‹ Anvers et l'Exposition universelle, 1885Chapitre 17 sur 125 · LES PEINTRES · texte numérisé non relu

LES PEINTRES

(1 ) Cette célèbre confié]

etc , unis aux peintres et

E fondateur de l'École anversoise de peinture fut Quentin MeisfS. Ce n'est pas qu'avant lui notre ville n'ait point produit de peintres : on conserve dans la chambre des Marguilliers de St-Sauveur un Crucifiement peint vers i38o — mais ils n'y formaient point une école, parce que leur art n'y était pas dégagé de la solidarité qui les liait à d'autres professions.

Né en 1460 à Anvers, selon les uns, à Louvain, suivant les autres, Quentin Metsys fut d'abord forgeron ou batteur de fer. On lui doit les ornements du puits situé près de la cathédrale. D'après la tradition, cet ouvrage fut travaillé sans le secours de la lime. Le musée d'Anvers possède un magnifique tableau de cet artiste. Cette page magistrale nous montre le fini qu'il apportait à ses œuvres.

Michel Coxcie, dit le Raphaël, naquit à Malines. Il voyagea en Italie et rapporta de ce pays des études qui permirent aux peintres flamands d'alors d'apprécier les maîtres italiens dont Coxcie se rapproche beaucoup.

La première vocation de François De Vriendt, dit Floris, paraît avoir été la sculpture. En i537, étant alors âgé de vingt ans, il se rendit à Liège où il devint l'élève de Pierre Lombard, et il quitta entièrement le ciseau pour le pinceau.

Martin De Vos est né à Anvers en l53l, d'un père artiste. Sur les conseils de F. Floris, son maître, il alla visiter l'Italie. Après son retour à Anvers, la confrérie de St-Luc (1) l'admit à la maîtrise, en i558. La cathédrale, où il est enterré, possède un de ses meilleurs tableaux. Le musée n'en renferme pas moins de trente-deux.

Adam Van Noort était un peintre renommé, dont les ouvrages sont devenus très rares. L'église St-Jacques en possède un qui suffirait seul à la gloire du maitre, si les autres étaient perdus. 11 représente saint Pierre offrant au Sauveur, à Capharnaum, le poisson qui contient la pièce d'argent du tribut. A ce tableau magnifique il ne manque que la signature de Rubens pour être de lui.

t fondée le 26 Août i3S2, par les principaux artistes de notre ville, brodeurs,

s tard sous

de GUde de St-Lu<

Adam Van Noort fut le maître de Rubens, de Jordaens et de trentre autres peintres que mentionnent les gistres de la confrérie de St-Luc. Adam vécut jusqu'à l'âge de 84 ans, et put voir son heureux élève réaliser la

plus glorieuse carrière d'artiste qu'un homme puisse rêver.

Othon Van Veen ou Otho Venius, un autre maître de Rubens, naquit à Leyde, en i568. Il reçut dans sa ville natale les premières leçons de peinture d'Isaac Claes, dit Nicolaï; il travailla à Liège auprès de Dominique Lampson ou Lampsonius , peintre et poète, son biographe. En 1575, il partit pour l'Italie, et se rendit à Rome, où il se perfectionna dans la peinture chez Frédéric Zacchero. Il passa cinq ans en Italie, puis voyagea en Allemagne, retourna à Liège , où il devint page d'Ernest de Bavière, et vint enfin se fixer à Anvers; ce fut, paraît-il, au commencement

Pierre-Paul Rubens

de i5o,3. L'année suivante, il fut reçu franc-maître à la corporation de St-Luc. Un de ses plus beaux titres de gloire est d'avoir achevé l'éducation de Rubens.

Pierre- Paul Rubens est né à Anvers, en mai ou en juin 1577. En i5g8, il fut reçu franc-maître à la corporation de St-Lac. Le 9 mai 1600, il partit pour l'Italie, et visita d'abord Venise. Vincent de Gonzague, duc de Mantoue, l'attacha à sa cour et le retint pendant six ans, durant lesquels Rubens fit de fréquents voyages à Rome. En 1608, le duc de Mantoue l'envoya en Espagne, chargé d'une mission pour Philippe III, qui l'accueillit avec distinction. De

retour en Italie, il visita de nouveau les principales villes de la péninsule, dont chacune renfermait alors une école de peinture. La nouvelle de la maladie de sa mère le força de repasser les Alpes. Quand il arriva à Anvers,

sa mère n'était plus.

Pour se distraire de sa douleur, il voulut reprendre le chemin de l'Italie ; les Archiducs mirent tout en œuvre pour le retenir dans les Pays-Bas, et s'efforcèrent , d'après l'expression de Philippe Rubens, son neveu et son biographe , de se l'attacher avec deschaî- .

nés d'or. Un lien plus | puissant que celui de !

l'intérêt vint enchaîner Rubens à Anvers ; son mariage avec Isabelle Brandt, qui eut lieu le i3 octobre 160g, mit fin à tout projet d'expatriation.

