LA BELGIQUE INDÉPENDANTE
Trois jours après cette imposante inauguration dans laquelle le peuple belge avait ratifié par ses acclamations le choix de ses mandataires, Léopold Ier forma son ministère. Le portefeuille le plus important, alors, celui des Affaires étrangères, fut confié à M. De Meulenaere. M. Raikem, procureur général près la cour supérieure de justice de Liège, devint ministre de la Justice, et M. Coghen ministre des Finances. MM. Etienne de Sauvage, et le général de Failly conservèrent les portefeuilles de l'Intérieur et de la Guerre.
Désirant constater par lui-même les besoins du peuple, le roi, après avoir constitué son ministère et convoqué les Chambres, résolut de se montrer aux provinces qu'il n'avait point traversées lors de sa marche triomphale de Bruges à Bruxelles. Il se proposait de visiter l'agreste Campine, le riche pays de Liège et la pittoresque province de Namur. Il voulait aussi passer l'armée en revue pour la connaître et se faire connaître d'elle. Le 28 juillet, il se rendit dans la métropole commerciale du pays, si cruellement éprouvée pendant la révolution et toujours menacée par les canons de la citadelle, où flottait encore le drapeau des Nassau. Il fut accueilli avec enthousiasme par la population. Celle-ci espérait, suivant les expressions du gouverneur civil (M. Ch. Rogier), que la présence de Léopold, comme roi, au sein des murs d'Anvers, serait le signal du prochain affranchissement de cette cité, qu'attendaient de si hautes destinées après de si grands désastres. Le 29, le roi passa en revue à Saint-Antoine l'armée dite de l'Escaut, commandée par le général Tieken de Terliove, et, le 3i, aux environs de Hasselt, le corps d'armée du général Daine, dit de la Meuse. Dans ces deux revues, on n'avait pas compté plus de 25, 000 hommes, au lieu de 68,000 que les cadres annonçaient. Léopold, quelles que fussent ses appréhensions en présence de l'organisation encore si incomplète et si défectueuse de l'armée, ne les laissa point voir. Toujours calme afin de ne point décourager la population qui lui avait confié ses destinées, il partit pour Liège où il fit son entrée le ier août.
Accueilli avec la plus vive allégresse par la population liégeoise, Léopold se proposait de continuer son voyage jusqu'à Verviers et de se rendre ensuite à Namur. Autour du roi tout était calme, parce que ce prince ne laissait rien paraître de ses graves préoccupations. Il ne pouvait toutefois se faire aucune illusion : le danger était pressant.
Le 3i juillet, il avait reçu de la Hollande des avis qui ne permettaient aucun doute sur les projets de Guillaume Ier; le 1" août, il prévint son ministre de la guerre des événements qui allaient éclater.
Le voile se déchira avec une rapidité qui surprit tout le monde. Le 2 août dans l'après-midi, les ministres restés à Bruxelles, et le roi, qui se trouvait à Liège sans ses conseillers, reçurent presque en même temps notification de la reprise des hostilités par les Hollandais. Cette déclaration était contenue dans une lettre datée du 1" août et adressée au général de Tabor, gouverneur militaire de la province et commandant supérieur de la ville et banlieue d'Anvers, par le général Chassé, commandant de la citadelle.
C'était le 4, au soir, qu'expirait l'armistice dénoncée par le commandant de la citadelle d'Anvers.
La plus grande terreur régnait dans cette ville, qui se rappelait les désastres du premier bombardement ; des milliers de fugitifs encombraient déjà les faubourgs et la route de Malines. Par un noble mouvement Léopold se rendit à Anvers, accompagné de MM. Lebeau et Ch. de Brouckere, et voulut coucher dans la ville menacée. Cette association à de nouveaux périls encouragea la population, et l'aida à envisager avec plus de calme la perspective de nouvelles calamités.
Le général Chassé, qui avait d'abord refusé de reconnaître la neutralité de la ville, porta au comble l'anxiété des habitants, lorsque, dans la matinée du 5, il dirigea une sortie contre les batteries belges élevées en face de Saint-Laurent. La veille, il avait également refusé aux instances du général Belliard, ministre de France, une prolongation de l'armistice. Belliard renouvela sa tentative le 5, déclara que la France et les autres grandes puissances avaient pris la ville d'Anvers sous leur protection, et rendit le général Chassé responsable des événements. Le vieux commandant persista dans son refus de renouveler l'armistice, mais consentit à suspendre les hostilités jusqu'à ce qu'il eût reçu de nouvelles instructions de son gouvernement.
