CHAPITRE V
nal de Tolède, inquisiteur général, on m'a remis, par l'intermédiaire du licencié***, fiscal de la sainte inquisition générale, une copie authentique de certains articles additionnels qui ont été rattachés au procès d'enquête contre Antonio Ferez, secrétaire de Sa Majesté, et les dépositions de témoins y relatives, afin que je visse et examinasse le tout, pour en dire ce que je penserais. Après cet examen, soigneusement fait, j'ai noté les propositions suivantes :
« Quelqu'un disant a Antonio Perez de ne point mal parler du prince don Juan d'Autriche, ledit Perez répondit : « Depuis que le roi m> fait le repro- « che de travestir le sens des lettres que j'écrivais et « de trahir le secret du conseil, je dois me justifier « sans ménagement pour personne : si Dieu le père « voulait y mettre obstacle, je lui couperais le nez, pour « avoir permis que le roi se soit montré si pêu loyal « chevalier envers moi 1 . » Qualification. Cette proposition, en tant qu'elle dit que, si Dieu le père venait a la traverse, on lui couperait le nez, est une proposition blasphématoire, scandaleuse, offensant les oreilles pieuses et sentant l'hérésie des Vaudois, qui prétendent que Dieu est corporel et qu'il a des membres humains. On ne peut l'excuser, en disant que le Christ a un corps et un nez puisqu'il s'est fait homme, car il est constant qu'il s'agit ici de la
• Llorente, Histoire critique de l'Inquisition, t. III, p. 328. Voir aussi la déclaration de Diego de Bustamente.
Oigitized
première personne de la très-sainte Trinité, qui est le Père 1 ...
« Le même Antonio Perez a dit : Je suis tout à fait à bout de mes croyances. Il me semble que Dieu dort dans les affaires qui me touchent, et, si Dieu ne fait pas un miracle dans ces affaires-là, je serai bien près de perdre entièrement ma foi. Qualification. Cette proposition est scandaleuse, offensant les oreilles pieuses, parce qu'il y est dit de Dieu qu'il dort dans les affaires de Perez, comme s'il était innocent et sans reproche, un homme mis juridiquement à la torture, condamné à mort et accusé des délits les plus graves*.
« Antonio Perez, dans une des occasions où il
1 « Dicicndole una pcrsona al dicho Antonio Perez que no dixese mal del seiïor don Juan de Austria, respondiô : « Bucno es que des- « pues, etc., repare yo en honrra de nadie para moslrar yo mi descargo, « que si Oios padre se alravesara en medio, le lievara las narizes, a o que qualquiera en el mondo vca quan... » Esta proposicion, quanto a lo que dize que, si Dios padre se alravesara en medio, le lievara las narizes, es proposicion blasfema, escandalosa, piarum aurium offertftéa, et, ut jacet, est suspecta de hseresi Vadianorum, dicentium Deum esse corporeum et habere membra humana. Ni se puedc escusar con decir que Cristo liene cuerpe y narizes, despues que se hizô homhre ; porque consla que se habla à cuenta de la prima pcrsona de la sanlissima Trinidad, que es Padre. » (Qualification de Fr. don Diego de Chavcs. Collection de Llorente, vol. XIII, t. I, fol. 67.)
* a D'ixô el dicho Antonio Perez : « Muy al cabo traygo la fee. « Parece que ducrme Dios en estos mis negocios, y si Dios no hizicssc « milagro en ellos. estaria cerca de perdcr la fcc. » Esta proposicion es escandalosa et piarum aurium offensiva, porque parece que dize de Dios que duerme en sus negocios ; como si el fuesc inocentc y sin culpa, un nombre juridicamente alormenlado, y condenado â muerte. y acusado de grandissimos delitos. » {Ibid. — Voir aussi la déclaration de Diego de Bustamente, ibid., fol. 58.)