‹ Antonio Perez et Philippe 2Chapitre 95 sur 191 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

ordinaire ne frappait pas au gré de la politique ou de la vengeance royale : c'était l'inquisition. Philippe II eut recours a elle contre Perez, qui, pour résister à toute la puissance d'un maître si formidable, n'avait que son esprit, son adresse, et l'intérêt qui s'attachait à lui dans cette lutte inégale. Avec l'élasticité d'interprétation et la procédure mystérieuse du saint-office, le crime d'hérésie n'était pas difficile à inventer et a établir. Dans l'amertume de ses chagrins et l'impatience de ses malheurs, Perez avait laissé échapper, devant les hommes qu'il croyait ses amis, des paroles inconsidérées, qui témoignaient de son désespoir et non de son impiété. Déplus, il avait songé, avec son compagnon de captivité, Giovanni Francesco Mayorini, a se soustraire par une nouvelle fuite aux poursuites violentes et obstinées dont il ne pouvait s'empêcher de redouter l'issue, et celte fois il devait se retirer en France ! ou en Hollande. Cela suffisait. 11 avait manqué de mesure dans son langage, donc il manquait de religion ; il voulait aller dans un pays où il y avait des

1 « Se ha descuvierto que la huyda de la carcel que Antonio Perez y Juan Francisco Mayorini procurarian cra para yrse a Bcarne o a otras

partes de Francia donde ay hereges y por ser cosa de la quai pu-

diera résultai' muy grande deservicio de Bios y dcl rey nueslro seîîor, me ha parecido adverlirlo û vuestra mereed y emhiar copia délia. » (Lettre originale de Ximenes, régent de la chancellerie de l'audience de Saragosse, au licencié Molina de Medrano, l'un des inquisiteurs d'Aragon. Collection Llorente, manuscrit de la Bibliothèque royale, supplément français n # i-^p ; Inquisition d'Aragon, vol. XIII, 1. 1, loi. 1.)

hérétiques, donc il était hérétique. Telle fut exactement la manière de raisonner de l'inquisition.

Le marquis d'Almenara avait séduit Diego Bustamente, qui servait Perez depuis dix-huit ans, et Juan de Basante, maître de grammaire latine et grecque a Saragosse, qui le voyait presque tous les jours dans sa prison. Comptant sur la fidélité de l'un et croyant a l'amitié de l'autre, Perez, qui d'ailleurs était assez indiscret de sa nature, ne s'était point contenu et n'avait rien dissimulé devant eux. Ils dénoncèrent secrètement ses paroles et ses projets à l'un des inquisiteurs de Saragosse, don Molina de Medrano, qui, d'accord avec le marquis d'Almenara, instruisit cette procédure, pendant que se débattait, entre le fiscal du roi et Perez, la question de Y enquête 1 . L'inquisiteur don Molina de Medrano entendit encore Juan Luis de Luna, Anton de la Almenia et six autres témoins. Lorsque l'information fut prête, le tribunal de Saragosse l'envoya au tribunal suprême du saint-office a Madrid 8 . L'inquisiteur général, don Gaspard de Quiroga, la transmit au confesseur de Philippe II, frère Diego de Chaves, pour en avoir son avis en qualité de commissaire qualificateur. Voici comment ce docile casuiste, afin de venir en aide aux passions de son maître, qualifia les paroles de Perez 3 :

« Conformément a l'ordre du très-illustre cardi-

1 Voir le vol. XIII, t. I" de la Collection I Jorente, loi. 8 à 1 1 . « Ibîd., vol. XIII, t. I", fol. 66.

5 tttf., loi. 67.

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