Léopold, rassuré sur le sort d'Anvers, porta immédiatement son quartier général à Malines, afin de prendre les mesures nécessaires pour s'opposer à l'armée hollandaise, qui, sans avertissement préalable avait envahi le Limbourg.
Le 3, les Hollandais occupaient Turnhout, après avoir signalé leur passage par ' la ruine et l'incendie. Les Belges remportèrent quelques succès d'avant-postes, et il fallut trois jours à l'ennemi pour arriver jusqu'aux portes de Diest. Le roi écrivit en même temps à Paris et à Londres, pour réclamer le secourséventuel des puissances qui avaient garanti l'armistice. L'intervention de La France ne se fit pas attendre. Dès le matin du 3 août, le cabinet des Tuileries faisait signifier, par une double dépêche — au cabinet de la Haye, « que toute attaque contre la Belgique » — au général Chassé, , que le premier coup de canon tiré-
sur Anvers équivau drait à une déclaration de guerre contre la France. » Le cabinet britannique, par.
suite d'une démarche des ministres belges hostiles à toute intervention, ne reçut pas la dépêche du roi.
1.1 s'en fallait toutefois que la demande adressée par le roi Léopold au gouvernement français eût reçu en Belgique une approbation unanime. Le pays, au début de la crise,
avait trop de confiance dans ses propres forces pour accueillir sans répugnance l'idée d'une intervention étran gère. Le roi comprit ces scrupules et voulut attendre l'heure d'une nécessité suprême. C'est pourquoi l'armée française qui pouvait entrer en Belgique dès le 5 août, ne passa la frontière que le g.
La sécurité d'Anvers étant garantie, le roi tenta d'opérer
la jonction des deux armées de la Meuse et de l'Escaut. Pour des motifs expliqués de diverses façons, le général Daine refusa d'obéir à l'ordre qu'il reçut de marcher vers Aerschot pour y rejoindre son collègue, le général Tieken. Il resta en avant de Hasselt, qu'il dut abandonner le lendemain au prince d'Orange, déjà maître de Diest et de Saint-Trond, et il se retira en pleine déroute jusqu'à Liège. Cependant, le roi l'attendait,, avec l'armée de l'Escaut, près d'Aerschot, où il avait établi son quartier général avec i5,ooo hommes à peu près de bonnes troupes, auxquelles viendraient se joindre les 10,000 hommes dont disposait Daine
sa jonction, ne vit plus,
Casemate du Général Hollandais Chassé dans la Citadelle du Sud.
au début de la campagne, et il croyait pouvoir tenir tête aux Hollandais. Il écrivit dans ce sens au général Belliard , en le priant encore d'arrêter le mouvement de l'armée française. Mais le plénipotentiaire français reçut, en même temps que la lettre du roi, la nouvelle de la déroute de H asselt, et il appela le maréchal Gérard. Léopold, qui avait attaqué le village de Montaigu dans le but de l'occuper et de faciliter
Le baron Fellner, aide de camp du commandant général en chef, mort le 26 septembre i83o.
dès lors, d'autre ressource que de se replier sur Louvain pour couvrir la route de Bruxelles, et, le soir du 10 août, il s'établit en vue de la première de ces deux villes, installant ses avant-postes, à Bautersem. C'est là que devait avoir lieu l'engagement décisif. Si le prince d'Orange emportait Louvain, il marchait droit sur- Bruxelles et y devançait l'armée française.
