DOMINATION AUTRICHIENNE
La domination autrichienne, qui devait se prolonger jusque vers la fin du siècle, s'imposa en 171G. Le représentant de Charles VI trouva notre pays dans une situation affligeante : une sorte de malaise
et d'incertitude, suite naturelle de tant d'infortunes, paralysait le ressort de l'administration, tandis que le ressentiment de l'humiliante Convention d'Anvers tirait enfin de leur léthargie tous ceux qui se rappelaient la richesse et la puissance de nos anciennes communes.
L'administration intérimaire du représentant de l'Empereur (comte de Kônigsegg) ne dura que quelques mois. Dès le 25 juin, le prince Eugène de Savoie fut investi de la dignité de gouverneur général des Pays-Bas ; mais comme il était occupé alors à défendre la Hongrie attaquée par les Turcs, le marquis de Prié fut désigné, en qualité de ministre plénipotentiaire ,pour administrer sous ses ordres et le rem-
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La Boucherie pue du coté dit Bloedberg.
Le nouveau gouverneur, pour satisfaire aux exigences du traité de la Barrière, réclama de nouveaux impôts et heurta les privilèges du pays. A Anvers, les représentants des métiers, voulant différer leur consentement à l'établissement des subsides que reclamait le marquis, durent se résigner lorsque le ministre, ayant fait diriger des troupes sur cette ville, la menaça de logements militaires.
L'ordre rétabli, le gouverneur travailla à relever le commerce belge presque anéanti; à cet effet, il établit à Ostende {1723), pour le commerce des Indes Orientales, une Compagnie générale ; mais la Hollande et l'Angleterre, alarmées, forcèrent bientôt l'Empereur à l'abolir.
Le marquis de Prié fut
placer pendant son absence.
rappelé peu après et remplacé par l'archiduchesse Marie-Elisabeth (1725), sœur de l'Empereur, princesse d'un
caractère bienveillant, qui se fit aimer des Beiges. Bien que son administration manquât un peu
la princesse sut, pendant seize ans, maintenir le pays dans une paix profonde.
de vigueur,
Charles VI mourut en 1740. Avant sa mort, il avait, par sa Pragmatique sanction, institué sa fille Marie- Thérèse son héritière universelle. En attendant, Charles de Lorraine remplaça Marie- Elisabeth gouvernement de nos provinces.
Marie-Thérèse, qui n'avait alors que vingt-trois ans, vit, aussitôt après la mort de son père, presque toute l'Europe se coaliser contre elle : Frédéric le Grand, roi de Prusse, lui enleva la Silésie; l'électeur de Bavière marcha sur Vienne, et se fit élire empereur à Francfort ; les Français s'emparèrent de Prague, capitale de la Bohème. Dans une position si critique, la jeune reine ne trouva de ressources que dans son courage héroïque; elle sut électriser les braves Hongrois, qui prirent la généreuse résolution de mourir pour leur roi Marie-Thérèse, dont l'habile politique ne tarda pas à rompre la ligue formidable des puissances. Le traité d'Aix-la-Chapelle, qui termina la guerre de la succession d'Autriche, rendit les Pays-Bas catholiques à Marie-Thérèse et reconnut pour empereur d'Allemagne François de Lorraine, son époux (1748).
Alors Charles de Lorraine, beaufrère de l'impératrice, vint prendre le gouvernement de nos provinces. Général instruit , brave et sage , il avait combattu contre les Prussiens et les Français, pendant la guerre de la succession, avec des alternatives de victoires et de défaites. Lorsque la paix lui permit de prendre le gouvernement des Pays-Bas, il y seconda toutes les vues généreuses de Marie- Thérèse, qui encouragea le commerce, l'industrie et surtout l'agriculture , fit fleurir les sciences, les lettres et les arts en fondant une école militaire à Anvers, une académie à Bruxelles, et en établissant des collèges dans les principales villes de nos provinces. Ce bon prince mourut en 1780. Marie-Thérèse mourut même année, avec le titre glorieux de « mère de la patrie » que lui décernèrent les peuples, et surtout les Belges qui avaient vécu heureux sous son règne.
Joseph II, fils et successeur de Marie- Thérèse, forma d'abord des projets favorables à l'indépendance de nos provinces. Le traité de la Barrière subsistait encore; l'empereur ordonna la démolition des places fortes, et les garnisons étrangères se retirèrent sans résister. Il réclama ensuite la liberté de l'Escaut; mais il cessa bientôt de soutenir ses justes prétentions, et se contenta d'une somme de dix millions de florins que la Hollande sacrifia