CHAPITRE VI
pape Sixte-Quint, sur Venise et sur d'autres objets 1 .» C'étaient Va des illusions sorties d'un esprit qu'égaraient l'orgueil, l'ambition et la vengeance. Cependant ees rêves de Perez semblaient avoir pris quelque chose de réel et de redoutable par la sédition de Saragosse. Aussi Philippe II accepta-t-il sans hésiter l'arrangement qui lui fut offert de la part des principaux Aragonais*, après beaucoup de délibérations et d'incertitudes. Ceux-ci avaient d'abord songé a envoyer une ambassade au pape pour qu'il mit leurs fueros, anciennement consacrés par l'approbation et l'appui du saint-siège, a l'abri des entreprises de l'inquisition. Mais ce projet n'eut pas de suite 3 ; les membres de la dépu talion permanente du royaume en adoptèrent un autre 4 . Ils convoquèrent une assemblée, d'abord de quatre, puisde treize jurisconsultes 5 , pour leur soumettre l'examen et
1 « Muchas otras cosas se escrivian como discursos de Estado, esperanzas de rebeliones en Aragon y aun en Caslilia, de cosas deFrancia, del papa (que era Sixto) y de Venezia y otras. » (Collection Llorente, fol. 73 V.)
* Argensola, cap. xxxrn, p. 97, et c. xxxrv, p. 100, 101.
5 « Les a parecido grande ecceso la dieba embaxada, como en
particular me lo an representado oy don Diego de Eredia y don Martin de la Nuça. » (Lettre de Gerônimo de Oro aux inquisiteurs. Collection Llorente, vol. XV, t. V, foi 96.)
* Gerônimo de Oro, l'un des membres de la dépotation permanente et en même temps secrétaire de l'inquisition) donne des détails trèscurieux sur tout ce qui se passa à Saragosse depuis le 10 août jusqu'au 24 septembre 1591, dans ses lettres adressées aux inquisiteurs d'Aragon. [Ibid , t. V, fol. 80 à 126.)
5 « Oy se an juntado los senores y cavalières, y pareciendonos que los letrados que ayer se juntaron eran pocos por no ser sino quatïo,
l'interprétation des fueros dans le conflit élevé par le peuple entre la cour du justicia mayor et le tribunal du saint-office. Ces treize jurisconsultes déclarèrent que le droit de manifestation des prisonniers ne pouvait expirer qu'au moyen de la sentence du justicia mayor 1 ; que, dès lors. V annuler, comme l'avaient fait les inquisiteurs, était un contra-fuero ; mais que le suspendre n'en était pas un, et que si, par de nouvelles lettres, les inquisiteurs redemandaient les prisonniers, nonobstant la manifestation, les lieutenants du grand justicier seraient obligés de les leur remettre*. Cette interprétation du fuero était un acte de faiblesse. La violation du plus précieux de ses privilèges n'en était pas moins réelle pour être indirecte. Que la manifestation fût suspendue ou annulée, les prisonniers n'en perdaient pas moins les trois grandes garanties qu'ils trouvaient dans la justice aragonaise, à savoir : une procédure publique et testimoniale, la liberté sous caution juratoire, et un jugement prompt. Ils étaient livrés a la juridiction d'un tribunal secret, qui pouvait les appliquer k la torture pour suppléer aux preuves par les aveux, et les garder dans ses cachots jusqu'à
bavemos oy juntado treze. » (Lettre de Gerônimo de Oro du 15 août, collection Llorente, vol. XV, t. V, fol. 96 ▼*.)
* « Porque la manifestation no puede espirar sino por sentencia detinitiba. 9 (Ibid.)
1 a Si ymbian las letras segundas en que piden estos dos nombres, no obstante qttalquiera manifestation sin dezir mas, eslan obligados los lugartenientes â darlos sin lésion de los fueros. & [Ibid., fol. 96.