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M. FRED STOOP. Byfleet Surrey, Angleterre.
(Peinture, 1909).
Æelrio Leon Marotte Partis
Mine SARAH BERNHARDT (Dessin rehaussé en couleurs, TOIT se
définie dans deux singuliers ouvrages —— un tableau de la collection Peytel à Paris, et un pastel — consacrés à l’expression psychologique toute pure. Ce sont deux études d’après un violoniste anonyme et mystérieux, vêtu, comme un moine, d'une sorte de robe ou de froc. L'une le représente assis sur un banc grossier dans une sombre pinède vaste et noire. L'autre ne le révèle qu'à mi-corps, sur ce fond de cyprès, de bouleaux, de prairies et de calmes eaux lacustres que l'artiste a aimé donner à plusieurs de ses compositions.
Ces deux études sont admirables par le dessin et le caractère. Le modèle est un jeune homme blème, d'une maipreur ascétique, au nez retroussé, aux oreilles grandes et décollées, aux maxillaires proéminents, au teint cireux, aux mains exsangues et pauvres malgré la pureté de leur forme : certainement encore un portrait scrupuleux. Mais 1l est beau par l'idéalité du front dégarni qu'encadrent les longs cheveux, de la bouche douloureuse, des paupières cernées, closes avec une douceur ineffable sur des prunelles qui regardent dans l'âme. Un maître seul a pu réaliser, dans le tableau de la collection Pevytel, l'analyse de ces mains du musicien, de cette face extasiée jusqu à la souffrance, morte au monde, ne vivant
plus que dans la répion éthérée dont parle Shelley « où la
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musique, le clair de lune et le sentiment ne font qu'un ». L'art physionomique atteint ici à un prestige insolite. Il rend visible sur un visage humain le vertige musical, l'ivresse magique du son, avec des moyens rigoureusement picturaux. Le pastel où le violoniste en robe noire, pieds nus comme un jeune franciscain, joue de son instrument dans la forèt solitaire, peut faire songer à certains Primitifs par le décor et la stylisation. Dans le tableau de la collection Peytel, aucun appel au sentiment « littéraire » ne saurait être invoqué : le dessin fait tout, la forme est conduite au dernier degré, et c'est de sa véracité même que naît la poésie. La mélodie de passion et de douleur que joue cet adolescent est celle-là même qu'entendront, sur l’autre rive du lac italien, les deux amants fiévreux et craintifs de la Mélodie d'amour. Et il y a en une telle œuvre quelque chose qui, dans l’art contemporain, est à Antoon van Welie seul. L'expression « d'art mystique » ne satisfera que ceux pour lesquels la tradition glorieuse est tout à fait perdue. Il s'agit ici d'idée et de pensée traduite normalement par la forme, et nullement de mysticisme. En étudiant ce visage, comme ceux de la plupart des portraits signés par Antoon van Welie, un physiologiste établirait un
complet et sûr diagnostic. Cette figure n'a rien du « rêve »
conventionnel et arbitraire, elle demeure dans l’absolue réalité, et pourtant elle la domine : sur l’armature de chair et d'os, l'âme est appliquée par la force d’attirance d’un contemplatif dont le repard sait l’aimanter. J'ajouterai, en contraste, la meñtion d'un récent dessin, le portrait d’une violoncelliste hongroise. Cette très belle chose n’a rien d’allégorique, c’est un scrupuleux morceau de nature : et pourtant on y retrouve toute la gravité, tout le style, toute la puissance d’au-delà, toute l'eurythmie des œuvres dont je viens de parler. Le
rêve est 1c1 une propriété du réel.
L'artiste a encore atteint à la pleine réalisation de sa volonté et d’une pleine harmonisation des moyens dans un dessin rehaussé de pastel, Le Néophyte. C'est le portrait d’un jeune homme qui va recevoir le grade de prêtrise dans l'ile de Corfou, où Antoon van Welie à longuement séjourné. Il se détache sur un fond de lumineux paysage, prairies, grèves ensoleillées, mer d'un profond saphir, lointains et ciels de nacre et de perle. Ses compagnons passent en blanche théorie sur la rive. C’est la fète de l’Ordination. Lui est vêtu comme eux de la blanche tunique rituelle, et comme eux, selon le
rite, est coiffé d'une couronne de roses pâles et légères. D'une
main 1l tient le livre sacré, de l’autre un cierge allumé, et son visage immobile contemple fixement le spectateur. Ici encore l'intérêt psychologique fait oublier tous les détails pittoresques. Cet adolescent sain, rose et frais, à la peau dorée par le soleil de l’île exquise, a toutes les grâces de la jeunesse : cependant la robustesse de son cou et de sa mâchoire, la sensualité de son nez court aux ailes palpitantes, de sa bouche rouge et charnue, de ses sourcils épais, contrastent avec la froideur de ses prunelles bleues, avec la volonté de son front très visible sous les fleurs. Il est là, isolé de ses amis, arrêté sous la grande clarté céleste, méditant. Il vit consciemment la minute la plus grave de sa jeune vie, celle où le vœu va être prononcé. Îl nous regarde de face, mais son regard nous traverse et va derrière nous scruter quelque chose d'invisible, un idéal abstrait. C'est un regard comme on peut l'imaginer chez Parsifal, d’une douceur et d'une inflexibilité absolues, un regard désincarné, d'une grande puissance d'hypnose lucide. Nul androgynat dans cet être vigoureux, aux larges épaules, aux mains lourdes de terrien terminées par des ongles courts et carrés. Mais on sent que les désirs charnels n'existent plus pour lui. Tout cela est rendu ou suggéré par un dessin d’une
précision synthétique qui ne doit rien aux Primitifs, tout en
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(Mère de l’artis
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Mme VAN
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JEUNE FILLE DE VOLENDAM (Dessin aquarellé, 1916).
