‹ Antoon van WelíeChapitre 9 sur 23 · FL · texte numérisé non relu

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Son EMINENCE LE CARDINAI MERRY DEI VAL.

(Peinture, 1905).

Helio Leon Marotte Paris

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faites pour s'unir s'unissent rarement. » Le tableau est charmant, et digne du lied de Heine. [lest précieux par sa stylisation et sa couleur. La figure du page, sa gorge, ses mains, sont d'une exécution savante. La figure de la princesse est d'une candeur et d'une séduction délicieuses sous ses voiles de rêve. Tout l’ensemble est archaïque et raffiné, plein de goût « esthétique ». Mais la pensée peut dépouiller ces deux créatures de leurs atours, de leur décor : leurs expressions demeurent valables, elles garderont partout leur caractère de vérité, de douloureuse humanité, elles raconteront toujours, avec la même tendresse éloquente, ce qui en elles n'est ni médiéval ni moderne, c'est-à-dire la consomption due aux obstacles qui séparent les corps et les âmes. L’allécorie, 1c1 encore, n'est que de la réalité généralisée. Et quant à l’exécution technique, 1c1 encore 1l convient d'observer qu'elle ne pouvait être conçue différemment.

Il était naturel que dans sa première période Antoon van Welie, curieux de symbolisme et passionnément mélomane, subit comme nous tous l'influence de l'art wagnérien et l'attirance « tristanesque »; je veux dire par là le problème des mystérieuses mutualités de l'amour et de la mort, que

Wagner a si merveilleusement commenté par sa musique, et

qui l'a conduit à imaginer un Tristan et Isolde très différent de la véritable légende celtique, et imprégné de la philosophie schopenhauerienne. C'est à cet état d'esprit qu'ont été dus divers dessins, et un tableau (collection A. Volz, La Haye), montrant les deux amants sur le pont du navire, au moment où [solde offre la coupe fatale. Ce petit tableau est d'une grande intensité de coloris et d’un archaisme prémédité, les deux têtes anxieuses et ardentes l'emplissent presque tout entier, l'exécution, bien qu’à l'huile, donne plutôt l'impression de la fresque.

Une autre toile de la même collection, Sainte Cécile, se rapproche davantage par la facture de la Mélodie d'amour. C'est également sur le fond d’un lac italien, d’un ciel traversé des longs rayons horizontaux du crépuscule, que se détache à mi-corps la figure de la sainte jouant du luth. L'intention d’archaïisme préraphaëlite, de peinture poétique et littéraire, est franchement avouée en cette œuvre où se retrouvent les qualités de dessin et de sentiment de l'artiste, mais avec moins de force et de profondeur que dans la Mélodie d'amour.

J'en viendrai encore à une œuvre curieuse, le pastel de Paolo et Francesca, semblant concilier le réalisme psycho-

logique et le style des Primitifs. Pour évoquer les deux célèbres

amants, Antoon van Welie a choisi l'instant où le livre lu ensemble les décide à l’aveu. Ils sont assis l’un près de l'autre sur un banc de pierre, auprès d'une eau morte reflétant un sombre bois de pins. Sveltes, élégants, pâles, précieux comme des princes de Gentile da Fabriano ou de Crivelli, ils demeurent accablés sous le faix de leurs pensées. Lui se recule et regarde l’aimée avec une curiosité angoissée, elle penche sa fine tête vers le livre posé sur ses genoux. Leur silence essaie en vain de déjouer l’acquiescement de leurs yeux, ils se soumettent au destin inexorable, leurs lèvres vont s'unir, dans cette pénombre verte où rôde le parfum amer d’un laurier-rose… C'est une œuvre d’une tristesse exquise.

Certaines compositions comme l'Opbhélie, comme le grand dessin de la Douleur, d’un caractère si suave, comme la tendre petite toile, d'une exécution précieuse, où deux princesses de légende contemplent la nuit étoilée, font encore partie du cycle que le peintre réalisa dans cette période de labeur et de recueillement à Bois-le-Duc, au moment où sa jeunesse s achevait et où de profonds chagrins venaient de le conduire à méditer sur lui-même, à s'interroger avec une silencieuse et ardente sincérité. Là aussi les figures sont des portraits :

posées par des amies d'Antoon van Welie, elles conservent

un caractère individuel comme celles des Primitifs, elles échappent à la convention de beauté régulière, traditionnelle, usitée dans les écoles académiques d’après des canons de la Grèce ou de la Renaissance. Il me faut enfin mentionner les quelques grandes études spécifiquement hollandaises. Antoon van Welie n’a point voulu être paysagiste ou mariniste, etil n’a point admis dans ses recherches d'art le pittoresque au sens de copie réaliste et anecdotique, bien que, comme homme, il en sentit toute la saveur. Il a pourtant peint à Marken, à Volendam, dans ces villages maritimes si singuliers où une foule de peintres s’est précipitée, quelques solides morceaux : les Wieux de Volendam, qui appartiennent au musée du Luxembourg, les Paysans attendant le bateau, une ou deux effigies de belles, saines et plantureuses filles de Volendam., en leurs costume bariolé. Ces peintures sont excellemment caractérisées, largement traitées, et souvent encore la preuve du don de variété technique, de souple adaptation aux sujets, qu est un des traits d’Antoon van Welie : mais d’autres auraient pu les faire, elles ne le représentent pas expressément, elles

ne touchent pas au fond de son tempérament.

La passion mélomane de l'artiste s'est plus spécialement È P P

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