REVOLUTION DE
L'opposition belge se manifesta énergiquement dans les Chambres et dans la presse; les catholiques et les libéraux, comprenant que V Union fait la force , unirent leurs efforts; on pétitionna de toutes parts dans les provinces méridionales, et l'obstiné monarque, au lieu d'avoir égard à de justes réclamations, publia son fameux Message du 1 1 décembre 1829, par lequel il s'arrogeait un pouvoir absolu; ce coup d'autorité fut suivi de plusieurs destitutions, et les écrivains de l'opposition furent poursuivis et condamnés à l'exil. Alors la révolte devint imminente. La révolution de juillet i83o, qui renversa du trône de France Charles X, frère de Louis XVIII, fut en Belgique le signal d'une agitation menaçante pour Guillaume.
Ce fut de Bruxelles que partit le signal d'un mouvement insurrectionnel qui s'étendit bientôt à la Belgique entière. Dans la soirée du 25 août, après une orageuse représentation de la Muette de Portici, le peuple saccagea les demeures des principaux agents de la domination hollandaise. Les désordres continuèrent les deux jours suivants.
Le 28, après que les vieilles couleurs de Brabant eurent été arborées, les notables furent convoqués à l'hôtel de ville et une pétition adressée au roi pour demander la prompte convocation des États généraux. A ce moment, la majorité des Belges ne souhaitait encore que la séparation administrative des deux parties du royaume, avec le maintien de la maison de Nassau.
Guillaume Ier résolut de convoquer les députés à la Haye, mais en même temps il fit partir pour Bruxelles un corps de cinq à six mille hommes. Le prince d'Orange et son frère Frédéric, qui les commandaient, établirent leur quartier général à Vilvorde. Le premier, confiant en son ancienne popularité, espéra dominer la crise par une démarche chevaleresque. Accompagné de six généraux ou aides de camp, sans autre escorte, il entra, le 1e1" septembre, dans la capitale par la porte de Laeken. Les rues étaient hérissées de barricades. La garde bourgeoise se montrait respectueuse, mais froide; le peuple avait parfois une attitude menaçante. Parvenu dans son palais,
le prince eut plusieurs conférences avec les notables les plus influents et quelques membres des états généraux On ne lu, dissimula point que le désir le plus ardent de la Belgique était la séparation complète entre les provinces méridionales et les provinces septentrionales, sans autre point de contact que la dynastie régnante. L'héritier du troue promit de porter à son père l'expression de ce vœu, et il quitta la ville le 3 septembre, après avoir pris sur lui d éloigner les troupes qui s'y trouvaient encore. Mais Guillaume I- refusa opiniâtrement de donner au pays la satisfaction que celui-ci demandait. En ouvrant à la Haye, Je ,3 septembre, la session extraordinaire des états généraux, le roi laissa entrevoir son opinion : « Je ne céderai jamais, dit-il, à l'esprit de parti et je ne consentira, jamais à des mesures qui sacrifieraient le bien-être et les intérêts de la patrie aux passions et à la violence. r r
Pendant que les représentants de la nation délibéraient à la Haye, le prince Frédéric essaya de reprendre Bruxelles. Repoussées à la porte de Flandre et à la porte de Laeken, les troupes hollandaises pénétrèrent le 23 septembre dans le haut de la ville par les portes de Schaerbeek et de Louvain, et, malgré la résistance des
patriotes, occupèrent le Parc.
Là elles furent contenues par une poignée d'intrépides citoyens, qui, maîtres des hôtels environnants ou embusqués derrière quelques barricades élevées à la hâte, enfermèrent leurs ennemis dans un cercle de feu. Le lendemain, après une nuit pleine d'angoisses pour les habitants, la lutte devint moins inégale : les combattants, qui n'étaient d'abord qu'au nombre de douze à quinze cents, avaient vu se grossir leurs rangs par les volontaires accourus des villes voisines et des campagnes.
Don Juan van Halen
Vers huit heures du matin le feu recommença sur toute la ligne et la bataille continua avec acharnement jusque dans la soirée, sans que les Hollandais fissent le moindre progrès, lis ne surent même pas mettre à profit l'incroyable confiance des volontaires, lorsque ceux-ci, barrasses, abandonnèrent de nsftiyeau aux surprises possibles de leur ;; ennemi un terrain qu'ils lui : avaient si courageusement dis- '■ puté pendant la journée. Le 25, Don Juan Van Halen, ancien officier espagnol, mais Belge d'origine, ayant été investi du commandement en chef, les insurgés montrèrent plus d'ardeur encore et prirent sur certains points 1 offensive. Les jours précédents, quelques hommes intrépides étaient cependant parvenus à se faire écouter et à organiser la résistance. Citons : M. Pletinckx, créé, le 22 au soir, dans une réunion à l'hôtel de ville, commandant des forces mobiles et fait prisonnier dans la soirée du 25 ; le baron Fellner, qui resta au nombre des morts ■ Mellmet, général dans la jeune garde de Napoléon pendant les Cent Jours ; E. Grégoire, Palmaert, Kessels' Roussel, etc.