En 1620, il fut appelé à Paris auprès de

Marie de Médicis, qui venait de fonder le Luxembourg et qui lui commanda d'y peindre son histoire. Rubens n'accepta qu'à la condition de pouvoir exécuter ces travaux à Anvers. Il avait à remplir vingt et une toiles énormes; il en acheva dix-neuf dans son atelier d'Anvers et, convoyant son précieux envoi, s'achemina vers Paris

Isabella Brandi

Première fumme de Rubens

Artistes Anversois

Pierre-Paul Rubens L'Élévation en Croix

Pierre-Paul Rubens La Descente" de la Croix

où il peignit sur place les deux plus grands tableaux, destinés à occuper le fond de la galerie. Deux ans lui avaient suffi pour accomplir cette tâche de géant, et encore avait-il trouvé le loisir de peindre une madone pour le baron de Vicq, ambassadeur des Archiducs à la cour de France, et avant sent retour à Anvers, il voulut faire encore le

portrait de ce seigneur et de sa femme. La manière de vivre de Rubens était simple, régulière, irréprochable, presque austère. Tous les matins, il assistait à la première messe, puis travaillait jusqu'à onze heures. Fréquemment, il se faisait lire, tandis qu'il peignait, un de ses auteurs favoris, Virgile, Plutarque ou Sé- ■nèque ; son esprit sérieux et profond lui faisait mépriser les livres frivoles. Il passait la soirée en famille, ou avec ses amis, le bourgmestre Nicolas Rockocx, le greffier Paul Gevaerts, le peintre Jean Breughel (de Velours). Un grand malheur vint l'éprouver, au milieu de cette calme existence: en 1626, il perdit sa femme,

Chaise de Rubens

qu'il aimait avec vénération. Le temps seul pouvait adoucir ses regrets ; il chercha à se distraire en voyageant. Il visita la Hollande et les ateliers des peintres de ce pays, dont les ouvrages si différents des siens le charmèrent par leur délicatesse. Ses ambassades, ses travaux, achevèrent de verser le baume sur sa blessure; mais il ne pouvait s'habituer au veuvage.: sa . maison lui semblait déserte. En i63o, le 6 décembre, quoiqu'il fût alors âgé de cinquante-trois ans, il épousa une jeune personne qui en avait à peine seize et qui se nommait Hélène Fourment. Malgré cette grande disproportion d'âge, ce second mariage fut aussi heureux que le premier.

Hélène Fourment charma la vieillesse deRubens comme Isabelle Brandt avait fait pour sa jeunesse et son âge m Les nombreux portraits qu'il a tracés de ces deux chères compagnes de sa vie les ont associées à son immortalité.

il se montra également

Chacun connaît la mâle beauté de la figure de Rubens que des milliers d'images ont popularisée, mais tout le monde ne sait pas de quelle belle âme elle était l'enseigne. L'estime qu'on avait pour son caractère égalait l'admiration qu'excitait son génie. Trop grand- pour connaître la jalousie, il était heureux quand il pouvait louer les ouvrages de ses confrères, môme de ceux qui se croyaient ses rivaux. L'envie que sa gloire excitait chez quelques peintres médiocres, loin de l'irriter contre eux, l'affligeait, et il cherchait à dissiper ces sentiments fâcheux à force de bonté et d'obligeance.

Ce prodigieux artiste aborda tous les genres :

peinture religieuse , histoire, portrait, paysage, animaux, joyeuses kermesses de village : partout

Jacques Jordaens, né

supérieur. II avait ce double don des natures complètes : la fécondité, l'universalité. Son génie enfantait incessammentles merveilles sans s'appauvrir, sans avoir trahi un seul instant l'épuisement ou la fatigue. Le dernier tableau qu'il ait peint est le Martyre de S. Pierre, que l'on voit encore à Cologne : c'est un de ses plus vigoureux chefs-d'œuvre.

Le 3o mai 1640, Rubens mourut d'un accès de goutte , à l'âge de soixante-trois ans. Il avait donné à l'art flamand sa plus magnifique formule et porté son école à ce haut degré de perfection où le progrès n'étant plus possible, un déclin prochain est inévitable. Ce déclin arriva quand la génération formée par Rubens fut descendue au tombeau.

Anvers en i5q3, fut aussi élève d'Adam Van Noort. Aucun peintre n'a poussé

1AECOUES ÏORDAENS

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plus loin que ce maître la science du coloris. Si son dessin eût été également bon ; si ses types n'eussent été trop

souvent vulgaires, il eût balancé la gloire de Rubens. Le manque de noblesse lui est habituel, mais il a prouvé qu'il était capable de surmonter ce défaut dans quelques-unes de ses œuvres qui sont comptées parmi les joyaux les plus brillants de l'école flamande. Son coloris éblouissant n'a pas suffi à lui assigner la seconde place dans cet Elysée; elle appartient à un autre Anversois, Antoine Van Dyck. Né en 1599, d'une famille de riches marchands, Antoine Van Dyck montra pour la peinture des dispositions si précoces que ses parents le placèrent dès l'âge de onze ans dans l'atelier de Henri Van Balen. Au bout de cinq ans, il passa dans celui de Rubens, dont il devint le meilleur élève.

La gloire de Van Dyck égale presque celle de Rubens. C'est un créateur moins puissant, mais plus poétique; moins vigoureux, mais plus fin; moins éclatant, mais plus suave, plus délicat, plus harmonieux. Rubens frappe, émerveille, enchante ; Van Dyck fait rêver. Rubens fait le poème du corps humain ; il l'éclairé, le pétrit, le tord, le retourne sous toutes ses faces ; il en démontre la poésie sous ses innombrables aspects ;

Jacques Jordaens Soo d'onde songen, soo pepen de jtmgen

Van Dyck semble ne voir dans le corps que l'enveloppe transparente de l'âme. Sa muse est plutôt celle de l'élégie que celle du drame ; il est plus intime qu'objectif.

Le type qu'il a le mieux peint est celui de la Vierge des douleurs, Mater Dolorosa. Les saintes femmes, debout au pied de la croix, ou reposant sur leurs genoux la tête du Christ mort, sont rendues avec une sensibilité attendrie qui remue les âmes. Elles pleurent de véritables larmes, sans que leurs traits, bouleverses par cette douleur qui ne veut pas être consolée, perdent rien de leur dignité.

