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RÈGNE DE LA MAISON D'AUTRICHE

Lorsque Philippe le Beau prit en son nom le gouvernement des Pays-Bas, il était à peine âgé de quinze ans. En 1496, il épousa Jeanne d'Espagne, en même temps que sa sœur Marguerite épousait le frère de Jeanne, Don Juan, fils et héritier de Ferdinand d'Aragon et d'Isabelle de Castille. Deux ans après, Don Juan mourait sans laisser d'enfants, et Philippe se trouva l'héritier présomptif des trônes de Castille et d'Aragon. Philippe habitait de préférence l'ancien château des comtes de Flandre, à Gand. C'est là que naquit le i5 février i5oo, son fils aîné, qui fut nommé Charles, en mémoire du dernier duc

de Bourgogne, et dont la puissance devait s'étendre un jour sur plus de la moitié du monde.

Philippe le Beau établit, en 1504, à Malines, une cour suprême de justice sous le nom de Grand Conseil. Cette cour tut composée de deux chambres, dont la première s'occupait des affaires de politique et d'administration et dont la seconde formait une sorte de Cour d'appel.

La première demeura attachée au souverain sous le nom de Conseil privé.

La mort d'Isabelle de Castille ayant forcé Philippe à retourner en Espagne, il y trouva luimême un tombeau. Une fièvre aiguë l'emporta en quelques jours (septembre i5o6) et sa malheureuse veuve devint folle de douleur.

Ainsi, à l'âge de six ans, le petit-fils de Marie

Maison de l'Ancienne Corporation des Bouchers, construite en l'an i5oo par la dite corporation.

de Bourgogne joignait la couronne de Castille à l'héritage du Téméraire, sauf quelques coins de la France que Louis XI en avait détachés. A seize ans la mort de Ferdinand le Catholique y joignit l'Aragon, la Sicile et les immenses possessions dont la découverte de Christophe Colomb avait doté l'Espagne. A dix-neuf ans, Charles- Quint ceignit la couronne impériale et se trouva le monarque le plus puissant qui eût régné en Europe depuis Constantin et Charlemagne.

Durant les années de sa minorité, ce fut la tante du futur César, Marguerite d'Autriche, veuve de Don Juan d'Aragon et de Philibert de Savoie, qui exerça la régence en son nom dans les provinces belgiques. Elle fut inaugurée à Anvers le 24 juin i5o6 comme gouvernante

du marquisat du Saint-Empire et tint en cette qualité deux diètes solennelles dans l'abbaye de St-Michel. L'empereur Maximilien vint de son côté se faire reconnaître à Anvers en qualité de Ruwaerd, le 17 septembre i5o8, et y fit un séjour de plusieurs mois.

Marguerite avait fixé sa résidence à Malines, avec les enfants de Philippe le Beau. Tous nos historiens ont loué la sagesse de son administration, sa prudence et son énergie toute virile. Le temps qu'elle présida à nos destinées fut pour la Belgique une époque de transition durant laquelle se préparait sourdement un changement immense. Pour Anvers en particulier ce fut un temps de calme et de prospérité, et lorsque Charles atteignit sa majorité, il n'aurait eu, pour conserver l'amour de ses sujets belges, qu'à continuer la politique à la fois ferme et conciliante dont Marguerite lui avait donné l'exemple. Charles-Quint fit son entrée solennelle à Anvers le 11 février i5i5, en qualité de duc de Brabant et de marcgrave du Saint-Empire. Dans sa joyeuse entrée, il promettait de respecter les privilèges et les franchises

accordés par les ducs de Brabant, ses prédécesseurs ; il stipulait que les chartes relatives aux privilèges du Brabant et du Marquisat devaient être conservées à Anvers ; que lui-même porterait le titre et les armes de marquis du Saint- Empire ; que le chancelier de Brabant devait être versé dans les langues latine, française et flamande ; qu'Anvers resterait à perpétuité uni au duché de Brabant, etc. Si le duc de Brabant, dont émanait cet acte, était en même temps roi d'Espagne, de Naples et de Sicile et roi de l'hémisphère Indien, les Anversois n'y pouvaient voir encore qu'une circonstance heureuse, qui devait ouvrir à leur commerce maritime toutes les mers du globe. Avant de partir pour l'Espagne, où l'appelait la succession de Ferdinand le Catholique, Charles tint à Anvers une assemblée des États généraux.

Une nouvelle réunion des Etats eut lieu dans notre ville, en i5ai, à propos de son élection à l'Empire. Ce fut une occasion de fêtes magnifiques. Le nouvel empereur fit son entrée à Anvers le 23 septembre, escorté d'une garde d'honneur de cinq cents cavaliers, tous uniformément vêtus de velours et de satin, et composée de l'élite de la population. Charles-Quint alla loger avec sa suite dans l'hôtel du bourgmestre Arnold Van Liere. Cet hôtel bâti au siècle précédent, était peut-être alors la plus splendide

résidence qu'un particulier possédât en Europe. On se le figurerait difficilement aujourd'hui d'après l'état de délabrement dans lequel il est tombé.

Immédiatement après son départ d'Anvers, l'Empereur partit pour l'Allemagne, laissant la régence de nos provinces à sa tante Marguerite.

Marguerite mourut au palais de Bruxelles, le 1er novembre i53o. Le 7 octobre de l'année suivante, Charles-Quint annonça aux États de Brabant qu'obligé de quitter de nouveau la Belgique, il nommait gouvernante et régente sa sœur Marie, veuve de Louis II, roi de Hongrie.

