‹ Antonio Perez et Philippe IIChapitre 56 sur 192 · CHAPITRE lll lié · texte numérisé non relu

CHAPITRE lll lié

n'avez rien h craindre. D'autres ont beau changer, croyez que je ne changerai pas. Si vous m'avez étudié sous ce rapport, vous aurez reconnu, j'en suis sûr, que je ne suis pas changeant *. » Et un peu plus lard, lorsque Perez lui annonçait, avec une affliction mêlée de crainte, la mort du marquis de los Vêlez qu'il venait d'apprendre, le roi lui répondait : «Vous et moi nous perdons beaucoup; mais j'espère pourtant que c'est vous qui perdez le moins, parce que je ne vous manquerai jamais. Pour cela, vous pouvez en être certain. Tenez donc ferme contre ce regret et cette douleur, vous le pouvez bien, puisque vous m'avez, moi '. » Mais Philippe II ne faisait rien pour le tirer de cette dangereuse position. Perez, qui le croyait faible, et peut-être perfide, lui adressait l'expression de ses angoisses. « Cette affaire, lui écrivait-il, me donne journellement mille soucis qui briseraient une pierre 3 . Votre Majesté peut me faire coiffer du bonnet de criminel, car je suis sûr qu'en

que no le faltaria jamas, pidiendo le el rey que no, le deiase. » (Rela* ciones, p. 16.)

* « Mientras me diere vida no ay de que temef, pues, aunque ssô muden otros, cred que yo no me mudaré, y si bien abeis mirado esto en mi, creo abreis vislo no soy mudable. » (Avril 1579. Le roi à Perez, ms. delà Haye, fol. 50, 51.)

* « Lo siento mucho por vos y por mi, que pierdo mucho, y espero que vos no tanto, porque yo no os faltaré y deslo estad seguro, y tened buen animo deste dolor y pena, que bien podeis pues me teneis à mi.» (4 mai 1579. Dans un billet de Perez au roi. Ms. de la Haye» fol. 51, 53.)

5 « Desto me vienen cada dia mïll pesadumbres que cansarian a una piedra. » (Relacionet, p. 10.)

tout ceci c'est moi qui payerai pour le tout 1 . » Philippe II lui répondait avec une familiarité affectueuse : « Il faut que vous ne soyez pas aujourd'hui dans votre bon sens; ne croyez rien de ce que vous me dites la*. » Perez, malgré ces assurances, prévoyait le sort qui lui était réservé ; il insistait auprès du roi et lui écrivait : « Je crains, sire, qu'au moment où je m'y attendrai le moins, mes ennemis ne me poignardent, ou que, prenant Votre Majesté au dépourvu et comptant sur sa mansuétude et sa facilité, mes envieux n'en viennent à leurs lins ; je parle ainsi a l'occasion de ce qui se passe, parce que je sais que mes ennemis ne se donnent aucun repos \ » Le roi répondit en marge de ce billet : « Je vous ai déjà dit qu'il fallait que vous ne fussiez pas dans votre bon sens; ils ont beau ne pas se donner de relâche, croyez bien que ce sera en pure perte*. »

Perez aurait voulu le croire, mais il connaissait trop son maître pour cela. Aussi lui demanda-t-il la permission de quitter son service pour soustraire sa

1 « Vueslra Magesiad me mande encorozar, que yo ereo que en esto pararé en pago de todo. » [Relaciones, p. 17.)

f « No deve de reynar boy muy buen bumor : y no creays io que aqui dezis. » (Ibid.)

3 « Temo , senor, que, quando no me cale, me ban de abrir un costado mis enemigos, y que, tomando a Vuestra Magestad deseuydado, y à su mansedumbre ygual a todo, y liados en su suiïrimiento, ban de obrar la invidia, y digo esto con esta ocasion, por que se que no paran. » [Ibid., p. 17 , 18.)

4 a Por lo demas que aqui dezis, dixé en' esse otro papel, que no deveys de estar de buen bumor, y aun que ellos no par en, creed que no les valdrâ. » {Ibid.) p. 18»)

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