Comme peintre de portraits, Van Dyck n'a pas de rival. La distinction, la finesse, une noblesse, idéale, la transparence des carnations qui permet pour ainsi dire de voir la vie palpiter sous la peau ; des attitudes chevaleresques, élégantes, aisées, fières sans fatuité ni dédain, sont les traits qui les caractérisent.

Van Dyck mourut à Blackfriars, en Angleterre, le 9 décembre 1641.

C'est encore à un peintre anversois, le créateur de tant de toiles charmantes, le poète des Kermesses brabançonnes, des joyeuses beuveries de paysans, des tavernes enfumées, des laboratoires d'alchimistes ; David

Teniers, enfin, qu'échoit la succession artistique de Van Dyck. C'est à David Teniers et à ses collègues, les doyens et anciens de la corporation de St-Luc, qu'Anvers est redevable de l'érection de l'Académie des Beaux-Arts. Sur leur demande, la Gilde obtint du roi Philippe IV une lettre patente datée du 6 juillet i663, autorisant l'établissement, dans le sein même de la corporation, d'une académie, formée sur le modèle de celles de Rome et de Paris. Jusque-là, les apprentis peintres avaient été formés dans les ateliers des francs-maîtres. Certes, l'abolition des jurandes devait faire tomber cet enseignement particulier : mais il ne nous est pas démontré que l'enseignement public des Académies ait produit des résultats meilleurs.

David Teniers mourut à Bruxelles, le 5 avril 1694, et fut enterré à Perck, près de Vifvorde, où il possédait un château. Nous ne ferons qu'indiquer brièvement les autres noms de la pléiade illustre qui gravitait autour de Rubens et de Van Dyck.

C'est d'abord Gaspard de Crayer, né à Anvers en 1 585 . Ses peintures religieuses se distinguent par un sentiment délicat, une couleur fine et argentée qui leur donnent un charme particulier.

Gonzalès Coques, né à Anvers en 161S, traita le portrait dans la manière noble de Van Dyck.

Le Jésuite Daniel Seghers, né à Anvers en iSgo, fut le plus célèbre peintre de fleurs de l'école flamande.

Qui, dans aucune école, à peint avec plus de force et de vérité les animaux et les fleurs que l'Anversois Jean Fyt (160g à 1661), et l'Anversois François Snyders (1570 a 1657) ? Les chasses de ce dernier ne le cèdent même pas à celles de Rubens.

Théodore Boeyermans, né en 1620, continua jusqu'à sa mort, arrivée en 1677 ou 1678, les grandes traditions de Rubens. Outre les tableaux de ce maître que possède le Musée, on peut admirer dans l'église St-Jacques une magnifique Assomption de la Vierge, qui orne l'autel placé à la droite de l'entrée du chœur.

Un des derniers peintres qui soutinrent avec éclat la renommée de l'école anversoise est Jean-Erasme Quellin, né en 1634 et qui vécut, à ce qu'on présume, jusqu'en 1715. Le nom de Quellin a été illustré par toute une dynastie d'artistes. Jean-Erasme était petit-fils d'Erasme, le vieux, sculpteur, et fils d'Erasme, le jeune, peintre de grand mérite, dont notre Musée possède d'excellents tableaux. Jeune encore, Quellin voyagea en Italie, et fut employé à de grands ouvrages à Rome, à Venise, à Naples, à Florence. Les vastes compositions de Paul Véronèse frappèrent surtout son imagination et il eut l'ambition de les égaler. Les essais qu'il tenta dans ce genre, à son retour en Belgique, appelèrent sur lui l'attention. Toutes les villes s'empressèrent d'avoir de lui des tableaux pour la décoration de leurs églises. Il travailla pendant seize ans à l'abbaye de St- Michel, d'Anvers, et y peignit entre autres tableaux ceux qui représentent les martyrs de Gorcum et la piscine de Bethsaïde, qui se trouvent aujourd'hui au Musée d'Anvers.

Ce dernier est un des plus grands qui aient été exécutés en Belgique et on le regarde comme son chefd'œuvre.

- Citons encore : François Goubau, né en 1622, dont on voit à l'église St-Jacques un Christ mort qu'on prendrait pour un Van Dyck ; les paysagistes Josse de Momper et Jean Wildens ; le peintre et graveur Paul Bril ; le peintre de fruits et de nature morte, Adrien Van Utrecht ; Pierre Van Mol ; Jean Cassiers ; Gérard Zeegers ; Théodore Rombouts, et tant d'autres, dont la nomenclature seule remplirait plusieurs pages. Venise au temps du Titien, Rome au temps de Michel-Ange, ne renfermaient pas un aussi grand nombre d'artistes qu'Anvers au temps de Rubens.

La seconde moitié du XVIIe siècle vit commencer la décadence de cette brillante école. Il y a une date fatale celle du traité de Munster, 1648, dont l'influence désastreuse se fit sentir dans les arts comme dans la politique et le commerce. Avec la fermeture de l'Escaut, tout mouvement s'arrête, dans le monde des idées comme dans le monde des affaires. D'ailleurs les sources mêmes du luxe étaient taries, et les beaux-arts sont un luxe.

Au xvni8 siècle, la Belgique sommeille. A son réveil, nous verrons quelques hommes d'élite ressaisir les traditions oubliées de l'époque de Rubens, pour jeter les fondements de l'école moderne.

