‹ Antoon van WelíeChapitre 18 sur 23 · TOO · texte numérisé non relu

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Mme VAN AALST, Amsterdam (Pastel, 1917).

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Mme VAN TETS VAN GOUDRIAAN, née BARONNE SCHIMMELPENNINCK VAN DER OYE, La Haye (Peinture).

ÆHetie Leon Marotte Paris

LE VIOLONISTE (Pastel, 1899-1900 J2

plus pures de l'Europe, sélectionnée, alimentée par des alliances soigneusement choisies, et une aristocratie libérale de négociants puissants et fastueux, ayant prouvé depuis plusieurs siècles leur goût des arts et des belles créations du luxe intelhgent. Les femmes qui ont posé pour Antoon van Welie témoignent toutes de cette efflorescence de civilisation dans un pays où tout est spécial, ciels, climat, ressources, situation politique et géographique, et où un nationalisme profond s’est prêté au progrès sans en tolérer la banalité. Ces femmes sont représentées dans des toilettes riches et discrètes, avec des fourrures, des joyaux que le peintre a pris plaisir à représenter, et illeur a bien donné les portraits d’apparat qu'elles souhaitaient pour insérer leur image dans des intérieurs opulents, d'une tonalité soutenue, auprès de beaux meubles anciens et, souvent aussi, de tentures et d'objets évoquant le magique décor de ces colonies extrème-orientales d’où la Hollande tire sa richesse et sa puissance. Mais les poses sont simples, et calmes les expressions de ces femmes méditantes, ordonnées, pieuses, nées pour les grâces et les charmes de lintimisme.

C'est dans ce sens qu'il convient de considérer des por-

traits comme ceux de la baronne de Rüichthofen, dont le

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mouvement et l'expression font songer à Lawrence; de la baronne Bentinck, dont l'exécution large, l'éclat du visage et du buste, la touche hardie, s’apparentent à certains morceaux de John Sargent; de Mme Van den Santheuvel, rieuse, la gorge ennuagée de mousselines diaphanes, rappelant la vivacité sensuelle d'un Besnard. Ces rapprochements tiennent à ce que l'artiste a vu ses modèles de la facon dont ces maîtres les eussent vus, et 1l est tombé d’accord avec eux sur la manière convenant à certains visages. Mais, comme je le disais, tous leurs tableaux sont indistinctement des Lawrence, des Sargent ou des Besnard, d’abord. Antoon van Welie varie impersonnellement la technique, c'est le modèle qui en décide. Voyez la facture aérée, légère, fluide, du charmant portrait de Mme de Morees van Swinderen, femme de l’ambassadeur de Hollande à Londres, représentée assise avec ses deux Jeunes enfants appuyès sur ses genoux; ou encore le portrait de l'écrivain français Henry Asselin, et de sa femme et de ses enfants. Ce sont des œuvres à peine effleurées de teintes douces, dans la tradition de certains crayons du xvii siècle. Comparez-les au portrait de Mme van Tets van Goudriaan, née baronne Schimmelpenninck van der Ovye; et vous trouverez alors une somptueuse

effigie peinte en pleine pâte moelleuse, aussi chaleureuse, aussi

inspirée par la joie de la belle couleur, qu'un Largillière, avec le style sévèreet noble que Hyacinthe Rigaud, tout en étudiant scrupuleusement la vérité, donnait aux portraits du Grand Siècle. On ne peut trouver morceaux plus fortement modelés, plus grassement peints dans une harmonie d'incarnat, d’ambre, d'or et de nacre que ce visage altier dont le front volontaire se couronne de cheveux ondulés, cette gorge dont une ample fourrure ténébreuse rehausse la pâleur mate, ces mains qui sont d'une science impeccable et dont la personnalité prolonge celle de la figure, ces dentelles anciennes et ce collier de perles soutenant un magnifique joyau, détails exécutés aussi amoureusement que dans les Titien et les Van Dyck. En un tel portrait tout est d’un maître. Le clair-obscur y joue avec toute sa magie. Îl n'est pas une touche qui n'y contribue à imposer l'idée d'une personnalité définie, issue d’antiques lignées, aboutissement vivant d’une série d’ancêtres graves et fastueux, et dans ce cadre ovale cette figure est inscrite avec une science consommée de la mise en place, des rythmes et des volumes. C’est un des plus remarquables portraits mondains de notre époque.

Quelle sobriété par contre, quel intimisme accalmi

dans une effigie comme celle de Mme Dunlop-Daalen,

de Rotterdam, assise près d'une console où un mince cornet de cristal porte quelques fleurs; deux effets de clarté, sur les pages d’un livre entr'ouvert sur les genoux, et sur le front lucide, auréolé de cheveux d'argent, dessin minutieux, facture mince, costume et fond presque monochromes, c'est là ce quil fallait pour ce modéle, tandis que les rouges sombres et les pierreries de Mme van T'ets évoquaient, autant que le roidissement du buste et l'éclair des yeux, le maintien de la femme de cour. Mme Philipse de Kempenaer est traitée de la même façon que Mme Dunlop-Daalen bien qu'ici 1l s'agisse d’un pastel. La matière choisie est le crayon rehaussé des hachures du pastel dur. Cette dame âgée se penche sur son fauteuil de tapisserie avec un mouvement d’affabilité pensive et charmante que prolongent les longues mains joignant leurs doipts. Elle est vêtue d'une dalmatique de velours bordée de fourrure fauve, une chaîne d’or à coulant serre son simple col blanc sur lequel se dresse une face spirituelle et bonne, dont la finesse est exprimée par un travail ténu de linéaments comparables à ceux de la pointe-sèche.

Même matière, même recherche dans le portrait d'une autre baronne Bentinck, née comtesse de Limburg-Styrum.

Elle est aussi vêtue de noir mat, une lourde étole de renard

Mme DE VILLEGAS, épouse de son EX. M. DE VILLEGAS, Ministre de Chili à Rome (Pastel, 1920 - Phoio Anderson).

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LA DAME AU MASQUE. PORTRAIT DE Mme ADAMS BECK. Collection de M. Adams Beck, Canada, 1971.

Fetie Leon Marotte Paris

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glisse de son épaule, elle est assise devant un fragment de muraille revêtue de tapisserie, et sur ses genoux ses deux mains retiennent un volume et un binocle, Devant un tel portrait de femme on songerait à la dignité, à la concentration mélancolique, au sens des vies encloses qu'eut Fantin-Latour, si la technique n'était totalement dissemblable de la sienne. L’arrangement des mains et du livre, l'analyse graphique de ce visage amaigri, aux yeux si fins et si vifs encore, font penser à la conscience, à la fermeté scrupuleuse des dessins d'Holbein. Et quelle science des gris et des noirs ! Noirs profonds du velours, noirs brillants du satin, noirs fumeux, laqués, transparents ou mats, le crayon et le fusain de l'artiste suffisent à en établir la gamme selon les nécessités des diverses parties de l'œuvre. Il en dispose à son gré. Mais jamais il nen use par désir de virtuosité. Il réduit la technique à l'indispensable dans ses plus forts dessins, par exemple le portrait de sa mère, un simple dessin sur papier gris, un masque pâle de femme douce à bandeaux blancs, s’encadrant d’une capote à brides : quelques frottis de crayon gras, et toute une existence, toute une race, toute une individualité sont dites dans ce feuillet.

Ces portraits de féminités déclinantes ou tout à fait

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