La journée du dimanche, 26, fut la plus meurtrière; jusque vers deux heures du matin, on entendit le bruit de la générale, du tocsin, de la fusillade et de temps en temps, le grondement du canon. Mais déjà le prince Frédéric, voyant l'inébranlable attitude de ses adversaires sans cesse accrus par de nouveaux combattants préparait sa retraite.
Lorsque vers cinq heures du matin, quelques volontaires pénétrèrent dans le Parc, ils n'y trouvèrent plus personne : l'armée royale était partie, se dirigeant en bon ordre vers Malines et Anvers. A sept heures, le bourdon de Sainte-Gudule annonça la délivrance de Bruxelles. Six cents Belges avaient succombé pour l'indépendance de leur pays.
Au milieu même de la bataille, et en l'absence de toute autre autorité, un pouvoir révolutionnaire s'était organisé à Bruxelles, dans la matinée du 24 septembre, sous le nom de Commission administrative : elle se composât! du baron Emmanuel d'Hooghvorst, général de la garde bourgeoise; de Charles Rogier, commandant de la compagnie de volontaires liégeois, venus au secours de Bruxelles, de Jolly, ancien officier du génie.
Dans la soirée du 24, vers onze heures, M. Juan Van Halen reçut le billet suivant : « La Commission administrative invite le colonel Don Juan Van Halen à passer à l'hôtel de ville pour une affaire qui le concerne. Signé : Ch. Rogier et Vanderlinden-d'Hooghvorst. » Arrivé peu après à l'hôtel de ville, dont les antichambres étaient lugubres et désertes, M. Van Halen fut introduit dans le salon où, autour d'une table éclairée d'une chandelle, se trouvaient assis MM. d'Hooghvorst, Rogier et Jolly. - « Nos volontaires ont besoin d'un chef, dit
M. Rogier; vous allez vous mettre à leur tête : il faut prendre le Parc. — Messieurs, accordez-moi deux heures pour me décider et vous répondre. — Pas même deux minutes, répondit M. Rogier. » M. Van Halen ne fit plus alors qu'une seule observation; elle était relative au sort de sa famille et donna lieu à M. d'Hooghvorst de faire une réponse empreinte de toute la noblesse et de la générosité de son caractère ; enfin, il accepta...
Le 26 septembre, la Commission révolutionnaire, ne doutant plus de la victoire, s'était définitivement constituée sous le nom de Gouvernement provisoire, dont firent partie MM. d'Hooghvorst, Ch. Rogier, le comte
Félix de Mérode, Alexandre Gendebien, Sylvain Van de Weyer, Jolly; J. Vanderlinden, comme trésorier, J. Nicolay et F. de Coppin, comme secrétaires.
Le 28, il s'adjoignit M. de Potter* condamné naguère à huit années d'exil pour avoir publié, dans le Courrier des Pays-Bas, un plan d'opposition aux volontés royales. Cet écrivain, dont la persécution avait grandi le prestige, fut en ce moment l'objet d'une de ces ovations que le peuple ne décerne à ses idoles que dans des jours d'ivresse, trop tôt suivis d'un triste lendemain.
Louis-Joseph-Antoine de Potier
Son voyage de la frontière jusqu'à Bruxelles fut une marche triomphale. Une multitude immense escorta l'exilé d'hier jusqu'à l'hôtel de ville. Du haut du balcon de l'antique édifice, il harangua la foule, enthousiaste et heureuse d'applaudir un homme en qui se personnifiait sa victoire.
Tandis que le Gouvernement provisoire commençait sa tâche laborieuse, les corps de volontaires, composés de l'élite de la jeunesse, continuaient une lutte héroïque contre les troupes royales. Vainqueurs à Waelhem et à Berchem, impatients de venger
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le brave Jenneval, l'auteur de la Brabançonne, ainsi que le noble et héroïque Frédéric de Mérode, blessé mortellement au champ d'honneur, ils refoulèrent les ennemis jusque sous les murs d'Anvers. Le 27 octobre, les habitants de cette ville, insurgés depuis la veille, s'étaient rendus maîtres de la porte Rouge et de la porte de Borgerhout ; ils les ouvrirent à leurs compatriotes, qui se répandirent dans l'intérieur et obligèrent la garnison à se retirer dans la citadelle, où commandait le général Chassé.
Dans la journée même, la métropole commerciale de la Belgique fut bombardée.
L'artillerie de la citadelle, des forts et des frégates fit pleuvoir sur Anvers, pendant huit heures, une grêle d'obus, de bombes et de boulets, qui firent des ravages incalculables.
En présence de cet immense désastre, le mouvement insurrectionnel se ralentit aurait dû enlever, hollandaise.
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