CHAPITRE PREMIER
lièrent, dans l'intérêt de sa sûreté et de l'honneur compromis de son frère, à se retirer dans une place forte et a se préparer a la guerre. Il traita en secret avec les troupes allemandes qui, faute d'avoir été payées de ce qui leur était dû, n'avaient pas encore quitté les Pays-Bas, où elles occupaient plusieurs villes, et il songea à s'emparer inopinément du château de Namur. Avant d'exécuter ce coup de main, il envoya Escovedo en Espagne afin de faire connaître ses dangers et ses besoins a Philippe II, auquel il avait déjà demandé de rappeler les troupes espagnoles parties depuis peu pour l'Italie. « Force est bien, avait-il dit, qu'elles reviennent et que Votre Majesté n'en ait aucun regret. Quand ces gens-ci se rendent coupables a ce point et n'attachent aucun prix a la grâce que Votre Majesté leur fait, la guerre doit devenir tout autre que ce qu'elle a été jusqu'à présent. Il faut qu'elle se fasse avec leur propre argent, sans y employer celui des autres royaumes. Qui cause le mal doit le payer. Feu et sang sur eux I et que Votre Majesté me laisse faire 1 . » Il écrivit quelques jours après, le 9 juillet : « Je vois s'augmenter à tel point l'insolente arrogance des malin-
4 « Que es fuerza que vuelvan y no congoxe esto a Vuestra Mageslad, que ya que llega el peccado destos a ser tan grande, y no se valen de la merced que Vuestra Magestad les hace, différente ha de ser la guerra que la de hasta aqui, y es que aquella se sustente de la hazienda dellos, sin sacar la de otros reynos, y quien tal haze que tal pague. Fuego y sangre en ellos, y deie me Vuestra Magestad. » (21 juin 1577. Don Juan à Philippe IT, Arch. gen. de Simancas. Estado Flandes, leg. 572.)
tentionnés, laquelle a commencé par le conseil d'État, s'est répandue parmi les grands et gagne jusqu'au peuple, que le relard n'est plus possible. Tout croule a la fois. Les compagnies du régiment du comte d'Egmont se rapprochent de cette ville, avec celles de MM. de Hesse et de Champagny, dans le but, comme le bruit m'en revient de différents côtés, de me faire prisonnier. . . Les choses en étant venues à cette extrémité, j'expédie Escovedo, qui partira demain. Pour l'amour de Dieu, que Votre Majesté prenne en pitié sa sainte Église, ainsi que sa propre autorité et son honneur 1 1 »
Après une courte navigation, Escovedo débarqua, le 21 juillet, a Santander. Philippe II fut extrêmement irrité de ce voyage entrepris sans son autorisation, et qui lui inspira autant de défiance que de colère. 11 ne se borna point a désapprouver la venue d'Escovedo; il se montra contraire au système de conduite que proposait don Juan. H blâma la prise du château de Namur, opérée le 24 juillet; refusa de rappeler dans les Pays-Bas les troupes espagnoles, et s'opposa à une rupture nouvelle avec les États.
* « Y va se acercando tan à priesa y es tanta la arrogancia y insolencia de los niai intencionados, comenzando por el consejo deEslado, y descurriendo por los senores y parando en el pueblo, que no se puede jamas porquc se cae todo. Van se acercando las companias del regimcnto del conde Egmont y M. de Hesse y Champagny à esta villa, con fin, segun se entiende por diverses vias de pr endorme, y esta/ resucllo enlre ellos de bazer el masacre que llaman y alzarse al tiempo. » (9 juillet 1577. Don Juan à Philippe II. Estado Flandes, leg. 572.)