‹ Antoon van WelíeChapitre 11 sur 23 · SÂ8H PT XAHVWAOHOS SUN · texte numérisé non relu

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ment dits, auxquels il n’emprunte que quelques effets d'accentuation du dessin sur papier légèrement teinté, Il n’est pas davantage séduit par le paysage en soi. Il ne le fait intervenir que comme décor de fond, il ne lui demande, comme les maîtres anciens, qu'un renforcement expressif de la composition, où l'être humain demeure le sujet capital. L'art d'Antoon van Welie étant, avant tout psychologique, est par là même anthropocentrique. Il a peint quelquefois des fleurs exquises, 1] pourrait réaliser des paysages emplis d'une émouvante poésie naturelle, comme le prouvent certains fragments : mais c'est la figure et la révélation du caractère et de la conscience sur cette floure, qui le passionnent uniquement ; au point même que ce dessinateur et modeleur capable de maitrise n'a encore Jamais peint une nudité. Le poème plastique du corps nest rien pour lui auprès du poème multiple du visage de l'homme et de la femme. Une face, des yeux, des mains, suffisent à son inlassable appétit d'investigation du mystère

caché sous l'apparence.

Il me faut enfin parler d'une composition de vastes dimensions, qui constitue dans toute l'œuvre d'Antoon van

W/elie une exception insolite : non volontairement certes, car

il n'a cessé de rêver de couvrir de grandes surfaces dans un sens décoratif où son imagination pût s’éployer, et ce n'est point sa faute si ces surfaces ne lui ont point été offertes, ainsi qu'il advient à beaucoup de peintres contemporains. Il n'a du moins pas négligé l’occasion qui lui fut donnée par M. Volz de La Haye, en sa belle villa Totila. Possesseur de la Sainte Cécile, de Tristan et Isolde, des portraits de Mme et Mlle Volz, l'hôte a prié Antoon van Welie de retracer alléporiquement en une frise sur trois faces du hall de son habitation, l’histoire de ce T'otila, roi des Goths, dont le nom s'inscrit sur la façade. Et le peintre a trouvé là le motif de révéler une possibilité de son talent tout à fait inattendue. Plus de cinquante personnages, dont une trentaine de prenuer plan, sont figurés dans cette composition à la fois allégorique et réelle. Le sujet idéologique est l'espoir de renaissance qu'amène l'avènement de Totila, renaissance de l’ordre, de la « pax romana », de la sereine harmonie des temps antiques après les excès cruels et stérilisants d'une série d’invasions barbares. Âu centre du panneau principal, Totila, jeune et vigoureux, est assis dans une cathèdre, cuirassé, la couronne au front, le pallium blanc sur les épaules. Il ouvre

les bras en un geste de large accueil. Deux centurions, dont

l'un porte le casque romain et l’autre le casque ailé des Goths, symbolisant le germanisme et l'italianité, posent sur sa tête une couronne de lauriers. À ses genoux deux enfants aux chevelures fleuries, présentent un calice. Un vieillard, un soldat, une matrone et son fils, une vierge, s’approchent en portant des fleurs, une foule respectueuse mais empressée les suit, et s'assemble sous un portique dont les colonnes sont reliées par des guirlandes. À travers les arceaux on découvre un ample et clair paysage où se profilent des ifs, où vont et viennent des cavaliers et des hommes d'armes équipés comme des lésionnaires ou des Goths, dressant des enseignes barbares, ou les emblèmes latins et la louve romaine, portant le casque à cimier de plumes ou le heaume celte et frank orné de cornes de bœufs. Dans un coin, reste assise, morne, drapée sombrement, indifférente au Joyeux tumulte, aux cris des jeunes guerriers, à l'allégresse des vierges, à la majesté du roi nouveau, une aïeule amaigrie : elle a trop vu de désastres, trop perdu de fils et de petits-fils, pour espérer, croire à un meilleur changement, s'intéresser aux événements de cette terre.

Mais dans l'angle opposé un robuste guerrier sonne de

l'olifant pour appeler la multitude, qui s'agite dans le pan-

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neau voisin. Un grand festin s'apprête, de jeunes serviteurs se hâtent, portant sur leurs épaules des agneaux, des volailles, des fruits. D'autres amènent au sacrifice les bœufs blancs ornés de feuillages. Dans toute la campagne vallonnée, semée de métairies, les ruraux s’empressent, rassemblent des troupeaux, recommencent à conduire leurs bestiaux dans la terre labourable. Les hommes sont rassurés, la vie féconde renaît; une femme fait l'aumône à un vieux pèlerin. Sous un figuier, un jeune poète, hier combattant et encore revêtu du manteau militaire et coiffé du casque empanaché, a saisi son luth et chante l'espérance des temps nouveaux. Derrière lui un pâtre d'une pure beauté grecque l'écoute en extase. Mais dans tout le site, prolongé par le troisième panneau, règne la même candide allégresse. Un centurion la conseille à sa fiancée brune et rêveuse, une mère entraîne son enfant vers le miracle de la paix royale, qu'annonce en chantant un adolescent, des cavaliers galopent. Une mer céruléenne se déroule au bord d'une rive orientale, accostée par une galère. On débarque des matériaux que les hommes se passent de mains en mains pour reconstruire les colonnades écroulées. Joyeusement ils déblaient les ruines, réédifient. Partout l’activité, partout le

désir ardent de réparer, de faire fructifier, de revivre. Et, dans

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aquarelle, 1916).

