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(Peinture, 1919).
Mme C.-C. VAN MEN
et la ballerine Gaby Deslys, morte très jeune, suffisent, bien que semblant efleurer à peine le papier, à définir parfaitement la beauté « officielle » de la première, et à révéler chez la seconde une bonté et une mélancolie délicates, « sa nature seconde ».
L'étude des hommes, acteurs ou écrivains n'a pas moins intéressé Antoon van Welie. Il a peint à l’aquarelle un admirable portrait du tragédien hollandais Eduard Verkade, dans le rôle d'Hamlet, visage glabre, maigre, pâle, où sous les épais cheveux bruns en frange s'ouvrent des yeux d’une intensité extraordinaire, emplis de douleur et d’anxiété. Il a fait un crayon au puissant modelé d’après l'acteur de Max dans le rôle de Pétrone, de Quo Vadis? C’est sans doute la plus complète, la meilleure effigie qui existe d'après ce tragédien d’une si forte personnalité qui, lui aussi, demeure presque pareil à lui-même dans ses rôles, et qui possède le masque le plus tourmenté, ravagé et beau qu'on ait Jamais pu souhaiter à un roi de la scène dramatique. Un portrait d'Edmond Rostand a donné à merveille l’aspect d'élégance un peu mamiérée, de distinction cherchée, de dandysme du poète vers la quarantaine, son air étudié, à la fois fringant et
fatal, provocant et cérémonieux. L'étude au crayon et à la
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sanguine du poète et historien Boyer d'Agen est techniquement comparable aux plus parfaits dessins de l'école de Clouet; les rapports d'une mentalité individuelle et de l'hérédité d’un terroir y sont nettement définis. Il en est de même pour le médaillon qui réunit les têtes du poète Paul Fort et de sa femme. Enfin, Antoon van Welie a réalisé deux images de deux des plus renommés écrivains de son propre pays. Elles présentaient les contrastes psychologiques les plus intéressants.
M. Willem Kloos, le front appuyé sur la main, révèle la tête puissante et grave d’un penseur émacié par l’étude, d'un contemplatif énergique, d’un homme profondément simple et bon, nature noble et haute regardant l'existence avec pitié. Le charmant portrait de Louis Couperus en habit de soirée, la boutonnière fleurie, définit tout au contraire l’esthète sceptique et raffiné, le causeur mordant et savoureux. La sûreté et le contentement de soi se lisent aussi bien sur cette figure rasée, au teint frais, à la calvitie distinguée, au regard brillant, à la moue tout ensemble amère et dédaigneuse, que dans la pose des mains baguées, soignées et précieuses comme tout le corps l'est de sa pose confortable
en un large fauteuil, entre des fleurs et des livres. Couperus
jouit de la vie, M. Kloos la pense. De telles images ne sont pas seulement propres à contenter l'amateur d'art par la science du dessinet du coloris; le romancier, l’essayiste, le critique y trouveront de sûres déductions des caractères, et le physiologiste pourra les considérer comme des documents sur l'état organique et la qualité des réflexes nerveux. Le « liseur des pensées » pourra en faire état. La vie est ici pénétrée du dedans au dehors comme du dehors au dedans avec une attention méticuleuse, une ténacité parfois corrosive comme la morsure de l'eau-forte. L'idiosyncrasie est déduite d’une série de mensurations mentales avant que la main n'ait commencé de synthétiser sur le papier la série des mensurations physiques. De tels portraits sont « Îa somme » de leurs modèles : à les bien examiner, on est renseigné à fond.
J'en dirai enfin autant de cet admirable portrait, sévère et calme comme un Bronzino ou un Moroni, peint par Antoon van Welie d’après le docteur Bredius, l’une de lumières de l'étude des peintres anciens, l’une des gloires de la critique contemporaine. Tout, en ce tableau où un homme en sombre, confortablement assis, les mains inoccu-
pées, regarde devant lui à la fois avec fixité et rêverie, tout
raconte la vie d’un savant, sa belle mentalité équilibrée, son cerveau vaste où les notions s'alignent en ordre innombrable et logique, son énergie de doctrinaire, son dédain de tout ce qui n'est pas l'étude, son détachement, ses goûts simples d'homme avide de penser, l'harmonie d'une existence studieuse, saine, l’hérédité d’une race forte et maîtresse d'elle-même. L'ancien conservateur du Mauritshuis, le commentateur de Rembrandt et des Primitifs, vit là tout entier. Et le dessin n'est pas moins beau qui fait vivre Île masque de bonté et de nervosité du peintre hollandais Louis Apol, virtuose des sites neigeux et crépusculaires de son pays. Mais que d’autres encore ! Il y a au Palais de la Paix à La Haye un portrait du munistre d'Etat Van Karnebeek, c’est, sur le fond sombre, le plus simple, le plus sobre, une merveille d'étude psychologique et d'exécution picturale par le modelé de la tête pensive et des mains nerveuses. Le portrait du sculpteur José Dupont professeur à l'Académie Royale d'Anvers, les bras croisés, en blouse de travail, assis devant un bas-relief, n'est pas moins beau. Et on peut admirer de même l'effigie du D' Loder président de la Cour de Justice internationale avec sa toge somptueuse, son rabat de dentelles, sa face énergique et spiri-
tuelle auréolée par des cheveux blancs, et ses étonnantes mains.
