LES COMMENCEMENTS DE LA VILLE
Nous avons vu que les premiers habitants d'Anvers furent des Belges appartenant à la Ménapîe, appelée Taxandrie par les Romains parce qu'il y croissait une grande quantité d'ifs {Taxi). Les Ganerbiens
titule en 726 prince d'Anvers, n'est autre, comme son nom l'indique, qu'un chef Saxon. C'étaitle chef des Ganerbiens de l'Escaut, unis par fédération à d'autres associations de ce genre, établies sur le Weser, l'Elbe et le Rhin.
Ainsi s'expliquent à la fois et le nom d'Anvers et ïêdificaûon du Château, berceau de la ville, et comme nous le verrons plus tard, l'exis-
ou Anverpiens, de race Anglo - Saxonne, établis sur la rive droite de l'Escaut, dans un lieu favorable au commerce maritime, dune défense facile puisqu'il formait une sorte d'ile entre le fleuve et une vaste contrée submergée, y auront mis leurs établissements à couvert derrière de solides murailles crénelées et flanquées de tours.
Le Rohingus, qui s'in-
Le Burdit, bc
de la ville
tence, plusieurs siècles avant l'organisation de la commune, d'un échevinage conforme aux vieilles coutumes de la Germanie. On ne sait rien de l'histoire d'Anvers durant les années qui précédèrent l'arrivée des
Normands. La mention d'un droit de tonlieu en l'an 726 est une preuve évidente d'un commerce d'une certaine importance. Toutefois, ce n'était encore qu'une très petite bourgade, dont la population ne s'élevait guère qu'à quelques centaines d'habitants, exclusivement livrés au commerce et à la pêche.
La prospérité naissante d'Anvers fut brusquement interrompue par l'arrivée des Normands. Ces pirates s'emparèrent en 837 du château des Anwerpiens, pillèrent et incendièrent leurs habitations et renversèrent l'église bâtie par saint Amand. Ils mirent le produit de leurs rapines en sûreté dans le château d'Anvers, dont ils relevèrent les murailles.
Les Normands demeurèrent maîtres . d'Anvers même après la défaite de leur chef Godfried, vaincu à Louvain par Arnould de Carinthie en 893. Ils ne se retirèrent probablement qu'après le traité de St-Clair-sur-Eyste, par lequel Charles le Simple leur abandonna la plus grande partie de la Neustrie sous le nom de Duché de Normandie.
Nous reproduisons ci-après deux sceaux : le premier, celui de gauche, est l'un des plus anciens sceaux connus de l'abbaye de St-Michel; le second, qui porte la légende : Sigillum monarchiœ Anùverpiensis est le sceau du Marquisat, du nef de bannière du Saint-Empire.
Il est permis de conjecturer que, pendant près de soixante ans qu'avait duré l'occupation d'Anvers par les Normands, les institutions du vieux Ganerbiat saxon avaient disparu. Ce ne fut que lentement qu'Anvers put se relever de ses ruines. Pendant tout le cours du Xe siècle son nom n'est pas mentionné; il ne reparaît qu'au moment de son érection en Marquisat du Saint-Empire. Quand Othon I renouvela l'Empire d'Occident, qui n'était plus que l'Empire germanique, Anvers forma une Marche ou un Marquisat. Le Marquisat d'Anvers était divisé en neuf cantons ou quartiers.
En 1008, le Marquisat d'Anvers fut donné à Gothelon, comte d'Ardenne et de Bouillon, qui devint
Façade d'une maison du XVI" siècle (située rue du Fromage).
duc de Basse-Lotharingie. Depuis, le titre de Marquis d'Anvers demeura uni à celui de Duc de Lothier, et quand Godefroid VI, le héros immortel de la première croisade, mourut sans postérité sur le trône de Jérusalem, le Marquisat et le Duché passèrent d'abord aux mains de Frédéric, comte de Limbourg, puis à celles de Godefroid le Barbu, comte de Louvain.
Nous savons qu'un certain nombre d'Anversois suivirent Godefroid de Bouillon à la première croisade. On sait aussi que, lorsque la grande armée des croisés arriva près des côtes de la Cilicie, elle y fut rejointe par des pirates qui, depuis huit ans, croisaient dans les mers d'Orient et s'étaient enrichis des dépouilles des infidèles. Ces pirates étaient des Flamands, des Frisons et des Anversois. Leur chef se nommait Guinemar et, par une singulière coïncidence, on l'appelait, du lieu de sa naissance, Guinemar de Bouillon. Ils abandonnèrent leurs navires pour suivre l'armée chrétienne à la conquête du St-Sépulcre.