Les Belges s'instal-
lèrent dans la ville et firent preuve, dans leurs diverses sorties, d'une bravoure dont la défaite n'a pas obscurci l'éclat. Le roi, toujours au poste d'honneur, ne cessa d'exposer ses jours pour sa patrie d'adoption. Ecrasée par le nombre, décimée par la défection des gardes civiques, notre petite armée lutta jusqu'au bout. Léopold évacua Louvain pour lui épargner l'horreur d'un bombardement. Les Hollandais occupaient déjà les routes- ■de Tervueren et de Malines, et allaient cerner ce qui restait de nos troupes, quand le ministre d'Angleterre,
■débarqué de la veille en] Belgique, sir Robert Adair, se jeta dans la mêlée, précédé du drapeau blanc de -parlementaire, arriva jusqu'au prince d'Orange et lui demanda une suspension d'armes immédiate. Refusée d'abord, puis longuement discutée, elle fut accordée jusqu'au lendemain. Ces événements se passaient le 12 août.
Marie-Louise, première Reine des Beiges.
Le même jour les troupes françaises entraient à Bruxelles, et le lendemain, aux termes d'une convention signée à Louvain, entre le général Belliard et le prince d'Orange, les Hollandais s'engagèrent à évacuer une seconde fois le sol belge. Les troupes françaises repassèrent la frontière le 3.1, emportant
avec elles la reconnaissance du pays, qu'elles avaient sauvé par leur seule présence. Dès le 25 juillet, la conférence, prévoyant une nouvelle catastrophe, avait invité la Hollande et la Belgique à rouvrir les négociations. La Hollande y avait consenti, à la condition d'appuyer les délibérations par des moyens militaires; la Belgique avait refusé. Son légitime espoir était de convertir en traité définitif les préliminaires de paix. Elle dut se montrer plus conciliante après les désastres du mois d'août ; mais elle avait le droit d'espérer que l'injustifiable agression du roi Guillaume ne la priverait pas des bénéfices des dixhuit articles. Le protocole du 14 octobre i83i, connu sous le nom des vingt-quatre articles, ne fut autre chose que l'antique vm victis, traduit en langage diplomatique.
« Les dix-huit articles, dit M. Thonissen, admettaient, sans la médiation des cinq cours, une négociation séparée entre la Belgique et la Hollande. Ils proclamaient la libre navigation de l'Escaut. Ils se référaient aux règles de la justice et de l'équité pour le partage des dettes et l'échange des enclaves. Ils n'écartaient en aucune manière l'offre d'une indemnité pécuniaire pour la conservation du Luxembourg et de la ville de Maestncht.
les colonies néerlandaises, sans même lui garantir le libre accès de ces belles et riches possessions. On lui impose la moitié des charges de la communauté, et l'on abandonne tout l'actif de cette même communauté à la Hollande ! Le seul avantage positif que la Belgique conserve dans les vingt-quatre articles, c'est sa neutralité perpétuelle sous la garantie des puissances. »
Le i5 novembre, les vingtquatre articles furent convertis en traité définitif, et la conférence restait chargée du soin difficile d'en assurer l'exécution. La Belgique accepta le traité du i5 novembre ; la Hollande refusa. II fallait recourir à des mesures d e rigueur pour obtenir l'assentiment du roi Guillaume aux décisions de l'Europe. L'Autriche, la Prusse et la Russie ne voulaient imposer à la
« Dans les vingt -quatre articles, tous les points en discussion sont tranchés au préjudice de la Belgique. Notre territoire est odieusement mutilé, et plus de 35o,ooo de nos concitoyens sont replacés sous la domination hollandaise. L'Escaut n'est déclaré libre qu'à charge de payer une redevance à la Hollande. La Belgique est chargée de la somme énorme de huit millions quatre cent mille florins des Pays-Bas de rentes.
Ses réclamations relatives à la flotte et aux autres richesses acquises en commun sont rejetées. Toute indemnité lui est refusée pour les dégâts de la guerre et le bombardement d'Anvers. La Nouvelle-Guinée et les îles avoisinantes , acquises pendant la réunion, restent à la Hollande. On impose à la Belgique la moitié des dettes contractées pour Hollande que des pénalités pécuniaires; la France et l'Angleterre, par un acte du 22 octobre 1832, convinrent de sommer les cabinets de Bruxelles et de la Haye d'évacuer respectivement les territoires qui ne leur appartenaient pas, aux termes du traité de novembre. En cas de refus, les deux puissances enverraient une flotte sur les côtes de Hollande, et une armée française se mettrait à la disposition du roi Léopold pour expulser les garnisons ennemies de la citadelle d'Anvers et des forts de l'Escaut.
