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DOMINATION ESPAGNOLE

horreurs est, au de cette

eu de temps après l'abdication de Charles-Quint, Philippe II se rendit à Anvers (18 janvier i556). Le but de l'arrivée du roi était la tenue d'un chapitre de la Toison d'Or dans l'église de Notre- Dame. Cette cérémonie, la seule de ce genre que vit Anvers, se fit avec une grande solennité. Dixneuf nouveaux chevaliers reçurent le collier de l'Ordre des mains du roi. Jusqu'en 1798 on put voir dans le chœur de l'église, au-dessus des stalles, les armoiries des chevaliers qui y avaient assisté.

Avec Philippe II commence une période de troubles et de guerres civiles qui amenèrent une prompte décadence de nos provinces. Quatre causes principales produisirent cette révolution qui ne finit qu'après 40 ans et qui est sans exemple dans l'histoire : i° l'ambition de Guillaume de Nassau, prince d'Orange, surnommé le Taciturne, qui aspirait à la souveraineté de nos proo les hérésies de Luther et de Calvin, qui fomentèrent l'esprit d'indépendance ; 3° l'antipathie qui existait entre les Belges et les Espagnols réunis sous un même sceptre; 40 le caractère de Philippe II : ce prince fier, opiniâtre, sévère, étranger aux mœurs des Belges, voulut gouverner les Pays-Bas d'une manière trop absolue; il ne sut faire aucune distinction entre le caractère des Belges et celui des Espagnols. Après avoir terminé la guerre avec la France, Philippe s'occupa de l'organisation de nos provinces. Le gouvernement en fut confié aux principaux seigneurs, au-dessus desquels le roi plaça, comme gouvernante, Marguerite, duchesse de Parme, fille naturelle de Charles-Quint. Ces mesures prises, Philippe II partit pour l'Espagne (20 août i55o). II laissait le pays dans une situation grosse d'orages et de calamités. Raconter toutes les qui, dans ces temps troublés, ensanglantèrent notre sol, nous entraînerait trop loin ; cette époque surplus, une des mieux connues. Nous nous bornerons à quelques incidents, à quelques phases grande querelle et qui concernent plus spécialement Anvers.

avaient leurs postes avancés,

Une extrême agitation régnait dans le pays ; la plupart des villes commençaient à prêter ouvertement leur appui aux signatures du Compromis des Nobles. L'indulgence forcée du gouvernement, l'attitude douteuse de la noblesse, l'exaltation du peuple augmentaient l'audace des sectaires; des bandes d'aventuriers tançais, qui rôda.ent depuis quelque temps sur la frontière, se répandirent dans le Hainaut et dans la Flandre, et les ministres calvinistes parcoururent les campagnes, attroupant les habitants par leurs prédications. Ces prêches offraient un singulier spectacle : ou y voyait parfois jusqu'à dix mille et même vingt mille auditeurs, armés de mousquets, de poignards et de hallebardes ; ils ; et les avenues de la plaine étaient barricadées avec des chariots.

Le prédicateur, allemand ou français, se faisait entendre du haut d'une chaire, formée le plus souvent a la hâte avec des charrettes et des troncs d'arbre; une toile suspendue au-dessus de sa tête le garantissait du soleil ou de la pluie ; les auditeurs étaient placés du coté opposé au veut, pour ne rien perdre du prêche. Ces assemblées se multiplièrent et, l'impunité redoublant la hardiesse des sectaires ils se permirent de promener leurs ministres en triomphe, de leur donner une escorte de gens armés, de braver audacieusement les lois par ces démonstrations séditieuses. Les magistrats d'Anvers envoyaient courrier sur courrier à la duchesse de Parme pour l'engager à mettre, par sa présence, un terme aux manifestations menaçantes des révolutionnaires ; c'était le seul moyen, disaient-ils, de prévenir l'entière ruine de la ville que déjà un certain nombre de négociants, redoutant le pillage, étaient sur le point de quitter. Dans cette dangereuse conjoncture, la crainte de compromettre l'autorité royale empêcha seule la gouvernante de se rendre aux vœux qui lui étaient exprimés ; mais elle se fit remplacer par le prince d'Orange.

Celui-ci avait vivement désiré cette mission, à ce point même qu'il poussa la magistrature communale à l'imposer en quelque sorte au choix de la duchesse : il voulait essayer sa popularité. Les habitants au nombre de plus de trente mille, vinrent au devant de lui (i3 juillet i566). « Vivent les Gueux' » lui criait-on de toutes parts. « Voilà celui qui nous apporte la liberté! » Guillaume feignit de désapprouver ces manifestations tous ses efforts furent employés ostensiblement à ramener le calme dans la ville ; il réussit à y empêcher l'introduction des prêches, mais, de gré ou de force il dut tolérer les assemblées presque innombrables qui se tenaient dans les faubourgs.