« Les traditions delà couleur s'étaient perdues dans le cours du xviiib siècle, dit Van Hasselt, l'école de Watteau et de Boucher ayant déteint sur l'art flamand. » Arriva ensuite le système gris perle de David. Depuis quelques années cependant, un homme s'était rencontré à Anvers, que cette ville avait placé à la tête de son Académie et qui s'était repris à l'étude de nos grands maîtres du XVIIe siècle, de Rubens surtout. C'était Herreyns, dont le nom est presque inconnu aujourd'hui parce qu'il a laissé peu d'ouvrages, mais auquel est due la renaissance de la peinture flamande.

Van Brée recueillit la succession de Herreyns comme Directeur de l'Académie, dont il rehaussa l'éclat par son tact et son savoir et qu'il sut conduire avec succès pendant une des périodes les plus critiques qu'elle eut à traverser.

— So —

Après la Révolution Belge, la première Exposition artistique eut lieu à Bruxelles en 1834. Notre école y fut brillamment représentée ; Wappers, directeur de l'Académie, qui réforma complètement l'enseignement de la peinture et reprit l'étude des anciens maîtres ; Leys, son successeur à la direction de l'Académie, coloriste éminent, grand penseur et observateur judicieux; de Keyser, Wiertz, et Van Ysendyck se rattachèrent aux traditions des maîtres de l'art flamand par la voie que Herreyns leur avait indiquée.

ARCHITECTES — SCULPTEURS - GRAVEURS - IMPRIMEURS - MUSICIENS - SAVANTS.

Les autres arts plastiques, la sculpture, l'architecture et' la gravure avaient marché à Anvers de pair avec la peinture.

Jean Appelmans fut l'auteur du plan des tours de Notre-Dame.

L'architecture ogivale de la décadence vit surgir Herman de Waghemakere le vieux, ses fils Dominique et Herman le jeune, et Thierry de Coffermaker, qui ont dirigé les travaux de Notre-Dame, de St-Jacques et de la Bourse ; Pierre Colkies, qui bâtit à Louvain, en i5o3, cette belle Chartreuse qui faisait l'admiration de Juste- Lïpse ; Henri de Pas, qui dressa les plans de l'ancienne Bourse de Londres.

L'architecture de la renaissance produisit Corneille de Vriendt, l'auteur des plans de l'Hôtel de Ville et de la Maison Hanséatique.

Au siècle de Rubens, quelques peintres cumulaient les fonctions d'architecte. De ce nombre furent l'illustre Pierre-Paul lui-même, et Balthas ar Gerbier, qui devint intendant des bâtiments royaux d'Angleterre.

Moins nombreux que les peintres , les sculpteurs anversois ont soutenu au XVI* et au XVIIe siècle, ainsi qu'ils le font aujourd'hui, la renommée artistique de leur cité. Nous distinguerons parmi eux Barthélémy Van Raephorst, qui jouit de la faveur des ducs de Bourgogne. Toutefois nous ne connaissons de lui aucun ouvrage. Les premiers noms marquants sont ceux de l'illustre famille artistique des Quelim. Les deux Pierre Verbruggen Louis Willemsens, les deux André, les deux Jean et Robert Collyns de Noie, Guillaume Kerricx, Gérard Van Opstal, Jean Millich, Mathieu Van Beveren, Sébastien et René-Michel Slodts, Jean Cardon, Sébastien deNere, etc., ont joui, de leur temps, d'une grande réputation et rempli de leurs œuvres nos belles églises, que les ravages des iconoclastes avaient dénudées.

Parmi les sculpteurs citons particulièrement Jacques Jongelings, l'auteur de la fameuse statue du Duc d'Albe, que la vengeance populaire renversa dans la journée du 24 août 1577. Des débris de cette statue , le sculpteur Jean Couthals fit un crucifix qu'on éleva sur la place de Meir; il y resta jusqu'à la seconde invasion française. La croix fut alors abattue et vendue le 28 décembre 1797. Plus tard le propriétaire en fit don à la cathédrale, où elle se trouve placée au-dessus de la grande porte d'entrée.

Parallèlement à la célèbre école de peinture, se développa à Anvers une école de gravure qui en reproduisait les chefs-d'œuvre par le burin, et illustrait les nombreuses éditions des imprimeurs anversois.

La plus ancienne mention relative à l'imprimerie tabellaire qu'on ait rencontrée en Belgique, appartient à l'année 1442 : elle se trouve dans l'acte d'organisation de la Gilde de St-Luc. Les prenters y sont nommés, comme faisant partie de la corporation, après les enlumineurs, et à la suite des peintres, des sculpteurs et des vitriers. Les productions des graveurs sur bois du xve siècle ne sont guère que des objets de curiosité, estimés des collectionneurs comme les essais d'un art nouveau.

La gravure sur cuivre, inventée par le Florentin Marc Finiguerra en 1452, fut de bonne heure introduite en Belgique. L'influence de Rubens se fît sentir sur la gravure comme sur tous les autres arts. Le grand peintre y excellait lui-même et il prit plaisir à diriger de nombreux disciples. Ils reproduisirent ses belles pages avec une adresse merveilleuse. Le plus habile de ces interprètes de Rubens est Lucas Vosterman, le vieux. Lucas fut le plus célèbre graveur de son temps. Les quatorze planches qu'il exécuta d'après les tableaux de Rubens sont comptées parmi ies meilleures productions de son art. Il forma deux élèves dignes de lui : Lucas Vosterman, le jeune, son fils, Pierre du Pont du Pontices. Citons encore Martin Van der Goes et Nicolas Pitau ; Jean-Baptiste et Corneille De Wael; Jacques De Bie, Corneille Schut et Jacques Jordaens, les célèbres peintres; Henri Snayers; Guillaume Panneels, élève de Rubens; Jacques Fouquières, élève de Breughel de Velours; Pierre Clowet et Albert, son neveu; Pierre de Jode, îe jeune, élève de son père; Arnould de Jode, son fils; Jean Erasme Quellin et Théodore Van Thulden, peintres et graveurs; les trois Galle; les deux frères Bolswert, qui ont laissé

d'admirables planches d'après Rubens; Corneille Vermeulen, Guillaume De Leeuw, Jean Witdoeck, Quirin Boel et Rombaut Eynhoedts ; et enfin, le plus renommé des graveurs anversois, Gérard Edelinck, élève de Corneille Galle, le jeune.

