‹ Antoon van WelíeChapitre 7 sur 23 · LT · texte numérisé non relu

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Mme ARTHUR LYNN BRISTOWE, Londres (Peinture, 1910).

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pose dans la création de personnages alléporiques les éléments qu'il a recueillis sur nature. Il garde sa densité, mais il la confie à des forces plus puissantes. Il subordonne les moyens de son art à un but plus élevé qu'eux, et ainsi il sort du réel pour entrer dans une réalité plus altière. C'est là la clef de toutes les grandes œuvres d'imagination, dont les plus sublimes ont été inspirées par le sentiment du Divin, c'est-à-dire par le désir de rendre visible l’idée la plus mystérieuse, la plus incorporelle et la plus infinie — ce que la peinture actuelle déclare

&« littéraire » et étranger à son domaine.

Quel résultat des réflexions de cet ordre peuvent-elles donner chez un artiste comme Antoon van Welie? Il est rigoureusement réaliste et caractériste, comme le prouve l’étude de ses portraits. Îl a voyagé beaucoup, il connait le monde et Les autres classes sociales, il est analyste, curieux des mœurs, psychologue, en possession d’un parfait métier de dessinateur et de coloriste. Mais il est, aussi, un sensitif ému par tous les arts, et surtout 1] est un croyant, un catholique pratiquant et convaincu. Il a la passion des idées, et le culte de la vie intérieure. Voilà où s'attache le lien entre sa peinture observée et sa pein-

ture imaginée. Voilà où l'appareil de son savoir équilibré peut,

sans secousse, quitter la terre et planer. Voilà la transition entre le morceau de peinture et la composition. Antoon van Welie a trop vu, trop réfléchi, trop médité son art et sa foi, pour ne pas se croire libre, pour accepter d'enfermer dans les étroites limites de l'atelier l'homme qu'il sent être, et de se borner à fournir le double des objets et des créatures, en ouvrier adroit et consciencieux. Îl veut que les formes dont il connaît lerépertoire lui servent à exprimer des idées. C'est là que commence véritablement la peinture. Et s'il n’a pas hésité à mettre son talent au service de la psychologie, dans le portrait, avec les qualités du romancier de caractères, 1l n'hésitera pas davantage à le mettre au service de la musique, qu'il adore. Mais 1l se gardera de commenter, d'illustrer par les ressources de son art les créations d'autrui. Il est à remarquer que ce peintre, qualifié de « littéraire » par certains, n'est à peu près jamais tombé dans l'erreur des préraphaélites anglais, qui, par admiration pour les poèmes ou les musiques, se sont bornés à les mettre en tableaux, à rédiger des compositions de style sur les thèmes d'autrui. On ne connait guère en se sens, d'Antoon van Welie, qu'un ou deux dessins sur des drames de Maeterlinck, œuvres de début, et quel-

ques variantes sur Tristan et solde. Il fait, si je puis

dire, lui-même le livret des symphomies colorées qu'il compose.

L'exemple le plus parfait qu'il ait jusqu'ici donné de cette part de lui-même est, du moins pour moi, le petit tableau appelé Mélodie d'amour.

La rive d'un lac de rêve, stylisé d’après les lacs italiens, Des orangers alignés, des ifs dans les prairies, un bouleau frêle, élancé, tremblant, se profilent sur la perspective du miroir d'eau crépusculaire où le ciel renversé révèle ses suaves abîimes verts et roses. Tout est douceur, tiédeur, silence, parfum. Au premier plan, un groupe d’amants, se dressant à mu-corps sur ce fond de clartés moites et diffuses. Lui est assis, et renverse une tête aux yeux clos, belle, pure, mais accablée de langueur fiévreuse. Autour de cette tête appuyée sur son sein, Elle, debout, croise doucement ses deux mains. Elle les croise en un geste de chaste tendresse et aussi de protection instinctive. Et elle tient levé son visage, et ses yeux regardent venir le soir avec une expression d'anxiété, une rêverie indéfinie où il y a de la prière, de la pitié et de Îa crainte.

Ces deux êtres sont unis étroitement dans le sentiment

de plénitude d'une minute de communion suprême, d’harmonie totale. Ils écoutent les sonorités d’un orchestre ou d’un instrument invisibles, qui les captive dans une immobilité absolue. Mais ils écoutent aussi la musique du soir, du silence, et plus encore celle de leur double amour et du murmure de leurs deux cœurs. Lui, recueilli, défaille presque. Le bonheur confine en lui à la douleur, et sa main longue et amaigrie remonte, d'un lent mouvement, à sa poitrine. Toute sa face est revètue d'une volupté dont l'intense pathétisme touche au tragique. Elle dit l’adoration ineffable et la morbidesse mortelle. Il ne sait s'il dort, s'il rêve, s'il existe même, 1l est replié dans la vie intérieure. Un reflet de couchant colore sa pâleur mate.

Elle, veille sur l'amant qui s'abandonne. Elle l'enlace maternellement. Dans l'ombre de ses lourds bandeaux son visage au profil net, aux lèvres sensuelles et volontaires, enfantin et énergique, sororal et passionné, révèle l'inquiétude de son âme. Elle est pleine du sentiment de l'attente d'un péril énigmatique, qui ne viendra pas des êtres n1 des choses. Il se peut que ce soit précisément la plénitude harmonieuse, divine, de cette minute, qui lui en fasse redouter l'instabilité :

et 1l y a dans son regard quelque chose de l'attention peureuse

M. L.-J. KOELEMEY, La Haye (Peinture, 1918).

PI. :x8.

Londres (Peinture, 1915)

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GRAHAM WALTE

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