Des excès vraiment déplorables attristaient une autre partie du territoire. Une bande d'environ trois cents personnes et composée de bateliers, de paysans, de vagabonds et de prostituées, avait attaqué les églises et les abbayes du côté de Saint-Omer et de Menin ; leur rage impie avait forcé l'entrée des temples, renversé les autels, brisé les images, détruit ou profané tous les objets sacrés. Lors des fêtes de l'Assomption et alors que les premiers bruits de ces attentats commencèrent à circuler dans le pays, Anvers fourmillait de gens sans aveu Cette foule fanatique brûlait d'imiter les iconoclastes de Saint-Omer. La présence du prince d'Orange l'avait seule contenue ; mais un ordre de la cour ayant forcé Guillaume à partir subitement pour Bruxelles, où les chevaliers de la Toison d'Or étaient convoqués, la ville resta exposée à toute la fureur des sectaires' Pendant l'octave de la fête, une horde de brigands et de filles publiques se porta vers l'église de Notre- Dame en chantant les psaumes de Marot. « Avant même qu'on eût fini le chant, dit Schiller, tous saisis d'une fureur subite, se jettent sur la statue de la Vierge, la percent à coups d'épée et de poignard,' et lui abattent la tête. Des filles publiques et des brigands arrachent les cierges de l'autel et éclairent ce coupable attentat. On met en pièces les orgues, considérées comme le chef-d'œuvre de cette époque ; on arrache les tableaux, on renverse, on culbute les statues. Un Christ de grandeur naturelle, élevé vis-à-vis du maîtreautel, morceau antique et précieux, est tiré à terre et mis en pièces à coups de hache, tandis qu'on épargne respectueusement les deux larrons pendus à ses côtés. Les saintes hosties sont dispersées et foulées aux pieds; les vases sacrés que le hasard fait tomber entre les mains des profanateurs, servent à boire à la santé des Gueux. Les sépulcres mêmes sont violés; on en tire les cadavres à demi rongés pour les accabler d'outrages. Tout cela se faisait avec tant d'ordre, que chacun paraissait avoir reçu sa tâche avant l'exécution... >. Ce qui étonnera, c'est qu'on ne put reconnaître aucun des acteurs, quoique une infinité de cierges éclairassent leur détestable profanation. Elle fut poussée avec une fureur inconcevable. Cent personnes, au plus, dépouillèrent en quelques heures un temple qui comptait soixante-dix autels, et qui, après Saint-Pierre de Rome, était un des plus grands et des plus riches de la Chrétienté. Que de chefs-d'œuvre, que de précieux produits de l'art délicat du XVe et du XVI' siècle périrent dans cette nuit fatale! Les pertes matérielles seules furent évaluées à quatre cent mille écus d'or! Quand on reprocha aux autorités leur inaction, elles répondirent qu'une ordonnance avait défendu de rien entreprendre, en cas de troubles, sans le consentement du prince d'Orange. A la nouvelle des excès commis par les calvinistes, Philippe

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L'Eglise Notre-Dame (Cathédrale)

indigné résolut de confier le gouvernement de la Belgique au plus redoutable des généraux espagnols. C'était Ferdinand Alvarez de Tolède, duc d'Albe, guerrier intrépide, mais hautain, cruel et impitoyable. Le 24 octobre 1567, le duc d'Albe se rendit dans nos murs, escorté de trois cents lanciers à' cheval et de mille fantassins. L'objet de sa venue était l'étude du terrain propre à la construction d'une citadelle. Commencé le 27 octobre de la même année, l'ouvage fut terminé en moins de deux ans. Il coûta 1,400,000 florins,

dont 400,000 furent payés par les Anversois.

La tyrannie du duc d'Albe a été décrite éloquemment par Schiller; nous rapporterons quelques traits du tableau qu'il en fait, en prévenant que tout ce qu'il dit s'applique exactement à Anvers.

« Tous ceux que le Conseil des Troubles jugeait à propos d'inculper étaient tenus de comparaître ;" les prêtres comme les laïcs, les têtes les plus respectables du Conseil d'Etat aussi bien que les derniers goujats de la méprisable horde des iconoclastes. Les contumaces étaient condamnés à l'exil et leurs biens dévolus au fisc; et ceux qui, forts de leur innocence, osaient se présenter devant ces juges, étaient perdus sans ressource. On citait souvent vingt, quarante et même cinquante personnes de la même ville, et les plus opulentes étaient touj ours les plus exposées.

