‹ Antonio Perez et Philippe IIChapitre 24 sur 192 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

démarches par le nonce lui-même. Il avait appris que le pape destinait a cette expédition plus de six mille hommes et cent cinquante mille ducats 1 . Don Juan se soumit avec docilité aux ordres de son frère, se résignant à rester dans les Pays-Bas. « Je fais face a mes peines, écrivit-il a Perez, et je prendrai patience jusqu'à meilleure conjoncture. Je ne suis pas assez ingrat pour méconnaître en rien la volonté du roi. Aussi marcherai-je dans la route qu'il juge à propos de nous faire suivre 9 . » C'est ce que confirmait Escovedo en disant que «Don Juan, ce chevalier si plein d'honneur et si jaloux d'accomplir son devoir, ferait, sans songer a son rappel, tout ce qui conviendrait au service du roi et a sa volonté 8 . » En effet, il exécuta de point en point l'édit perpétuel que Philippe II avait ratifié le 7 avril. Il remit aux seigneurs flamands les citadelles évacuées par les troupes espagnoles, qui partirent le 21 avril de Maestricbt, en prenant la route du Luxembourg et de la Franche-Comté. Bien qu'il ne crût point a la durée de la paix, ainsi qu il l'exprimait dans des lettres qui furent interceptées et que les États con-

* Voir sur celle reprise du projcl l'Appendix C.

* <r Con todo esto rrcsisto y ago cara al trabaxo y terne paciencia para esperar mexor conjunlura... no soy tan desconocido ni los favorcs y merccdes hechas â mi y a otros por mi rrespelo lo dan a ber, que saïga de su volundad en nada ; con todo esto he menesler que camincmos por do Su Mageslad es servido que bamos. » (26 mars 1577. Don Juan à Perez, ms. de la Haye, loi. 52, 34.)

3 « Y es lan onrado caballero y tan puesto en cumplir lo que deve i quien es. . . porque sera esta como y quando convenga al servicio de Su Magestad. » (29 mai 1577. Ibid., fol. 33 à 37.)

nurent plus lard, il se mit entre les mains de ces derniers avec résolution plus qu'avec confiance. Il fit le 2 mai son entrée solennelle dans Bruxelles et fut reçu, le 4, gouverneur général. 11 voulut alors tirer parti de ses concessions pour soumettre la Hollande et la Zélande, qui se maintenaient depuis cinq ans dans un complet état d'indépendance. Il leur demanda, aux termes de ledit perpétuel, d'obéir désormais a l'autorité royale et de restaurer sur leur territoire le culte catholique. Comme elles s'y refusèrent sous divers prétextes, il somma les quinze autres provinces de les y contraindre par la force ; mais il rencontra également de ce côté une invincible résistance. Les provinces récemment revenues a l'obéissance rejetèrent tout projet d'attaque contre les provinces restées dissidentes, et, tandis que don Juan ne parvint point a l'aide des catholiques a renverser le pouvoir du prince* d'Orange en Hollande et en Zélande, le prince d'Orange, secondé par ses nombreux et hardis partisans en Brabant et en Flandre, y rendit bientôt la situation de don Juan intolérable .

Ce jeune prince, sans armée, sans autorité, sans influence, resté suspect, devenu de plus en plus déliant, fut poussé, par d'indignes traitements, à des résolutions extrêmes. On publia des libelles contre lui. Ses serviteurs furent maltraités par le peuple de Bruxelles, qui dispersa même sa garde. On conspira contre sa personne. Les offenses dont il était l'objet, les complots auxquels il était en butte, le déci-

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