La Haye (Pastel, 1910)
Son Ex. JHR VAN TETS VAN GOUDRIAAN,
Mme LA BARONNE BENTINCK VAN SCHOONHEETEN.
{ Peinture, 1919).
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inspirant une émotion dont la qualité calme et forte fait songer à la leur. Ce tableau d'un coloris transparent, ingénu, obtenu par quelques accents chromatiques sur le papier, semble un fragment de fresque quattrocentiste — et pourtant tout y est bien interprété par un moderne. C'est une
belle chose.
Il conviendra d'y rattacher un beau dessin rehaussé de couleur, où l’on voit un prêtre grec dirigeant un chœur grégorien chanté par quatre adolescents, vêtus comme lui de robes noires aux larges manches. Ces cinq physionomies atteignent à la parfaite expression et au complet caractère social avec les moyens les plus simples du fusain. Les chanteurs chantent vraiment, avec gravité, douceur et foi : le patriarche à longue barbe, coiffé de sa tiare, est bien le type de ceux qu'on voit parfois passer avec dignité dans les rues de nos cités contemporaines, à tel point qu'on se croit assuré de l'avoir déjà vu. Un autre souvenir de Grèce, d’un sentiment tout opposé, est La Joie de vivre (peinture de la collecon de Mme Spiers, Bruxelles). Ce morceau d'inspiration toute païenne montre à mi-corps un jeune berger nu, cou-
ronné de fleurs et riant en s'apprètant à Jouer de la Aüûte.
Derrière son visage et son torse ensoleillés, s'entrevoit un paysage de mer céruléenne, de murs blancs et dorés, où paraissent des personnages traités à la façon des fresques. Tout est allégresse et clarté en cette étude de nature. Et je ne peux que mentionner, auprès de ces souvenirs du voyage en Hellade, diverses œuvres appartenant à des périodes très différentes : le Rêve de Jacob, dessin de la collection Spiers, le curieux et ardent frontispice d'un roman, L’Aryenne, demandé à l'artiste par Jean Lorrain, qui comprit et apprécia toute l’intellectualité de son œuvre ; l’Extase, où l’on retrouve les figures si caractéristiques de la Mélodie d'amour avec un autre arrangement, et qui fait partie de la série des petites compositions allégoriques et mystiques exécutées à Bois-le- Duc. Il en est de même pour l'Ophélie, la Douleur, et les deux jeunes Princesses de légende. Ces trois dernières œuvres, d'une exécution serrée, précieuse, appartiennent à l'époque où l'artiste subissait l'emprise des Primitifs alliés aux intentions des préraphaëélites, de Gustave Moreau, de Bæœcklin, de Khnopff, des Rose-Croix, réagissant contre la peinture réaliste et impressionniste, essayant de lier l’art pictural à la musique, à la poésie, aux conceptions religieuses ou occul-
tistes, d'y infuser les sentiment apportés par le symbolisme
et Wagner. Du moins la préoccupation constante du style et de la science du dessin se montre-t-elle, à un rare degré, dans ces œuvres, et dans beaucoup d’autres que Je ne pourrai ni commenter ni mettre sous les yeux du public. Tels sont par exemple lesorands tableaux d'inspiration catholique, Letriomphe de l'Eglise, Le pape Benoit XV entouré de personnages symboliques, exécutés au Vatican où, sous trois pontificats, un atelier fut concédé à l'artiste. T'els sont encore des ouvrages comme l'Orphée en tunique blanche, tombé, épuisé de fatigue et de douleur, dans un paysage farouche, et appelant d'un cri suprême Eurydice perdue; comme La Clef du Mystère, tenue par une femme aux yeux si inquiétants, comme, enfin, de nombreuses toiles recueillies en des collections particulières de divers pays d'Europe. Antoon van Welie à énormément produit en trente-cinq années de travail méthodique; ses créations ont toujours été commandées ou promptement acquises. Le lecteur ne pourra donc juger ici que du tiers à peine du labeur de ce peintre; et mes réflexions sur ses tendances ne peuvent, malgré certaines analyses partielles, sortir des généralités.
Divers dessins relatifs à des compositions projetées —
fusains rehaussés de blanc -— montreront chez Antoon van
Welie le souci constant de la vérité et de la synthèse, de l'énergie contrastée des lumières et des ombres; un grand dessin montrant le bon larron sur sa croix, convulsé par la souffrance physique mais levant vers Jésus une face illuminée par l'espérance et la foi; une tête de poëte aux paupières closes sur la contemplation intérieure ; une tragique esquisse d'une Jeanne d'Arc garrottée au poteau, déjà atteinte par les flammes, adressant à ses Saints une prière suprême. Bien d’autres recherches pour des œuvres qui naîtront tôt ou tard confirment le désir d'éviter le maniérisme d'une exécution mesquine ou esquivée, de donner une base de solide réalité anatomique et atmosphérique aux créations imaginées, d'interdire en un mot les reproches qu'on a pu légitimement adresser aux préraphaëlites anglais, allemands ou français touchant la substitution de la « littérature » aux mérites plastiques proprement dits.
La facture des dessins dont je parle est aussi large, et même presque violente, qu'est subtile et précieuse celle d'œuvres commela Mélodie d'amour. Elle indiquerait en Antoon van Welie un tempérament d’aquafortiste ou de lithographe par l'intensité dramatique des noirs et des blancs : cependant il n'a point, que je sache, tenté jusqu ici de s'exprimer par le
cuivre ou la pierre, ni même par l’aquarelle et le pastel propre-
M. LE D' A. BREDIUS, La Haye (Peinture, 1910).
Helio Léon Marotte Paris
SUD P21010f{ U027 01287]
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‘(LOG ‘sanagnos ua uissag)