L'époque où vécut Edelinck, de 1627 à 1707, prouve que la gravure avait échappé à la décadence générale qui entraîna les autres arts après le traité de Munster. Il passa la plus grande partie de sa vie à Paris, où il jouit de la protection de Colbert et de la faveur de Louis XIV. Il reçut une pension, le titre de graveur du Cabinet du Roi et un logement aux Gobelins. En 1677, il fut nommé membre et conseiller de l'Académie de peinture et de gravure et le Roi le décora de l'ordre de St-Michel.

L'opinion publique l'avait placé à la tète des graveurs de l'école française. Cette école était alors la première du monde, et c'était un Anversois, formé dans son art dans sa ville natale et par un maître anversois,

qui en était le chef. Il prouvait par son exemple que, si une cause fatale entraînait dans sa patrie les Beaux-Arts vers la décadence, ce n'était pas du moins parce que les hommes leur faisaient défaut.

Alost a élevé une statue à Thierry Maertens pour avoir introduit la typographie en Belgique, par l'impression, dans cette ville, en 1473, du Spéculum conversionis peccaiorum.

Cependant il est hors de doute que c'est à un imprimeur anversois, Mathys Van der Goes, que revient l'honneur de cette introduction : son livre est antérieur d'un an à celui de Thierry Maertens; il a pour titre : Het boeck van Tondalus Visioen, ghepreni î Anîiperpen bi mi Mathys Van der Goes,

Dans l'espoir , peutêtre, d'ouvrir à ses livres un plus vaste débouché, Thierry Maertens vint s'établir à Anvers, en 1476.

Le premier livre qu'il y

Le puits en fer forgé par Qiiinten Matsys

imprima : Rodulphi agricole opuscula, porte la date du 2 mai 1476. La même année il fit paraître encore \eSummaexperimentorum, sive Thésaurus pauperum.

Après ces deux publications , ses presses s'arrêtèrent; il ne reparait qu'en

Pendant l'absence de Thierry Maertens, unautre imprimeur s'était établi à Anvers, Gérard Leeu, qui avait introduit l'imprimerie à Gand vers 1477. Il arriva à Anvers en 1484, et commença la brillante série des imprimeurs-artistes (Konstdrukkers) qui illustrèrent la typographie anversoise au XVIe siècle.

De 1484 à 1493, ses presses produisirent plus de cent ouvrages divers.

L'atelier de Gérard Leeu fut repris, à ce qu'il parait, par Adrien Liesveld. Les autres imprimeurs du xv= siècle sont :

Godefroid Back, Eckert Van Stambosch, Jan Van Doesbosch, Michel Van Hoogstraten, Roland Van

den Dorpe, connu par l'Aller excellente Chronyke van Brabant, contenant beaucoup de gravures. Henri Van Rotterdam, Claus de Grave, qui n'ont rien produit de remarquable, ouvrent aussi le XVI« siècle, qui fut l'ère de splendeur pour la typographie anversoise.

Avec l'aide des graveurs sur bois et sur cuivre, les imprimeries artistiques produisirent ces magnifiques ouvrages devant lesquels la parcimonie moderne recule épouvantée. Nous citerons en ce genre les livres d'architecture de Vitruve, publiés à Anvers par Pierre Coeck; les impressions de Gérard de Jode 'et de Liefrinck Depuis le milieu jusqu'à la fin du xvi« siècle, les marchands d'estampes et de livres illustrés sont innombrables Anvers était peut-être alors le foyer le plus actif de l'imprimerie et de la gravure de l'Europe entière II faudrait tout un volume pour dresser la bibliographie de tous les livres historiés publiés à Anvers pendant le xvi" siècle

— Sa —

C'est surtout en substituant les planches en cuivre ou la gravure en taille-douce, aux planches en bois pour l'illustration des livres, que l'imprimerie anversoise obtint un immense succès. Anvers, la première, opéra cette substitution sur une grande échelle. Un de ses artistes, Gabriel Tavernier, eut l'honneur d'introduire la taille-douce en France. Il s'était établi en i5y3 à Paris et avait obtenu du Roi le titre de graveur et imprimeur en taille-douce de S. M.

Une spécialité de l'imprimerie anversoise au XVIe siècle était les atlas de géographie. Le Théâtre du monde, d'Abraham Ortélius, publié en 070 chez Egide Coppens, de Diest, et {'Atlas de Gérard Mercator, sont les premiers et les plus célèbres recueils de cartes de géographie publiés depuis l'invention de l'imprimerie. Les livres de botanique, enrichis de gravures, et les livres de musique formaient d'autres spécialités.

Christophe Plantin est le Rubens des imprimeurs anversois ; la gloire de toute un génération s'est absorbée dans son nom. Né à Montlotiis en îSlq, il vint s'établir à Anvers après avoir fait son tour de France comme compagnon imprimeur. Le premier livre qu'il fit paraître porte la date de i555 : l'Institution d'une fille de noble maison, en italien et en français, avec une préface signée de lui.