Les indigents qui ne possédaient rien qui pût leur faire chérir leur patrie et leurs foyers, furent surpris et amenés sans citation préalable. Un grand nombre d'honnêtes négofurent tirés à la queue d'un cheval, les

Intérieur de l'Église Saint-Jacques.

ciants, qui avaient possédé un capital de soixante à cent mille florin mains liées derrière le dos, jusque dans la résidence, et abreuvés d'ignominie comme s'ils eussent appartenu aux dernières classes de la société. Les procès se jugeaient avec une effrayante vitesse. La ville de Valenciennes offrit un jour le spectacle de cinquante-cinq personnes, exécutées en quelques minutes par la main du bourreau. Les nombreuses prisons que le Duc avait fait bâtir au commencement de son administration, étaient toujours encombrées de prévenus. Pendre, abattre des têtes, écarteler, brûler, tels étaient les événements ordinaires de chaque journée ; quelquefois, mais plus rarement, il était question d'exil ou de galères. Le fisc amassa par les confiscations des sommes immenses. On les évalue à 20,000,000 d'écus. »

Philippe II, voyant que la rigueur déployée par le duc d'Albe ne faisait que compliquer la situation et augmenter le désordre, comprit la nécessité de rappeler son cruel lieutenant. Le roi nomma à sa place don Louis de Cuniga y Requesens, qui était un homme d'un caractère doux et conciliant. Un de ses premiers actes à Anvers fut de faire abattre la statue que le duc d'Albe s'était fait ériger au milieu de la place intérieure de la citadelle.

Il rétablit les privilèges de la ville, abolit le conseil des Troubles, supprima les nouveaux imp ôts. Requesens mourut en i5/6 sans avoir eu le temps de faire cesser la révolte, laissant en Belgique une soldatesque effrénéequi, privéede solde, ne vécut que de pillage.

Requesens avait désigné, pour le remplacer, les comtes de Be rlaymont et de Mansfeld, deux serviteurs dévoués de la politique espagnole. Mais le Conseil d'Etat refusa de confirmer leurs pouvoirs et fut chargé luimême, par le roi, du gouvernement de nos provinces. Singulière concession , qui semblait de la part de Philippe un abandon complet du système qu'il avait suivi depuis son départ pour l'Espagne.

Composé en maj orîté de Belges, le conseil décréta le renvoi des troupes espagnoles et la convocation des Etats généraux, deux mesures que le roi n'avait cessé de redouter. Mais le Conseil n'avait pas assez d'autorité pour se faire obéir. Les soudards étrangers conduits par des chefs improvisés, se rendirent maîtres de plusieurs

Chaire de Vérité de l'Eglise Saint-André.

villes

et commirent à Anvers ces épouvantables excès, connus sous le nom de Furie Espagnole {4 novembre). Sept mille personnes égorgées, les monuments publics, — l'hôtel de ville entre autres, —.huit cents maisons

parmi les plus riches, livrés au pillage et à l'incendie ; la Bourse convertie en une vaste salle de jeu où des soldats gorgés de sang et de vin jouaient aux dés sur des tambours; les trésors enlevés au négoceune perte totale de cinquante millions de notre monnaie, tel fut le bilan de cette horrible tragédie qui se prolongea pendant trois jours et frappa d'un coup mortel notre métropole commerciale Pendant ces affreuses saturnales, les Etats généraux s'agitaient en de stériles délibérations. Quelques hommes énergiques résolurent de faire leur œuvre. Un congrès se réunit à Gand ; les Etats de Hollande et de Zélande et le parti national, très nombreux en Belgique, y étaient représentés. L'assemblée avait en vue de jeter les bases d'une alliance solide et durable entre les dix-sept provinces des Pays-Bas. Pensée féconde dont le triomphe devait amener le salut de la patrie. La décision fut prompte et, le S novembre i576' les délégués signèrent, dans la salle du trône de l'hôtel de ville, cette charte remarquable appelée dans 1 histoire la Pacification de Gand.

Philippe II, apprenant que le Conseil d'Etat n'avait pu conserver l'autorité, avait enfin désigné un pour les Pays-Bas, c'était Don Juan, fils naturel de Charles-Quint, illustre par la

nouveau gouverneur victoire de Lépante. Ce prince était arrivé à Luxembourg, le jour même du sac d'Anvers. Les Etats avant de l'accueillir, lui posèrent pour condition le renvoi des troupes étrangères et la ratification du traité de Gand. Don Juan accepta, par l'Edit perpétuel, signé à Marche en Famenne, le 12 février 1577.

Cet accommodement eut pour conséquence immédiate l'évacuation des places fortes par les troupes espagnoles.

Cependant, Don Juan essaya d'éluder cet article de l'Edit de Marche en ce qui concernait les Allemands. Le frère de Philippe II voulut s'assurer la possession de quelques bonnes forteresses sur lesquelles il pût s'appuyer pour réduire à l'obéissance le reste du pays. Il s'empara par surprise du château de Namur; mais un complot qu'il fit pour se rendre maître de la même manière de

Pompe de Quinten Massys

la citadelle -d'Anvers, échoua. La garde de celle-ci avait été confiée à Louis de Blois, seigneur de Treslong et aux soldats allemands commandés par les colonels Frondsberg et Fugger. Ceux-ci, à un moment donné, devaient s'entendre avec Treslong et remettre la citadelle aux mains de Don Juan.

