‹ Antoon van WelíeChapitre 12 sur 23 · HA · texte numérisé non relu

HA

RÉSSRORTRAITS D'INTELLECTUELS EP D'ARCFISTES

Les portraits tiennent une place trop importante dans l'œuvre d’Antoon van Welie, et sont traités par lui d'une façon trop particulière, après délibération mürement méditée, pour ne point me conduire à des réflexions, qui vaudront pour lui et pour d’autres, sur l’art du portrait en lui-même.

Les conditions d'excellence de cet art ont pu, chez beaucoup de peintres et de critiques, admettre deux interprétations, selon qu'on considère le portrait au passé ou au présent.

Le portrait est, par définition, le résultat de l'analyse

physiologique et psychologique d'un être, traduit par le dessin et la couleur : un document de caractère rédigé en langage plastique. Mais le portrait est en même temps une œuvre d'art, un morceau de peinture, un tableau, c'est-àdire une création dont l'intérêt ne se limite pas exclusivement au modèle. Celui-ci est le prétexte essentiel d'un travail d'art qui le dépasse : 1l est le sujet, 1l n'est pas tout. Cette distinction suffit pour autoriser deux conceptions, et deux raisonnements à propos du portrait.

J'écris cet ouvrage au moment où l'art du portrait semble en pleine décadence. J'entends par là que la préoccupation de faire du portrait un morceau de peinture à propos d’un modèle à presque totalement éclipsé la préoccupation de présenter l'étude physique et morale de ce modèle pour l'amour d'elle-même. La dissociation des deux idées d'individualité et d'interprétation plastique intéressante en soi s'est accomplie avec une telle exagération qu'un déséquilibre en est résulté. Cela pouvait être prévu depuis la préponderance de l’art impressionniste. Les portraits en sont la partie la plus faible. Ils sont pauvres en substance psychologique. Les impressionnistes ont été avant tout préoccupés par l'étude

de l'atmosphère des réactions de la lumière sur le ton local

des objets. Cette recherche, qui leur a offert d’admirables réalisations dans le paysage, les a conduits à peindre les êtres humains comme des objets, à les considérer comme des volumes denses prêtant leurs plans à des variations chromatiques dont l'analyse était le principal but du coloriste. L'examen du caractère, de la construction matérielle, de l'expression d’un visage, la révélation de la vie intérieure, ont peu ou point obsédé les impressionnistes. Ce sont choses qui s'expriment avant tout par le dessin, et leur conception même du dessin n'était que celle d’une juxtaposition de plans colorés. Ils ne dessinaient et même ne voyaient que par assemblage et réaction de tonalités. Leurs figures ne sont que des morceaux de peinture dont on ne recherche pas la ressemblance, et quand ils ont peint des figures d’intellectuels ou d'artistes célèbres, ils se sont montrés assez faibles et incapables d'aller chercher la vie intérieure. Les effigies, par exemple, que Renoir a faites d'après Wagner, Mallarmé, Rodin, sont nettement mauvaises. Les successeurs de l’impressionnisme, les disciples de Cézanne, ont poussé plus loin encore l'indifférence à la psychologie du modèle. Ils ont déclaré dédaigneusement que la ressemblance devait être le

mérite du photographe, qu'un portrait n'était que la synthèse

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d'une individualité vue par le peintre avec une liberté absolument arbitraire, et même que la ressemblance était sans aucun intérêt strictement artistique. Les seuls portraits alliant dans notre époque le souci de la fidélité physionomique et de l'attrait pictural ont été dus à des peintres rebelles à la théorie impressionniste, comme Carrière ou Besnard, et bien entendu, par les héritiers de la tradition académique et les peintres de l'élégance mondaine, les uns peignant médiocrement, les autres enjolivant et affadissant leurs modèles. L'accord parfait entre la profonde caractérisation et la beauté de matière et de coloris semble constituer les conditions du portrait vraiment complet. Ainsi l'ont compris les grands maîtres anciens et modernes. La Tour disait : « Je descends au fond de mes modèles et je les remporte tout entiers. » Ricard, ayant peint une femme et la revoyant quelque temps après, lui disait : « J'ai plaisir à voir combien vous ressemblez à votre portrait. » Il est évident que l’homme qui fait un portrait ne doit pas seulement être un peintre et ne songer qu'à la peinture. Ce qui est devant lui est bien un objet opaque, dense, modelé, éclairé, d’une certaine tonalité. Il ne suffit pourtant point qu'il le copie comme un objet. Cet objet pense, a des passions, des goûts, des maladies. L'artiste doit, en homme

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Mme VAN HOBOKEN DE MONCHY, Rotterdam (Peinture, 1912).

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