‹ Antonio Perez et Philippe IIChapitre 116 sur 192 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

entretenir son agitation et le disposer encore a un soulèvement, plusieurs pamphlets ou pasquins, comme on les appelait alors 1 . La violence des inquisiteurs, la faiblesse du justicia mayor, la déloyauté des jurisconsultes, l'illégalité de leur décision, l'ancienneté des fueros opposée k l'introduction récente de l'inquisition, la nécessité de les défendre dans cette occasion, sous peine de les perdre a jamais, furent les thèmes de ces petits écrits, que, sous les formes variées du dialogue, de la discussion, de la moquerie, de l'invocation, il adressa au peuple, qui les lisait avec avidité. L'un de «ces pamphlets était un dialogue entre le royaume d'Aragon, sous le nom de Geltibérie, et les députés ses (ils. Le royaume disait aux députés : « doux soutiens de mes droits, remparts de mes libertés, fermes colonnes des saints fueros, ô mes chers fils, de moi si heureusement nés et marqués par le doigt de Dieu pour rétablir mon honneur qui était déjà mis a l'encan, aujourd'hui votre mère vous demande de

sangre por bever de la mia, tan sediento esta délia. Si ese no estuviera ay, yo me huviera ya entregado mil dias ha en manos de Morejon 6 de otro que sin passion miraria mis cosas y conoceria délias. Nombre me el cardinal de Toledo à Morejon y à otros dos desapasionados ministros, que yo me entregaré muy de grado ; y si soy hereje, me castiguen. Mas sabe Dios que no lo soy ni he sido; y asi yo no huyo de la justicia, sino de la passion de ministros, que siempre esta me ha perseguido. » (Même collection, vol. XVI, t. VII, fol. 51.)

1 Ces pamphlets se trouvent en partie dans le tome V du XV volume de la collection Llorente, fol. 59 à 70. D'autres se trouvent cités dans la déposition de Basante, vol. XVI, t. VITI.

prendre soin du bien de tout le peuple et de demeurer fermes sous la discipline de ses lois. » Il leur rappelait ensuite que le roi n avait de droit sur ce royaume qu'autant qu'il observait les fueros jurés par lui, et que les fueros ayant été enfreints le jour où Ton avait violé le droit de manifestation par l'enlèvement des prisonniers placés sous sa garde, ils pouvaient, conformément aux coutumes de leurs ancêtres, élire un nouveau roi qui conservât leurs libertés 1 .

En même temps qu'il cherchait à exciter le peuple t par ses actes, il adressait à la hâte une note au tribunal du justicia mayor pour réfuter l'interprétation que les jurisconsultes avaient donnée des fueros et se placer sous sa sauvegarde. N'ayant point obtenu de réponse et redoutant son extradition d'un moment a l'autre, il écrivit, le 4 septembre, aux membres de cette cour suprême :

« Très-illustres seigneurs ,

« Antonio Perez vous expose qu'il avait noté une série de points pour composer un mémoire en forme,

f « Ô dulce amparo de las leyes, muralln fuerlc de mis libertades, columnas firmes de los santos fueros, atlantes deste cielo y firmamento, 6 caros hijos por mi bien nacidos, y del dedo de Dios hoy senalados para restauration del honor mio que estava ya muy pueslo en almoneda, hoy quiere vuestra madré con vosotros tener un dulce rato, y os encarga que cuydando del bien de todo el pueblo, oygays con attention mi disciplina... . Trayendo les a la memoria... que Su liagestad ténia derocbo & estes reynos mi entras les guardasse sus fueros,

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