Plein de confiance dans le succès de ce plan, le Gouverneur se regardait déjà comme maître d'Anvers. Il y avait fait acte de souveraineté en renouvelant le magistrat. Par malheur, des lettres écrites par lui à son secrétaire Escoredo, qui se trouvait à Madrid, furent interceptées dans les environs de Bordeaux et tombèrent entre les mains de Henn de Navarre, qui les envoya à Guillaume d'Orange, lequel s'empressa de les communiquer aux Etats généraux. Lesprojets

me d'aragna les

de Don Juan, ainsi dévoilés, ne pouvaient manquer d'avorter. Un officier de garnison même de la Citadelle, le capitaine De Bouts, entreprit sous main de gagner la forteresse aux Etats. Le gouvernement de la cité avait été confié à Liedekerke chaud partisan du prince d'Orange. De Bours s'entendit avec lui. On le munit d'une forte som gent, secrètement avancée par quelques riches marchands de la place; avec cet argent, il mercenaires de la garnison en leur payant l'arriéré de leur solde. Une seule compagnie demeura fidèle à Treslong. Au jour fixé (1" août 1577), Treslong fut arrêté et désarmé par "ses propres soldats, après une courte lutte. Liedekerke, aussitôt qu'il en connut l'issue, se rendit à la citadelle, dont il prit possession au nom des Etats.

La garnison allemande de la ville, dont les chefs se croyaient trahis, inspirait des craintes sérieuses aux habitants. Ceux-ci négocièrent avec eux, à prix d'argent, l'évacuation de la ville par la soldatesque. Mais ces négociations n'aboutissaient pas. Cependant, depuis deux heures, on avait signalé quelques voiles qui remontaient l'Escaut. Tout à coup, on vit apparaître, au tournant du fleuve, toute une escadre de navires zélandais qui arbora le pavillon redouté des Provinces-Unies. C'était l'amiral de Haultain, que le prince d'Orange, instruit de ce qui allait se passer à la citadelle d'Anvers, avait envoyé en observation dans 1 Escaut, et qui, à la nouvelle des événements qui venaient de s'accomplir, avait pris sur lui d'avancer pour prêter appui aux troupes des Etats. Quelques coups de canon tirés de la flotte produisirent un effet magique. Aussitôt, les soldats allemands se mirent à courir vers la porte de Slyk, jetant armes et bagages, et ne songeant même plus à emporter l'argent qu'on leur offrait, et pour lequel, depuis longtemps, ils n'avaient qu'à tendre la main. Quand le dernier fut sorti, on ferma la porte sur ses talons

Le Calvaire (Église Saint-Paul).

et l'on respira, soulagé d'un poids immense. La ville était enfin, pour la première fois depuis dix ans, délivrée complètement de la présence de troupes étrangères !

Ce que le peuple souhaitait, c'était de voir disparaître la citadelle, monument de la tyrannie du duc d'Albe. D'après l'avis du prince d'Orange, le sire de Liedekerke se rendit à Bruxelles auprès des États pour demander, au nom de la ville, l'autorisation de démolir cette forteresse ; les États, l'accordèrent sans hésiter. On s'arrêta à la résolution de raser la partie des murs qui regardait la ville et de conserver celle qui complétait ses fortifications du côté sud.

Le prince d'Orange, cédant à la sollicitation des États, arriva à Anvers le 17 septembre. Il fit son entrée par la porte Rouge, au milieu d'un concours immense de peuple qui le saluait comme un libérateur. Le prince resta cinq jours à Anvers, logeant à l'abbaye de Saint-Michel, dans les anciens appartements réservés aux Souverains, puis il partit pour Bruxelles.

Les Etats généraux déférèrent au prince d'Orange le titre de Ruivaert du Brabant. Le gouvernement des Pays-Bas fut offert, par le parti opposé au prince, à l'archiduc Mathias, frère de l'empereur Rodolphe. Dès le premier jour, l'archiduc subit l'ascendant du prince d'Orange. Le nouveau gouverneur arriva à Anvers le 21 novembre 1577. Il prit l'engagement solennel de respecter la Pacification de Gand. Le prince d'Orange en fit autant. Don Juan fut déclaré traître à son serment et ennemi de la patrie. Malheureusement, il était toujours en possession des forteresses de Namur et de Luxembourg ; 'il avait réuni ce qui restait en Belgique de troupes espagnoles et allemandes. Avec ces forces, il attaqua près de Gembloux l'armée des États et lui fit essuyer une défaite complète (3l janvier 1578).

Don Juan mourut le 1" octobre 1578. Le commandement de l'armée espagnole échut à Alexandre Farnêse, prince de Parme, son neveu et fils de la duchesse Marguerite. Ce jeune prince, un des meilleurs guerriers de son temps, fut bientôt à la tête d'une arméa de trente-deux mille hommes, avec lesquels il entreprit la soumission de la Belgique.

Après la défaite de Gembloux, l'archiduc Mathias, le prince d'Orange et les États généraux s'étaient transportés à Anvers, parce qu'ils se croyaient plus en sûreté derrière nos remparts qu'à Bruxelles.