La Belgique n'avait point sollicité ce concours armé des puissances. Elle n'aspirait qu'à vider avec ses propres forces sa querelle avec la Hollande, et le gouvernement, pénétré du même désir que la nation, pouvait compter, cette fois, sur de vrais soldats. L'opinion publique reçut avec déplaisir la nouvelle de l'intervention étrangère. Le ministère que présidait le général Goblet fît tous ses efforts pour sauvegarder l'honneur national. II fut convenu qu'une garnison belge occuperait la ville d'Anvers et que, si les Hollandais prenaient l'initiative des hostilités contre la Belgique, l'armée indigène défendrait le territoire de concert avec l'armée française.
Ce fut dans la nuit du 29 novembre que le maréchal Gérard ordonna l'ouverture de la première tranchée.
Groupe de l'Escaut.
Les Hollandais occupaient, outre la citadelle, les forts de Lillo et de Liefkenshoek, situés face à
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Monument de l'Affranchissement de l'Escaut. face, à deux lieues de la ville, sur les deux rives du fleuve, ce qui permettait au général Chassé, sous la protection d'une escadre, de s'approvisionner de vivres et de munitions. Les Belges, de leur côté.
possédaient le fort du Nord, et avaient armé de batteries formidables le port, les bassins et les abords de 1 esplanade. Les troupes françaises cernaient la ville de toutes parts.
Pendant près de trois semaines, les Français tirèrent 65,ooo coups de canon et consommèrent .40,000 kilogrammes de poudre. Assiégeants et assiégés firent preuve d'un égal héroïsme. Les Français creusèrent des tranchées et tracèrent les parallèles dans un sol détrempé par la pluie, les pieds dans' la boue, affrontant nmt et jour une grêle d'obus et de balles. Cloué par de cruelles souffrances physiques au fond d une casemate, Chassé dirigeait la défense avec une inébranlable vigueur. Il ne céda que le s, décembre quand I artillerie française eut ouvert, dans l'un des bastions de la place, une brèche qui permettait l'assaut'
A dix heures du matin, on suspendit les hostilités de part et d'autre, et, aux termes d'une capitulation honorable, la garnison, vers le soir, se constitua prisonnière. Le général Chassé et son état-major furent conduits comme prisonniers de guerre à Saint-Omer et reçurent, de la part des Français et des Belges tous les égards dus à des braves.
Dans les premiers jours de janvier i833, l'armée française quitta la Belgique. Les Chambres lui votèrent des remerciements au nom du pays, et décernèrent au maréchal Gérard une épée d'honneur
De longues et difficiles négociations furent entamées pour régler définitivement la situation et les irontieres de notre pays.
Tous les efforts de la Belgique pour obtenir des modifications sérieuses aux vingt-quatre articles
n aboutirent qu'à faire fixer à cinq millions de florins le chiffre de la rente. Elle eût beau offrir soixante et même cent millions pour les cantons cédés du Luxembourg et du Limbourg. Efforts stériles ' Les cours du Nord, protégeant ouvertement la Hollande, exigèrent l'exécution rigoureuse des vingt-quatre articles Lord Palmerston, pour ne pas seconder l'influence du cabinet des Tuileries, avec qui les rapports de 1 Angleterre étaient fort tendus à cette époque, nous abandonna dans la question territoriale, et la France ne voulut point seule prendre une attitude menaçante vis-à-vis de l'Europe.
Les ministres du roi Léopold apprirent dans la matinée du lo décembre, que l'arrêt de la Belgique venait d être signé au Foreign office. Ils essayèrent un suprême effort. Ou envoya M. de Mérode à Paris et M. de Gerlache à Londres, avec des offres nouvelles. Le 22 janvier, M. Van de Weyer reçut communication des protocoles, avec prière de solliciter au plus tôt l'adhésion du roi des Belges à l'œuvre de la conférence.