La plus célèbre des éditions de Plantin est sa bible polyglotte, commencée en 1569 et terminée en 1372.

La Cour du Musée Plantin.

Les temps étaient difficiles, et cette entreprise gigantesque poursuivie au milieu des troubles civils et de la crise de l'industrie et du commerce, aurait complètement ruiné Plantin sans l'ordre qu'il avait maintenu dans ses affaires, sans sa persévérance et sa fermeté. Lorsque, quatre ans plus tard, le célèbre de Thou visita 1' ' Archilypographie Plantinienne, titre consacré par un diplôme de Philippe II, en l'année 1571, il y vit encore dix-sept presses roulantes.

Plantin avait épousé Jeanne de la Rivière, dont il n'eut qu'un seul fils, qui mourut à peine âgé de douze ans; mais il lui resta trois filles. L'aînée, mariée à François Rapheling, obtint pour sa part la maison qu'il avait fondée à Leyde; la seconde, Marguerite, unie à Jean Moretus ou Moerentorf, hérita de la maison d'Anvers ; et la troisième, Madeleine, femme de Gilles Beys, continua la maison fondée à Paris. L'avantage resta à la maison d'Anvers. Après la mort de Plantin, arrivée le 1" juin i58g, son gendre Jean Moretus, et son petit-fils, Balthasar Moretus, soutinrent avec éclat la renommée de l'imprimerie Plantinienne. Les Moretus admis dans les rangs de la noblesse, ont conservé à leur blason, forgé dans l'atelier d'un artisan, la noble devise de Plantin : Labore et Constantiâ.

Enfin, pour qu'il ne manquât aucun fleuron à la couronne artistique de notre cité, l'art musical eut aussi à Anvers d'importantes obligations. Les chanoines de Notre-Dame avaient organisé un chœur de musique qui

Vues du Musée Plantin-Moretus à Anvers.

L'Mel.cr typographique : les déni vieille, presses. 2. La chambre des correcteurs - 3. Le grande cour intérieure. - 4. L'escalkr d In petite bibliothèoue 5. L, «11= de. gravures et d.ss.us (re-dcchaussée). - 6. L'escalier du proracuoir. - ^L» chambre de Juste-Lipse. - 8. Uj££ à BatthS tfaSÏÏ '

Dessins de A. Hei.\s, Gravure de Kellendaci, et Ost.

fut le berceau, non seulement de l'école de musique belge, mais encore de celles de toute l'Europe. - C'est une vérité reconnue et établie -par tous les historiens de la musique, dit M. F. Fétis, que, dès la fin du xV siècle, quelques célèbres musiciens belges ont été les maîtres qui instruisirent les autres nations dans leur art ; et que dans tout le cours du xvie, leurs compatriotes ont brillé en Italie, en France et en Allemagne, et y ont occupé les positions de maîtres de chapelle des papes, des empereurs et des rois. Mais où s'étaient formés ces premiers artistes mentionnés par l'histoire? C'est ce qu'on ignorait. »> Les découvertes faites dans les archives de la cathédrale par M. Léon de Burbure ont dissipé tous les doutes à cet égard. « Là, existaient dès le xnf siècle, un chœur de musique bien organisé, une maîtrise où des enfants de chœur étaient instruits et entretenus aux frais du chapitre, et enfin, un maître qui dirigeait leurs études ainsi que la musique du chœur. Dès i435, nous connaissons le nom du maître qui remplissait ces fonctions et qui resta en possession de sa place pendant cinquante-sept ans, c'est-à-dire, jusqu'en 1492. Or, ce maître devait être un homme de grande valeur dans son art, car il avait sous sa direction, dans un chœur qui ne comptait pas moins de soixante-dix-sept chanteurs, tous les grands musiciens du XV" siècle, parmi lesquels nous trouvons les noms de Jean Ockeghem, de Jacques Obrecht, de Cockx, de Jean et de Gérard de Thurnhout, de Ducis et de beaucoup d'autres. Jacques Barbiriau qui enseignait déjà à la maîtrise de cette église en 1436, et fut nommé définitivement maître des enfants de chœur en 1448, avait eu pour élèves Jean Ockeghem, et beaucoup d'autres musiciens belges. Plus tard, Ockeghem, admis comme chantre du chœur de gauche (les chantres de l'église de Notre-Dame étaient divisés en deux chœurs : celui de droite était composé de vingt-six voix, celui de gauche, de vingt-cinq) commença à recevoir des jetons de présence à la St-Jean de l'an 1443; il se retira l'année suivante pour aller en France fonder l'école célèbre d'où sont sortis Guillaume Crespel, Josquin Deprés, Antoine Brumel, Pierre de La Rue, Louis Compère, Alexandre Agricola, Gaspard Van Veerbeke, Verbonet et Prioris.

« Après le départ de ce grand maître, Barbiriau continua d'enseigner jusqu'en 1488 et forma plusieurs grands musiciens qui s'illustrèrent dans la suite. Obligé de se retirer alors à cause de son grand âge, quoiqu'il n'ait cessé de vivre que le 8 août 1491, il eut pour successeur, dans la place de maître des enfants de chœur, Jacques Obrecht, grand artiste qui, après avoir dirigé le chœur de la cathédrale d'Utrecht depuis 1467, abandonna cette position pour venir continuer la tradition d'un savant enseignement, jusqu'en 1504 : il mourut deux ans après. Plus ancien que Josquin Deprés d'environ quinze à vingt ans, Obrecht fut l'homme le plus habile de son temps dans l'art d'écrire avec élégance et correction. »

Par une bulle du 1™ décembre 1410, le pape Jean XXIII, à la demande du duc Antoine de Bourgogne, du aùyen et du chapitre de l'église Notre-Dame, affecta douze chapelleries à l'entretien d'un corps de chanteurs. En 1421, le chapitre achète une maison, située au marché au Lait, affectée au logement des maîtres de musique et des choraux.