Anvers était donc devenu le centre et le siège du Gouvernement national. Mais l'animosité des partis n'en faisait pas un séjour bien tranquille.

Il serait difficile de disculper le prince d'Orange du reproche d'avoir violé ou laisser violer la trêve que, sous le nom de Paix de religion, il avait proclamée. En effet, sous ses yeux, des scènes scandaleuses, de la part des protestants, eurent lieu sans qu'il fit rien pour les réprimer; les églises furent de nouveau dévastées, le clergé persécuté, les biens ecclésiastiques vendus. Quant à l'archiduc Mathias, le greffier du Taciturne, il échappe, par sa nullité complète, à toute responsabilité.

Il ne suffisait pas que l'archiduc Mathias fût devenu aux mains du prince d'Orange un instrument docile et résigné ; ce qu'il fallait à la révolution, c'était un prince qui pût lui apporter l'appui d'une bonne armée et d'une grande puissance voisine. C'est pourquoi les États avaient jeté les yeux sur François d'Alençon, frère du roi de France. L'archiduc Mathias, se sentant devenu inutile, assembla les États et leur remit sa démission de gouverneur. Il partit ensuite pour l'Allemagne.

Le duc d'Alençon arriva à Anvers le i5 février 1583. On lui fit une réception splendide. Mais la confiance que les États et le prince d'Orange avaient placée dans son concours devait être bientôt tristement déçue. Depuis longtemps il complotait un coup d'État qui le rendit maître absolu. Le mouvement devait s'exécuter à la fois dans toutes les villes où il avait des garnisons ; et lui-même comptait donner à Anvers le signal de cette révolution militaire. Par bonheur, le patriotisme des bourgeois d'Anvers déjoua cette odieuse manoeuvre. Les habitants, indignés, oublièrent les discordes civiles pour s'unir contre les auteurs d'un lâche guet-apens. Les Français furent chassés de la ville, jetés du haut des remparts dans les fossés des fortifications. A Nieuport, à Bruges, à Ostende, ils eurent le même sort, et la camisade du duc d'Alençon marqua la fin de ce règne qui eût rendu à la Belgique, sous un autre drapeau, les horreurs du régime espagnol. Les historiens évaluent à trois ou quatre mille le nombre des victimes de la tentative insensée du duc d'Alençon.

Le magistrat d'Anvers fit creuser une immense fosse, dans les remparts mêmes, au pied de la tour qui était le reste de l'ancienne porte de Kipdorp. Les cadavres des Français y furent jetés pêle-mêle, nobles et vilains. Ce lieu fut longtemps désigné sous le nom aujourd'hui oublié, de « Tombe des Français, » (het Graf der Franschen). La nouvelle porte de Kipdorp était alors inachevée (elle ne fut terminée qu'après l'an 1600); le magistrat fit sculpter sur la façade ce chronogramme: aUXILIUM sUIs DeUs. II rappelait la date (i583) d'un événement dont Anvers peut à bon droit s'enorgueillir.

Le duc d'AIençon se retira à Dunkerque et, le 10 juin 1584, il mourut de faiblesse et d'épuisement. L'occasion était de nouveau favorable au duc de Parme. Il conduisit son armée en Flandre, et reçut la soumission de presque toute la province. Vers la même époque, le prince d'Orange, dont la tête avait été mise à prix, suivant un horrible usage espagnol, périt à Deifl, assassiné par Balthasar Gérard (10 juillet 1584). Sa mort priva de chef les provinces septentrionales, et elles ne tentèrent aucun effort pour soutenir les villes qui résistaient encore en Belgique. Gand et Bruxelles se soumirent successivement. Partout Farnèse accordait le maintien des anciens privilèges et une amnistie générale, et cette sage douceur désarmait les habitants.

La soumission d'Anvers coûta plus cher. Dès le mois de juillet 1384, le prince de Parme avait fait cerner entièrement cette grande ville. Son plan était aussi hardi que vaste : il avait résolu de s'emparer de tous les forts qui avaient été élevés sur les bords de l'Escaut, de construire de nouvelles redoutes aux endroits d'où il pourrait dominer le fleuve dans toute sa largeur, enfin, d'attaquer en même temps les places voisines de la

La maison Hanséatique construite d'après les plans de C. de Vriendt.