La situation pour la Belgique n'était pas moins grave qu'en i83i. L'énergie du sentiment public sexalta jusqu'à l'imprudence. Renouvelant une manifestation faite avec succès en i83l quelques patriotes a la tête desquels se trouvait M. Ducpétiaux, fondèrent une Association nationale pour la défense du pays Les députés du Luxembourg et du Limbourg se réunirent au comité de salut public et déléguèrent des ambassadeurs à Pans. Les républicains et les orangistes mirent à profit l'immense émotion du pays pour amener la révolte et la faire tourner ensuite à leur bénéfice. La Belgique, par bonheur, avait fait une trop heureuse expérience du nouveau régime pour se résoudre aisément à sa chute. Elle prévoyait la »uerre et ne la redoutait point. Le meilleur esprit animait l'armée et la bourgeoisie. La garde civique demandait quon l'envoyât aux frontières. Au milieu d'une crise industrielle sans précédents, les contribuables s'imposaient de pénibles sacrifices et faisaient des avances au trésor.
Tel était l'état des esprits quand le ministère fit connaître aux Chambres le résultat des négociations
Trois ministres, reculant devant l'énorme responsabilité qu'ils auraient dû assumer, renoncèrent à leurs portefeuilles. Les trois autres, MM. de Theux, Nothomb et Willmar, restèrent à leur poste et se chargèrent de faire accepter les résolutions de la conférence. Jamais hommes d'Etat ne se trouvèrent investis d'une plus difficile mission. L'un d'eux tenait son mandat de l'une des provinces dont on allait décréter le morcellement. Les deux autres y étaient nés. Il fallait un courage voisin de l'héroïsme pour affronter, en de pareilles circonstances, les reproches de faiblesse et de trahison qu'allait formuler contre eux un patriotisme égaré. Ils se résignèrent à ce rôle ingrat, soutenus par cette conviction qu'ils obéissaient aux lois d'une inflexible nécessité.
Après quinze jours de discussion, la Chambre vota le traité le 19 mars i839,par 58 voix contre 42. Le Sénat l'adopta, le 26 du même mois, par 3l voix contre 14. Le i9 avril, M. Van de Weyer le signa au Foreign office, au nom du roi Léopold, après avoir consigné dans une note les regrets et les protestations de la Belgique.
M. Gendebien, en votant contre le traité, formula son opposition en ces termes : « Non, 38o,ooo fois non, pour les 38o,ooo Belges que vous sacrifiez à la peur! »
Statue de Léopold Iet, premier Roi des Belges.
La meilleure protestation contre cette injure faite au courage de la représentation nationale se trouve dans les noms des hommes qui votèrent les vingt-quatre articles; les opposants pouvaient être de courageux patriotes : la postérité ne les appellera point des hommes d'Etat (i).
Nous avons voulu faire, sans l'entremêler d'aucun autre incident, le récit quelque peu détaillé de nos querelles avec la Hollande; cette tâche accomplie, nous parlerons brièvement de quelques grands faits se rapportant spécialement à Anvers.
Le 5 mai 1835, fut inauguré le premier chemin de fer construit sur le continent. C'est celui de Bruxelles à Anvers.
L'éclairage au gaz fut introduit à Anvers en 1840.
Le chemin de fer d'Anvers à Cologne fut livré à l'exploitation en octobre 1843.
De brillantes solennités eurent lieu à Anvers en octobre 1834, en l'honneur du Duc de Brabant qui l'année précédente, s'était marié avec l'archiduchesse Henriette, arrière-petite-fille de Marie-Thérèse.
Le 22 octobre 1861, les nouveaux bassins et les installations maritimes du Kattendyk furent inaugurés par le roi Léopold.
Nous terminerons en rapportant un acte d'une importance capitale : l'affranchissement de l'Escaut.
Depuis son établissement, en 1839, le péage de l'Escaut avait coûté plus de vingt-huit millions de francs au trésor belge. M. Rogier résolut d'affranchir le pays de ce tribut. Reprenant et activant les études et les négociations commencées par ses prédécesseurs, il proposa de racheter à la Hollande le péage du grand fleuve commercial : le capital du rachat devait être fixé à trente-six millions, dont le tiers environ serait payé par la Belgique et les deux autres tiers par les puissances dont les navires fréquentaient le port d'Anvers. La loi fut promulguée le i3 juin i863 et suivie d'un traité général pour le rachat d'une onéreuse servitude.
(l) D'après M. Hymans : Histoire populaire du règne de Léopold /or,