Au XV siècle on trouve inscrits comme chantre dans les registres de l'église, plusieurs noms célèbres, tels que : Egide Cartier (1449), Corneille Canis (1463), Jean Piloy (1477), Jacotin (1479), Hans Sachs, que nous croyons être le célèbre poète allemand, Ant. de Viae et Olivier de la Marche (l'historien?) 1483).

Hubert Waelrant,[né à Anvers en 1517, faisait partie de l'école de musique de la cathédrale en 1544, et peut être considéré comme le réformateur de l'art musical. Il augmenta le diapason et compléta la gamme qui, dans ce temps-là, ne se composait que de six notes. Ses ouvrages furent publiés à Anvers, à Venise et à Louvain. Il mourut dans sa ville natale en i5g5 et fut enterré à Notre-Dame. Vers la même époque André Pevernage fit également ses études dans la maîtrise de la cathédrale d'Anvers. Il établit plus tard des concerts périodiques dans lesquels il fit entendre non seulement ses compositions, mais encore celles des maîtres les plus renommés de la Belgique, de l'Italie et de la France. Anvers était un foyer d'activité artistique ; Pevernage eut beaucoup d'auditeurs et contribua à populariser le goût de la musique. On peut le considérer comme l'organisateur des premiers concerts donnés dans notre pays.

Le doyen du chapitre, Jean del Rio, fonda des bourses d'études pour ses parents et pour les musiciensenfants de chœur de l'église de Notre-Dame.

A côté des musiciens et des compositeurs d'élite, on trouvait aussi à Anvers des fabricants d'instruments, et en premier lieu, des facteurs de clavecins. En 1557 huit d'entre eux font la demande d'être admis dans la corporation de St-Luc. Cette admission eut lieu le 28 mars de la même année. Parmi ceux qui font cette demande se trouve un facteur d'orgue : Jan d'Orgelmakere.

Un célèbre facteur de clavecins, Jean Buckers, a été loué par M. F. Fétis dans son Dictionnaire des musiciens. On connaît quatre artistes de ce nom.

Les sciences et les lettres n'établissent pas d'ordinaire leur siège dans les villes de commerce. A aucune

époque de son histoire cependant elles n'ont cessé d'être cultivées "à Anvers, comme le prouveront les noms suivants :

Jean Van Boendale, dit de Clerc, né à Tervueren, vint se fixer à Anvers vers 1310 et devint secrétaire de la ville. Ce fut probablement vers cette époque, sur la demande de lecoutète Guillaume Bornecolve, qu'il écrivit sa chronique rimée : De Brabantsche Yeesten, manuscrit que le savant Willems a publié de nos jours. — Van Boendale fut chargé par la ville de plusieurs missions importantes et mourut en i35o.

Christophe Butkens, né à Anvers en 1590, abbé de St-Sauveur, mort en i65o, historien et généalogiste très estimé. Auteur des Trophées du Duché de Brabant.

J. B. Grammaye, né à Anvers en i58o, mort à Lubeck. Il parcourut pendant trois ans les Pays-Bas, consultant partout les archives et les antiquités, mission rendue souvent difficile par des vanités et des prétentions locales. — Il a publié plusieurs ouvrages, entre autres : Historia Brabantica, Antïquïtates ducaius Brabantiœ.

Corneille Grapheus (en flamand De Schrijper) poète et philologue, né à Alost en 1482, mort à Anvers en i558. La régence d'Anvers lui accorda le droit de bourgeoisie et le nomma greffier de la ville. Il inclina d'abord vers les doctrines de Luther, puis il se rétracta et témoigna de son retour à l'orthodoxie romaine par un poème contre les Anabaptistes.

Emmanuel Van Meteren, né en i535, mort en 1612. Obligé de s'expatrier, ce fut à Londres qu'il écrivit son Histoire des troubles des Pays-Bas.

Sandérus, né en 1586, mort en 1664, publia différents ouvrages précieux pour l'iconographie de l'art monumental en Belgique; entre autres: Flandria illustrata, 2 vol. in-fol. et Chorographiœ sacrœ Brabantice, 3 vol. in-fol.

Alexandre Grapheus, fils de Corneille, vivait dans la seconde moitié du XVIe siècle et fut, comme son père, secrétaire de la ville d'Anvers.

Gevaerts ou Gevartius, littérateur et jurisconsulte, né à Anvers en i5g3, mort en 1666, devint secrétaire de la ville et fut nommé conseiller d'Etat et historiographe par Ferdinand III.

Antoine Anselmo, né vers la fin du xvie siècle, mort en 1668, fut échevin de la ville et laissa plusieurs ouvrages de droit public.

Stockmans, jurisconsulte distingué, né en 1608, mort en 1671.

Van Valckenisse, né en i63o, secrétaire-conseiller de la ville d'Anvers; ses travaux historiques et généalogiques sur la ville et les familles anversoises, lui ont assigné une place distinguée parmi les savants du XVIIe siècle. Le jésuite Papebrock, auteur des Annales Antverpienses, collaborateur de Bollandus aux Acta sanctorum . Les sciences naturelles comptèrent des représentants distingués au XVIe siècle. Les médecins Jean Ferreulx, Michel Baudewyns, Lazarus Marquis, tracèrent la voie à la science médicale de nos jours. Ils publièrent des instructions populaires en flamand, dans le but de débarrasser le peuple des empiriques et dis ingrédients auxquels les croyances populaires du moyen âge attribuaient des vertus spécifiques. Le pharmacien Pierre Coudenbergh fit connaître les propriétés des plantes exotiques, et introduisit leur culture à Anvers, près d'un siècle avant qu'elles fussent connues du reste de l'Europe. On lui a élevé une statue. Un mathématicien célèbre, Jean délia Faille, mort en 1652, exposa la théorie du centre de gravité avant Paul Gulden auquel on l'a attribuée à tort. André T acquêt publia un manuel sur l'algèbre, qui durant les xvf et xvif siècles, eut différentes éditions en Belgique, à Amsterdam et même à Naples.