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Flandre et du Brabant, afin qu'elles ne pussent envoyer par terre aux assiégés les vivres qu'il cherchait à leur couper par eau. Ce plan fut d'abord couronné de succès : les Espagnols enlevèrent les forts de Lillo et de Liefkenshoek, construisirent Calloo, se rendirent maîtres de Termonde et, par la prise de cette place importante, interrompirent toute communication avec les insurgés de Gand. Lorsque les villes du Brabant et de la Flandre furent tombées les unes après les autres au pouvoir de Farnèse, le siège d'Anvers fut poussé avec une nouvelle vigueur. L'Escaut fut fermé au moyen de trente-deux gros navires, accrochés par de fortes chaînes et séparés par une distance de vingt-deux pieds, afin de ne pas entraver le cours du fleuve : ces intervalles étaient remplis par des poutres couvertes de planches, rangées transversalement et garnies d'un parapet : chaque vaisseau

présentait à l'ennemi, tant du côté d'Anvers que de la Zélande, la bouche d'un canon. Les extrémités du pont étaient protégés par les deux forts de Calloo et d'Ordam ; enfin, plus de quinze cents hommes veillaient à la défense de ces ouvrages. Le succès de cette laborieuse entreprise surprit les assiégés sans les abattre. La ville renfermait une forte garnison et elle avait encore des vivres pour quelques mois ; là aussi l'exaspération du peuple était telle, que le Conseil municipal avait été obligé de prendre un arrêté qui défendait, sous peine de mort, de manifester, soit en public soit en secret, le désir de se réconcilier avec l'Espagne. A trois reprises et par des moyens différents , les Anversois essayèrent de rompre la barrière qui leur enlevait l'appui de leurs alliés du Nord.

Ils ne furent pas plus heureux dans la tentative qu'ils firent pour s'emparer de la contre-digue de Couwesteen, afin d'inonder toute la plaine entre Lillo et Liefkenshoek et d'ouvrir ainsi une nouvelle voie aux vaisseaux hollandais.

Après ces tentatives infructueuses, les assiégés commencèrent à ressentir les effets de la disette. Les magistrats s'employaient à ranimer le courage des habitants; ils avaient l'espoir de se soutenir jusqu'à ce que les blés semés autour des ouvrages extérieurs pussent être coupés; mais avant cette époque, les assiégeants avaient emporté ces ouvrages et s'étaient approprié ces moissons. Comme, en désespoir de cause, on proposait de chasser hors des murs les catholiques, le peuple, naguère si résolu, se souleva et contraignit Philippe de Marnix à entamer des négociations avec le prince de Parme.

La capitulation, signée le 17 août i585, portait en substance : « Que la ville rentrerait sous l'obéissance du roi d'Espagne, aux mêmes titres que par le passé ; qu'elle recouvrerait ses anciens privilèges et payerait quatre cent mille florins pour les frais de la guerre. » De son côté, Farnèse accordait aux habitants une amnistie générale, autorisait les réformés à séjourner pendant quatre ans encore dans la ville pour leur donner le temps de réaliser leurs biens, mais ne voulait reconnaître qu'aux catholiques seuls le droit de professer publiquement leur religion. Ce fut le 27 août que le représentant de Philippe II fit son entrée triomphale à Anvers; il était à cheval, entouré de la noblesse belge et suivi de son armée victorieuse. Il reçut les félicitations du corps municipal, qui l'attendait à la porte de l'Empereur.

Quant à Marnix, quoiqu'il eût défendu Anvers avec la plus grande vaillance, et que le prince de Parme lui-même rendît hommage à son désintéressement, il ne put se soustraire aux soupçons et aux calomnies même

de ses coreligionnaires; lorsque l'ancien collaborateur, l'ancien ami de Guillaume de Nassau débarqua dans l'île de Walcheren, l'accueil qu'on lui fit décelait une singulière défiance, pour ne pas dire une noire ingratitude. Dès ce moment, Philippe de Marnix ne fut plus associé au gouvernement de l'Etat, bien que Maurice de Nassau, le fils du Taciturne, le consultât dans les occasions importantes.

Philippe II apprit au milieu de la nuit la nouvelle de la reddition d'Anvers. Il sauta de son lit et courut, fou de joie, à la chambre de sa fille, l'infante Isabelle, qu'il éveilla, en criant : « Ma fille, Anvers est à nous ! »

Alexandre Farnèse mourut à Arras le 3 décembre 1 592, âgé seulement de quarante-six ans. Le comte Ernest de Mansfeld le remplaça provisoirement; mais bientôt Philippe II nomma gouverneur des Pays-Bas l'archiduc Ernest d'Autriche, fils de l'empereur Maximilien IL Ce prince fit à Anvers une entrée solennelle à la suite de laquelle se donna à la Grand'Place un tournoi splendïde, le dernier dont notre ville fut témoin.

L'archiduc Ernest étant mort le 22 février i5q5, fut remplacé par son père l'archiduc Albert, qui épousa l'infante Isabelle, fille de Philippe IL Les provinces belges furent d'abord heureuses d'être replacées sous une dynastie particulière; mais l'avenir leur réservait de cruelles déceptions. En effet, le règne des archiducs ne devait pas avoir de lendemain, — on dit que Philippe II le savait, — et la couronne de l'Espagne avait conservé le droit de mettre des garnisons dans les forteresses du pays. Philippe II mourut e 13 septembre i5q8, et Philippe III, son successeur, ratifia l'acte par lequel son père cédait les Pays-Bas à l'infante sabelle.