Mais revenons à l'histoire de notre ville.
On ne sait exactement en quelle année cette pilla fut entourée la première fois de remparts. On sait seulement que ce fut sous le règne de Godefroid le Barbu (1106-1140). Il est probable que ces remparts n'étaient qu'un ouvrage en terre garni de palissades et entouré d'un fossé. La ville devient alors un oppidum.
Le Bourg, cependant, demeurait la principale défense de la ville. Les ducs de Brabant en avaient confié la garde, à titre de bénéfice héréditaire, aux seigneurs de Diest, qui s'intitulaient Burggraves d'Anvers.
Le premier seigneur de Diest qu'on trouve investi de ce titre est Arnold, qui vivait en l'an 1268. Sa descendance masculine s'éteignit en 1432. Après avoir subi divers échanges, le burggraviat d'Anvers échut, par voie d'achat, à Guillaume, duc de Juliers, qui l'échangea en 1490 avec Engelbert de Nassau, seigneur de Bréda et de Leck, dont les descendants, aujourd'hui rois de Hollande, portent encore parmi leurs titres celui de Burggrave d'Anvers. Les ducs de Brabant favorisèrent le commerce par une protection efficace, par des privilèges et des exemptions de péages. Le besoin de sécurité pour les transactions commerciales devint un des plus puissants stimulants pour les immunités de la bourgeoisie, et l'une des principales causes qui portèrent les bourgeois à faire préciser et consacrer leurs droits, sous la garantie du sceau de leur prince, dans les chartes communales. Bientôt la ville se trouva trop petite et, sous le règne du duc Henri I, les limites de la première enceinte furent reculées. Cette fois on ne se borna plus à élever de simples ouvrages en terre : on construisit de solides murailles revêtues en pierre et flanquées de fortes tours.
Rien ne prouve mieux, assurément, la prospérité d'Anvers au xme siècle et le rapide accroissement de la population que la nécessité où l'on se trouva, par trois fois, d'agrandir son enceinte.
Alors Anvers devint une véritable ville. Elle a perdu son caractère rustique ; la" commune s'organise. Le pouvoir administratif, exercé jusque-là par le châtelain du Bourg et les officiers du Duc, passe aux mains des échevins. Les métiers
Le développement du Burghî.
se groupent en corporations.
Des édifices publics s'élèvent.
Et non seulement la ville, oppidum, mais la commune, civitas, fut constituée. La personnification civile et politique est constatée par la construction d'un hôtel de ville, édifice qui est sa propriété et sur lequel le châtelain du Bourg n'exerce plus aucune autorité.
Quand le système communal eut prévalu partout autour d'eux, les habitants d'Anvers eurent peu de chose à faire pour mettre
leurs institutions en harmonie avec celles des villes voisines, puisées d'ailleurs aux mêmes sources et animées du même esprit. Leurs coutumes, jusqu'alors transmises verbalement, furent écrites; les ordonnances des magistrats, formulées en statuts, afin de les mettre sous la garantie du pouvoir souverain. De là, les Chartes de nos Ducs.
La Charte constitutive, en quelque sorte, de la ville d'Anvers, est datée de 1290, et a pour auteur Jean I, duc de Brabant. C'est aussi la même année que paraît la Loi d'Anvers (Core van Antwerpen), recueil des statuts et ordonnances des magistrats.
Nous ne pouvons résister au désir de mettre sous les jeux du lecteur la fi ère déclaration par laquelle
s'ouvre le statut intitulé
« Dans la ville et franchise d'Anvers, tous les hommes sont libres, et il n'y a point d'esclaves. » Pour devenir bourgeois d'Anvers il suffisait de se présenter un vendredi devant les échevins siégeant au Vierschare, de faire connaître par un certificat légal son dernier domicile et sa bonne conduite, d'acquitter un droit de 20 sols, monnaie de Louvain, et enfin de prêter serment, en présence de l'écoutiges de ce monument historique :
nous représente.
l'état des personnes » :
elle
Le Burght actuel.
conservé, des ruines du
iurgt3 ce que
tète et des échevins, conformément à la vieille formule, tandis qu'un personnage qu'on ■ appelait la Verge rouge annonçait au son de la trompette que la commune venait de s'enrichir d'un nouveau citoyen.
Pleine de déférence pour le Burgt, cet antique témoin de la naissance de notre cité, la Ville n'a pas permis que la pioche des démolisseurs fît disparaître tous les vesla gravure ci-dessus