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Mme JURGENS-VERBRUGGEN, Bruxelles, 1915.

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un bosquet, sous le regard attentif d'un jeune homme qui médite l’avenir, un peintre commence de colorer un tableau, une femme drapée de voiles neigeux modèle une amphore. L'Art s'associe à la renaissance universelle, et tous ces efforts, tous ces espoirs, semblent ordonnés par le large geste central du roi Lotila.

Cette frise, présentée dans un ensemble de boiseries d'une tonalité d'un brun-rouge, est très claire et d’un aspect fort curieux. Âu premuer regard il semble étonnant qu'elle ait pu être conçue et exécutée d’une telle façon par l'artiste des compositions mystiques, des portraits modernes, et la diversité protéique d’Antoon van Welie surprend. Après examen plus soutenu on aperçoit que là comme ailleurs 1l n'a fait qu'appliquer strictement son principe d'adaptation impersonnelle de la technique au sujet. Il à très résolument admis ici la nécessité d’une manière absolument décorative. Les personnages et les objets sont traités par teintes plates avec des cernures délimitant les contours de façon très apparente. Les modelés intérieurs des figures sont simplifiés ainsi que les plis des draperies et les détails des costumes. La matière lisse ou légèrement granuleuse se rapproche de celle de

la fresque ou de la peinture à la colle. Les terrains sont

indiqués de façon schématique, ainsi que les perspectives et les ciels. On sent fort bien que le paysage a été constamment inspiré par les souvenirs chromatiques que le peintre rapporte d'Italie et de Corfou, d'Orient même : mais la nature ici est consultée seulement et non littéralement reproduite. Les valeurs et les volumes sont, comime les plans, sinon arbitraires du moins subordonnés à l'effet d'ensemble. L'œuvre a été soigneusement calculée pour son emplacement, et son coloris a été déterminé d’après la base imiiale des tons très chauds de la boiserie d'encadrement. Ce coloris est donc conçu dans des tonalités très vives, sans éclat inutile, mais très vigoureuses, avec des roses, des violets, des jaunes, des verts de jade d'une harmonie hardie, riche et gaie. Les visages ne sont traités que juste assez pour mettre en évidence le sentiment qu'ils doivent exprimer, et que le geste, l'attitude générale des personnages, expriment aussi nettement que Îles visages ; la science du peintre s'est surtout appliquée à Îa combinaison linéaire. I] a surtout songé à relier des figures par des triangles, des ellipses, des courbes engendrant une subtile rythmique de la composition, établissant des sommets et des dépressions dont la continuité entraîne le regard tout

naturellement vers les points où son attention doit s'arrêter.

L'équihbre des pleins et des vides, des alternances de plans, est le problème essentiel de ce genre d'œuvres.

Cest dire qu'en agissant ainsi, Antoon van Welie à délaissé complètement les principes de ses autres toiles pour obéir aux solutions données par les maîtres de la peinture murale, par les Primitifs italiens, par Puvis de Chavannes. Il est impossible de ne pas évoquer ce nom illustre lorsqu'on se trouve, trop rarement dans notre époque, en présence d’une composition destinée à une muraille et faite spécialement pour elle, et non point d'une peinture traitée en peinture de cadre sans souci de sa destination. Certaines parties de la fresque de Totila font forcément songer à tels Puvis de Chavannes : à ceux de Poitiers, à cause de la foule galloromaine : à ceux de Marseille, à cause de l'effet de mer saphirine entre les rivages blancs et des petits personnages d'arrière-plan, matelots ou constructeurs : à cause enfin de la simplicité d'attitudes, de la calme ingénuité des expressions, du mélange des caractéristiques helléniques, barbares, païennes et chrétiennes dans ces évocations de races et de sectes disparates entre une civilisation mourante et une civilisation naissante. Mais il y a des choses, 1l faut le redire,

qui ont été parfaitement exprimées dans leur meilleur style

une fois pour toutes, et des coïncidences qui résultent de ce qu'une formule juste impose sa justesse à des esprits dissemblables, mais justes comme elle. Ces coïncidences sont d'ailleurs ici purement apparentes : elles tiennent à l'esthétique elle-même de la fresque, qui comporte des exigences d'une logique étroite, des points, des axes par lesquels Îles artistes comprenant son esthétique intime ne peuvent point ne pas passer. Et aucun des personnages de Totila ne ressemble expressément à une seule des figures du grand décorateur français, mais plusieurs n'en sont point indignes, et l’ensemble prouve que si des surfaces murales étaient confiées à Antoon van Welie, 1l saurait en tirer un heureux parti et y affirmer l'aptitude à l’expression d'idées générales, tout en conservant ses qualités de concentration et d'analyse de la vie intérieure. Une décoration relipieuse commandée à ce peintre profondément catholique serait sans doute une belle œuvre où il aurait à exprimer des pensées et des symboles plus

chers à son esprit que le monde païen de la fresque de Totila.

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