, par-devant tout autre tribunal, lui demander compte et raison de ladite accusation, et le poursuivre en tout temps pour les mêmes délits 3 . »

4 a Pero por que abusando Antonio Perez dcsto, y tcniiendo en el succso, se dcfiende de manera que, para responderle, séria necessario tralar de ni^gocios mas graves de los que se sufrc en procesos publicos, de secretos que no conviene que anden en cllos, y personas cuya repulacion y decoro se devc estimar en nias que la condenacion de Antonio Perez, lié tenido por mcjor conveniente no proseguir en la audiencia del justicia do Aragon su causa que tratar de los que aqui apunto. » (Proceso, ms.)

• « Aseguro que los delitos de Antonio Perez son tan grandes quanto nunca msallo los hizô* contra su rey y senor, asi en la circumstancia dcllos. como en la conjuntura, tiempo. forma de conicterlos. » (Ibtd.)

3 <r Y salvos y illcsos todos dercchos que contra el dicho Antonio

Perez me pertenescan y puedan perlenecer para por via de acu-

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Perez lui acquitté par le haut tribunal d'Aragon 1 . Le désistement de Philippe II fut suivi, cinq jours après, d'une autre poursuite. On aurait voulu pouvoir faire condamner Perez comme ayant empoisonné l'astrologue Pedro de la Hera* et Rodrigo de Morgado; mais il fut prouvé, par les déclarations des médecins, et malgré les fausses dépositions de quelques témoins, qu'ils étaient morts l'un et l'autre naturellement et d'une maladie connue 3 . On renonça dès lors a cette accusation, et l'on eut recours à une autre*. Le roi avait le droit de poursuivre, en Aragon, par un jugement d'enquête absolument semblable au jugement de visite usité en Castille, ceux de ses officiers qui l avaient mal servi, sans qu'ils pussent invoquer le privilège du fuero aragonais. Le marquis d'Almenara 8 entama un procès semblable contre Perez, qu'il accusa de corruption, . demandant au justicia mayor de le lui livrer comme

saciou. o en olra qualquicra manera a mi bien vista, pcdirlc cucnia y razou de los dichos delilos. » [Proceso t ms.)

4 « Vislos los descargos de Antonio Perez por cl gran juslicia de Aragon, le dicron por libre de la acusacion de la muertc del secretario Escobedo. » (Ibid.)

* « Don Inigo de Mendoza, marques de Almenara,.... le puso otra acusacion, diciendo que con un bebedizo avia muerto â un clerigo de Madrid, de que se causé grande escandalo. » [Ibid.)

3 a A lo quai respondiô Antonio Perez diciendo que el mismo avia bebido de la propria bebida ; y lo probô con medicos que curaron al dicho clerigo que no muriô de ponzona, sino de mal nalural. » [Ibid.)

* Ibid.

* « Visto por el dicho marques de Almenara, dixô contra cl dîcho Antonio Perez que bien sabian que, entre los fueros de Aragon, avia

officier du roi. Perez n'eut pas de peine a prouver que, pour être excepté du privilège des fueros, il fallait avoir été officier du roi en Aragon, et qu'il n'avait jamais été employé que dans le royaume et les affaires de Castille ; que dès lors il ne devait pas être livré a la justice arbitraire de la couronne, mais rester sous la protection de la justice aragonaise. Il ajouta, de plus, qu'ayant été déjà condamné une fois pour ce fait, en 1585, il ne pouvait pas l'être une seconde, et que, d'ailleurs, il avait, dans les lettres originales du roi, un moyen de se justifier aussi sur ce point 1 . Le projet de condamnation par voie A 1 enquête échoua* tout comme avaient échoué l'accusation pour meurtre, celle pour trahison, celle pour empoisonnement. Perez demandait sa mise en liberté ; il la demandait tout au moins sous caution. Philippe II voyait sa victime prête a lui échapper.

Mais il y avait dans la catholique Espagne un tribunal qui, par son caractère religieux et son esprit envahissant, dominait tous les autres, tribunal institué pour punir les pensées a défaut d'actes, tout aussi dévoué au roi qu'a l'Église, et par lequel il était facile de faire condamner ceux que la justice

t'uero que disponia que el rey podia castigar â qualquier oficial suyo que le huvicssc descrvido, siu que se pudiesse valer ni iavorecer de los l'ueros del reyno, y que bien era a todos manifiesto ser el dicho Antonio Perez oiicial de Su Magestad, y como â tal le podia castigar, » etc. [Proceso, ms. — Relaciones, p. 111 — Argensola, cap. xxvin, p. 80,81.) 1 Madones, p. lit et 112.

* a Loqual visto por el.justiçia de Aragon, le dieron por libre desta acusacion. » {Proceso, ras,)

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