La chute d'Anvers ( i 585) avait rompu le lien qui avait rattaché cette ville pendant quelques années à la Confédération des Provinces-Unies ; elle amena la séparation définitive de la Belgique et de la Hollande. Aussi, à peine inaugurés dans les principales villes, les archiducs durent s'opposer aux entreprises du prince Maurice de Nassau sur la Flandre. Albert eut d'abord l'avantage, mais ensuite, malgré sa bravoure, il perdit, contre ce grand capitaine, la bataille de Nieuport. Cependant cet échec eut peu de conséquences et, grâce au génie d'Ambroise Spinola, après un siège de trois ans, qui coûta la vie à 100,000 hommes, les archiducs arrachèrent Ostende aux Hollandais, et parvinrent enfin à conclure une trêve de douze ans avec les Provinces-Unies.

Cette trêve fut signée le 9 avril 1609, à Anvers. Pendant cet intervalle de repos, le pays répara une partie

de ses pertes. Les lois furent remises en vigueur et l'ordre rétabli. Les villes semblaient sortir de leurs ruines, les «"lises étaient relevées, et les campagnes se repeuplaient. On vit renaître plusieurs industries et refleurir un peu le commerce. Les beaux-arts surtout, protégés par les archiducs et animés par le génie de Rubens, répandirent un nouvel et vif éclat.

Malheureusement, l'archiduc mourut sans postérité (1621), et sa mort fut pour les Belges un présage de nouvelles calamités : elle replaçait nos provinces sous l'autorité de l'Espagne où régnait alors l'inhabile Philippe IV, fils et successeur de Philippe III. Cependant l'infante Isabelle gouverna encore pendant douze ans la

Hôtel bâti en 1745, par Jean Tan Susteren, Seigneur de 's Gravenive^el, actuellement le Palais du Roi.

Belgique, qu'elle sut défendre contre la politique artificieuse de la France et de la Hollande. Isabelle mourut en 1(533 et, après deux siècles, les Belges vénèrent encore la mémoire immortelle de cette bonne et vertueuse

princesse.

Après la mort d'Isabelle, la Belgique fut presque continuellement le théâtre de guerres désastreuses qui morcelèrent son territoire, décimèrent sa population et achevèrent de ruiner son commerce et son industrie. Nous ne raconterons pas tous ces événements qui ont ensanglanté la Belgique entière : le même sort qui atteignit les villes de notre pays, frappa également Anvers; mais nous donnerons quelques faits, quelques dates, pour ne pas rompre le fil historique. Lorsque nous rencontrerons quelque épisode bien particulier à notre ville, nous lui consacrerons tous les détails qu'il comporte.

Après la mort d'Isabelle, Philippe IV nomma au gouvernement de la Belgique son frère, le cardinal Ferdinand d'Espagne. C'était un prince intrépide, qui fit preuve de talents militaires. La France et la Hollande s'étaient ligués pour la conquête et le partage de nos provinces. Les forces des deux puissances se réunirent et entrèrent ensemble dans le Brabant (i635). Elles assiégèrent Louvain ; mais le courage des bourgeois sauva la Mlle, et le cardinal infant poursuivit vivement les ennemis dans leur retraite. Depuis lors il continua à soutenir la guerre sans infériorité, quoiqu'il fût attaqué à la fois au nord et au midi, et il eut la gloire d'avoir tenu ferme de tous, côtés jusqu'au dernier moment. II mourut en 1641, d'une maladie causée par les fatigues delà guerre.

Son successeur, Don Francisco de Mcllo, vieux capitaine, obtint d'abord quelques avantages sur les Français; mais il perdit contre le duc d'Engbien, célèbre depuis sous le nom de Grand Condé, la fameuse bataille de Rocroi, qui disposa l'Espagne à la paix.

L Italien Picçolomini le remplaça dans le commandement. Deux tentatives dirigées contre Anvers par le chef des forces hollandaises, Frédéric-Henri de Nassau, échouèrent complètement grâce à l'attitude énergique des Espagnols. Mais, pressé de toutes parts, le nouveau gouverneur finit par perdre plusieurs villes; il fut rappelé en 1647, pour faire place à l'archiduc Léopold d'Autriche.

Il eût été peut-être assez facile alors aux Hollandais d'exécuter les projets de conquête qu'ils avaient formés quelques temps auparavant, et d'accabler la Belgique que les Français continuaient à presser. Mais les Provinces-Unies commençaient à redouter la grandeur toujours croissante de la France. Elles songèrent à traiter avec l'Espagne, et les députés des deux pays conclurent la paix au congrès de Munster (1648). Par ce traité, les Hollandais gardaient toutes leurs conquêtes territoriales et exigèrent de plus que l'Escaut restât fermé du côté de la mer, afin que le commerce d'Anvers ne pût jamais se rétablir. L'Espagne eut la lâcheté d'y consentir et la ruine définitive d'Anvers se trouva consommée.

L'archiduc Léopold continua la guerre contre la France avec des alternatives de succès et de revers ; il retourna à Vienne en i656.