La rivalité qui existait entre l'empereur Charles et le roi de France, François I, faillit amener pour Anvers

Façade de la maison bâtie en 1 349

par Jean Adriansen, peintre et doyen de la

corporation de St-Luc.

des conséquences désastreuses. Ce fut quand le duc de Gueldre prit parti pour le roi de France et lâcha sur nos provinces le fameux Martin Van Rossem. Ce guerrier, redoutable par ses ruses et ses cruautés non moins que par ses talents militaires, dévastait tout ce qui se trouvait sur son passage, amenait prisonniers ceux dont il espérait tirer rançon , et détruisait par l'incendie ce qui avait échappé à la dévastation par son armée. Pour éviter à leur ville le malheurd'ètre livrée à Van Rossem, les Anversois firent preuve d'une grande énergie. De nombreuses levées de troupes furent faites ; on coula plusieurs pièces de canon du plus gros calibre ; on fit de vastes approvisionne-

ments de poudre. Les négociants étrangers qui habitaient la ville et dont la fortune n'était pas moins menacée que celle des Anversois, s'empressèrent d'offrir leurs services pour la défense commune. On eut recours à des moyens de défense extrêmes, qui prouvent à quel degré on redoutait une surprise. Un grand nombre de maisons, situées hors de la porte de Borgerhout, furent livrées aux flammes. On ne voulait laisser à l'ennemi aucune retraite où il eût pu se retrancher et établir des batteries à portée des remparts. Tout le siège se borna à quelques cononnades, qui firent plus de bruit que de mal des deux côtés. Quand Van Rossem acquit la conviction qu'aucune trahison ne lui livrerait la ville et qu'il n'avait aucune chance de réussir autrement, il décampa. De dépit, il incendia toutes les maisons, tous les châteaux, les monastères, les moulins, les fabriques de Dambrugge, de Merxem, de Deurne, de Borgerhout et de Berchem. Il n'épargna que le château de Merxem, en reconnaissance du bon vin qu'il y avait bu.

La joie que causa aux Anversois le départ de ce dangereux voisin, fut, on le comprend, immense !

11 est à remarquer que dans ce pressant danger les Anversois n'avaient reçu aucun secours de leur souverain, occupé alors à combattre les pirates d'Alger.

Charles-Quint conçut un plan qui aurait eu pour notre pays les meilleures conséquences, si l'empereur avait été secondé dans son dessein. Après l'insurrection de Gand, Charles-Quint sembla reconnaître que la Belgique avait besoin de former un état mieux uni, et qu'il fallait à cette contrée un souverain qui fût tout à elle. Alors, il proposa aux ambassadeurs français d'unir sa fille Marie au jeune duc d'Orléans, fils de François I", et de lui donner pour dot les Pays-Bas (1541). Dans ce projet, toutes nos provinces auraient formé un royaume, protégé par l'alliance française et cependant isolé de la France. Charles-Quint voulait s'en réserver l'administration pendant quelque temps, et fonder par dégrés dans ce jeune pays l'unité nationale et les institutions monarchiques. Mais son offre fut accueillie avec défiance. Les ambassadeurs et le roi lui-même ne pouvaient se persuader qu'il renonçât sérieusement au pays le plus riche du monde.

Ce fut, comme on sait, sous le règne de Charles-Quint, qu'éclata la réforme. l'Empereur, mû par des motifs politiques plutôt que par une pensée religieuse, s'opposa au progrès des doctrines de Luther.

Les édits qu'il rendit à cet effet portaient une atteinte grave, non seulement aux immunités de la ville d'Anvers, mais à toutes les constitutions belges. Jamais des mesures de cette importance n'avaient été publiées sans l'avis préalable des Etals, qui partageaient avec le souverain le pouvoir législatif. Nous dirons cependant que les sentences, les condamnations pour crime d'hérésie, étaient prononcées, non par un tribunal exceptionnel, mais par les juges ordinaires du Vierschaere. Les édits avaient pour eux force de lois.

Ce fut le 25 octobre i555, que Charles-Quint, qui sentait ses forces décliner, abdiqua le gouvernement des Pays-Bas en faveur de son fils Philippe. Il lui remit l'année suivante le gouvernement de l'Espagne, et envoya les emblèmes de l'empire à Ferdinand, frère de l'empereur, renonçant lui-même à toutes les grandeurs du monde pour aller passer ses derniers jours dans la retraite. Le jour même de l'abdication de Charles-Quint, Marie, sa sœur, annonça son intention irrévocable d'abandonner les laborieuses fonctions de régente.

Charles-Quint jouit, de son temps, d'une assez grande popularité. Il savait, avec la souplesse d'Alcibiade, s'accommoder merveilleusement aux mœurs et aux goûts des différents peuples réunis sous son sceptre : cérémonieux avec les Espagnols, spirituel avec les Italiens, il plaisait aux populations flamandes par sa jovialité et sa bonhomie familière. Il n'oublia jamais que la Belgique avait été son berceau, aussi avait-il une prédilection toute particulière pour les Belges, ses compatriotes : il leur donna des charges dans l'armée, dans les conseils et dans le gouvernement de ses vastes Etats ; les Belges, à la suite de leur prince, parurent dans toutes les contrées soumises à sa vaste domination.

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