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S. S. LE PAPE BENOIT XV (Peinture, 1920).
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LE BARON BENTINCK TOT BUCKHORST (Peinture, 1919).
LA MARQUISE D’ANGLESEY (Dessin en couleurs, 1910).
M. P. MENSO (Dessin en couleurs, 1916).
Antoon Van VWelie est un des très rares dessinateurs de l’Europe actuelle pour qui l'analyse des mains soit encore un objet de révélation psychique, et qui possède encore la science de les exprimer dans toute leur vie significative. À une époque où les peintres éludent les mains ou les ramènent à un type uniforme, l'intuitif Hollandais les différencie et pousse à l’extrème leur étude, autant que celle des visages.
J'en viens enfin à un grand portrait collectif récemment exécuté, commande officielle à laquelle l'artiste a su donner le style des anciennes représentations corporatives de son pays. C’est le Comité de la Société de surveillance maritime, à La Haye. Huit personnages sont groupés autour d’une table où, auprès d'une mappemonde, s’entassent livres, encriers et papier. Huit messieurs âgés, froids, sévères, vêtus de noir, écoutant la motion que litleur président debout. On mesure toute l'aridité d'un pareil sujet pictural, traité tant de fois avec une médiocrité quexcusait le défaut de tout détail pittoresque, la banalité du costume moderne, l’austérité des expressions de juristes. Mais Antoon Van Welie à su disposer ses personnages de façon naturelle et aisée en donnant à chacun la pose appropriée à son caractère. Il a su placer les huit taches claires
des têtes selon une certaine inflexion de la ligne générale,
rompant la monotonie. Il a su profiter du moindre détail pour retenir et distribuer la lumière. Il a animé le fond par l'éclair d'une vitre d'horloge, l'apparition d'un cadre de paysage. Il a suggéré l'atmosphère d’une calme pièce ombreuse. Et ainsi se présentent, avec dignité, avec force, ces portraits dont chacun est — on peut en être sûr sans même connaître les modèles —— est une restitution documentaire complète, un document de caractère. Une pensée commune, une attention intense relient, tous ces hommes dévoués à une même tâche. Nous vivons dans une heure singulière où la ressemblance est méprisée comme une vertu de photographe par les peintres qui s’obstinent cependant à faire des portraits rappelant vaguement les modèles. Antoon Van Welie, étranger à cette folle erreur, &« fait ressemblant », Ft quand des fantaisies plus ou moins brillantes auront perdu leur intérêt, on reviendra à des portraits comme les siens pour savoir ce que furent vraiment les hommes qui comptèrent dans son temps et dans sa patrie, Un tableau comme celui-là est non seulement un document historique, mais une évocation de race. Il est profondément Hollandais. Et je ne peux, en le regardant, m'empêcher de songer à ces études que le peintre faisait trente ans plus tôt, à l’Académie
d'Anvers : par exemple, à cette toile représentant l'intérieur
d'une classe. Lumière froide d’un vitrage, murs nus où, sur des planches, s'alignent des bustes de plâtre, jeunes gens dessinant ou peignant devant leurs chevalets, adolescent nu gardant la pose sur une table à modèle drapée d'un tapis bariolé. Cela est poussé au dernier degré de l'exactitude dans la recherche des formes et de l'ambiance. Certes, la composition est réaliste, l’exécution sèche, et 1l ne s’agit encore que d'un devoir d'élève. Mais si Antoon Van Welie n'avait pas fait ce devoir-là, et bien d’autres, avec tant de science, de fidélité, d'application, de respect de la vérité immédiate, il ne serait pas devenu le grand portraitiste qu'il est, un des très rares hommes auxquels puisse s'adresser avec confiance, actuellement, celui qui souhaite voir réunir dans son portrait la réalité physique la plus fermement définie, et la suggestion
de la pensée qui se révèle à nos yeux à travers la chair.
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