Don Juan d'Autriche (11= de ce nom), qui le remplaça, perdit contre les Français la bataille des Dunes ; cette défaite (1 658) amena le traité des Pyrénées, le premier de ceux qui morcelèrent notre territoire ; Philippe IV céda à Louis XIV l'Artois et plusieurs villes de la Flandre, du Hainaut et du Luxembourg, pour servir de dot à l'infante Marie-Thérèse, que le jeune monarque épousa.

A partir de cette époque l'ambitieux Louis XIV ne cessa de démembrer la Belgique. Ainsi lorsque le faible Charles II succéda à sou père Philippe IV, le monarque français, invoquant le prétendu droit de dévolution, envahit la Flandre. L'Angleterre et la Hollande le forcèrent cependant à la paix d'Aix-la-Chapelle (1668); par laquelle il conservait les villes qu'il avait conquises.

Quatre ans plus tard Louis XIV attaqua la Hollande et les puissances s'étant coalisées contre lui, la Belgique devint, pendant cinq ans, le théâtre d'une guerre désastreuse. Elle fut témoin de la bataille de Seneffe (1674), gagnée par le prince de Condé sur les alliés commandés par le prince d'Orange, arrière-petit-fils de Maurice de Nassau. Le traité de Nimègue, qui termina cette guerre générale, céda encore à la France plusieurs villes belges.

En 1686, les puissances s'étant liguées de nouveau à Augsbourg contre l'ambitieux Louis XIV, la Belgique eut à subir encore huit années de guerres sanglantes (de 1689 à 1697). Quatre grandes batailles furent livrées sur son territoire : la bataille de Walcourt, gagnée en 16S9 sur les Français par le prince de Waldeck, général des alliés; celle de Fleuras (1690), de Steenkerque (1692) et de Neerwinden (i693), gagnées sur les alliés par le maréchal de Luxembourg. En i695, les Français bombardèrent Bruxelles où 4,000 maisons furent détruites. Le traité de Ryswyck (1697) rétablit les choses dans l'état où les avait mises le traité de Nimègue.

Charles II, mort sans enfants (1.700), avait institué pour héritier de la monarchie espagnole, Philippe, duc d Anjou, petit-fils de Louis XIV, et cet événement alluma la guerre de la succession d'Espagne; les puissances se liguèrent pour la troisième fois contre la France devenue trop puissante. Les Français sont battus à Ramillies (1706), par le célèbre Marlborough, général anglais, qui, de concert avec le vaillant prince Eugène, gagne en 1709, une seconde bataille sur les Français à Malplaquet. Ces revers forcent le grand roi à demander la paix, qui fut signée a Utrecht (1713). Ce traité plaça la Belgique sous la domination autrichienne. Mais comme il avait été arrêté qu'elle ne serait remise à la maison d'Autriche que lorsque celle-ci aurait donné une barrière à la Hollande contre la France, des conférences s'ouvrirent à Anvers pour régler ce dernier point. Les négociations traînèrent en longueur par suite des prétentions de la République hollandaise. Après des discussions parfois orageuses, le traité ' fut enfin signé à Anvers le 15 novembre 1715. Il était stipulé que les Provinces-Unies remettraient à S. M. I. les Pars-Bas espagnols, destinés à ne former qu'un seul domaine indivisible et inaliénable de la maison d'Autriche ;

Entrée de Charles-Quint à Anvt »,..

Tabiieau de Hans Makart, d'après u

eptcmbre 1521.) Voir page 27.

pOGRAPHIE DE O. ANGERER, VIENNE

aucune partie de ce territoire ne pourrait- jamais appartenir à la France. Il serait entretenu dans les Pays-Bas autrichiens, pour la sûreté de la République, un corps d'armée de trente à trente-cinq mille hommes, dont la Belgique fournirait les deux cinquièmes et l'Empereur les trois autres cinquièmes.

En outre, la République obtenait le droit de tenir garnison exclusive dans les villes et les châteaux de Namur, de Tournai, de Menin, de Fumes, de Wameton, d'Ypres et dans le fort de Knocke : la garnison de Termonde devait être mixte. Bien qu'ils fussent obligés de prêter serment à l'Empereur, les commandants des places de la barrière étaient nommés par les Etats généraux qui pouvaient fortifier ces places à leurs frais, de l'avis du gouverneur général des Pays-Bas autrichiens. L'Empereur leur permetttait encore d'occuper et d'inonder, en cas de guerre, le territoire situé entre l'Escaut et la Meuse jusqu'au Démer. Pour l'entretien des garnisons dans les places de la barrière, il leur allouait une rente annuelle de i,25o,ooo florins, hypothéquée sur les subsides des provinces belges, et sous peine d'exécution militaire. On perpétuait, en la renouvelant, la stipulation du traité de Munster relative à la fermeture de l'Escaut. Les puissances maritimes obtenaient également la ratification des mesures qu'elles avaient prises au détriment de l'industrie belge.

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