Abraham Ortélius, né à Anvers le 2 avril 1527, fut le Ptolémée du xvT siècle. Son Théâtre du monde, dit M. de Macédo, est un monument précieux pour l'histoire de la géographie; il a été la base de tous les travaux géographiques entrepris depuis. Ce savant illustre, par lequel nous clôturons cette liste, mériterait au moins autant que Coudenbergh qu'on lui érigeât un monument. Une dalle funèbre à demi effacée, dans le pourtour du chœur de Notre-Dame, voilà tout ce qui rappelle son nom aux Anversois :

Abrahamo Ortelio

Antwerpiano

Geographo Regio

Fratri Carissimo

Anna Ortelia Celebs

Qelibi H. M. F. CIDIDXCVIII

Nous ne pourrions pas clôturer cette brillante page de l'histoire de la métropole des arts sans rendre

hommage à notre écrivain national, à Henri Conscience.

Conscience est né à Anvers le 3 décembre 1812, dans la rue de la Pompe, près de l'église Saint-André.

Pierre Conscience, son père, était Français de Besançon, et avait servi dans la marine de guerre impériale jusqu'au grade de chef timonier auquel il fut promu à bord de la canonnière la Ville-de- Bordeaux. Pendant la campagne, les Anglais le firent prisonnier à trois reprises différentes, et après avoir subi une longue et dure captivité sur leur pontons, il dut enfin la liberté à un échange. Il alla s'établir à Anvers où il obtint un emploi de contremaître ou de sous-inspecteur des chantiers impériaux. Quelque temps après, il épousa une Flamande : de cette union naquit Henri Conscience.

Conscience avait dix ans lorsque son père résolut d'aller habiter la campagne et se construisit à cet effet, à un quart de lieu de l'ancienne enceinte fortifiée d'Anvers et à un endroit alors fort retiré, connu sous le nom de Coin vert, sur une sorte d'ermitage tenant à la fois du bateau et de la maison, pénates amphibies composées d'épaves et de vieux bois de navire, enfin quelque chose comme cette maison de

Mister Peggoty décrite par Dickens dans son David Copperfield.

Le Coin vert n'existe plus aujourd'hui; les épaves momentanément rajustées ont subi une dispersion définitive ; c'en est fait de la pleine campagne qui entourait l'ermitage. Les champs cultivés, les drèves sombres aux épaisses frondaisonsont cédé la place à la ville ./■■:>—' -,». , envahissante; de com- ■■'?!■■£& ■*"'

pactes pâtés de maisons à quatre étages croisés par des rues passantes et bruyantes enlèvent jusqu'au moindre vestige des pâturages luxuriants, des futaies sylvestres d'antan; et le sifflet des tramways ou des locomotives, le roulement des roues sur les pavés et par instants les rugissements des lions du Jardin Zoologique, proche de là, remplacent le silence, la paix

Henri Conscience.

quelques-unes des plus belles années du romancier.

C'est là, en effet, que s'éveilla en lui cet ardent et filial amour de la nature dont tous ses livres sont empreints si vivement.

Un jour, Pierre Conscience, qui n'a pas entendu dans la campagne les mystérieux et invisibles génies commensaux de son fils, se dégoûte de la solitude et se remarie. L'ermitage du Coin vert est vendu . L a famille Conscience se fixe à Borgerhout.

Henri avait alors seize ans. C'est là que venait le surprendre our le mêler à leur déroulement dramatique, à leurs péripéties agitées, les événements mémorables de i83o.

A Borgerhout existait alors une institution dirigée par un habile notions requises, fut bientôt investi

les

de l'asile qui abrita

pédagogue du nom de Verkammen. Henri, après y avoir complété

des fonctions de sous-maître pour les classes inférieures.

Le 3o novembre i83o, étant à Turnhout , Henri Conscience est nommé fourrier dans la troisième compagnie du troisième bataillon des chasseurs Niellon.

Le jour arrive, le 21 mai i836, où Conscience est rendu à la vie civile. Son volontariat expiré, il rentre a Anvers dans sa famille et fréquente assidûment les jeunes peintres et les écrivains dont il a fait la connaissance. Il se lie aussi avec Théodore Van Ryswyck, le poète populaire anversois, une des originalités les plus franches de la littérature néerlandaise. Celui-ci l'engage à se présenter à YOlijftak.

L Ohjftak ou la Branche d'olivier était une société artistique constituée sur le modèle des anciennes chambres de rhétorique, mais composée des novateurs les plus enthousiastes du mouvement moderne. Elle représentait en ce moment l'école flamande par ses tendances les plus vivaces, les plus généreuses.

Le célèbre Wonderjaar était le premier roman historique, un plein succès pour le jeune écrivain.

En i838 Conscience acheva son second roman historique, le Lion de Flandre. Malgré les éloges et les félicitations que l'apparition de cet ouvrage lui valut de la part des artistes flamands, la littérature était loin de lui rapporter de quoi vivre. Après l'édition du Lion de Flandre, Conscience devait encore

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