‹ Anvers et l'Exposition universelle, 1885Chapitre 6 sur 125 · REGNES DE JEAN II ET DE JEAN III · texte numérisé non relu

REGNES DE JEAN II ET DE JEAN III

Jean I, dont le règne avait été si favorable au développement des franchises communales et du commerce anversois, mourut, en 1294, des suites d'une blessure reçue dans un tournoi.

Son fils et successeur, Jean II, était à Londres quand ia nouvelle de la mort de son père lui parvint. Il se hâta de revenir pour prendre possession de l'héritage paternel.

Un des actes les plus importants posés par ce prince fut la charte donnée en i3i2 et connue sous le nom de charte de Cortemberg. Ce document peut être regardé comme le premier essai d'une représentation nationale en Belgique.

L'Assemblée de Cortemberg, constituée par ce décret, était composée

Ancienne Chapelle de l'Hospice de St-Julien fondée en l'an i3o5, à la rue Haute.

de nobles et de roturiers représentant les principales villes du pays. Ces députés devaient tenir toutes les trois semaines une assemblée à Cortemberg <• tant pour y examiner « et connaître, corriger et.

« redresser les abus et les « défauts qui pourraient « s'être glissés par le passé « dans l'administration du « pays, ou qui pourraient « s'y introduire dans la « suite, que pour porter « les statuts etdécrets qu'ils « croiraient utiles au bien « public. »

Il est aussi stipulé dans la charte « que tous « les statuts et décrets « portés par l'assemblée « de Cortemberg, seraient « dès maintenant ratifiés « par le Duc et ses suc- « cesseurs , et que, s'il « arrivait que l'un ou « l'autre des Ducs vînt à

« les enfreindre, ou refusât de les observer, les sujets seraient autorisés à refuser le service jusqu'à ce que le « prince se fût conformé à ces décrets. »

Jean II avait acquis, par achat, la Seigneurie de Marines. Pour rétablir son autorité et l'ordre dans cette ville, livrée aux fureurs de la populace, le Duc leva une armée et vînt mettre le siège devant Malines. Il équipa à Anvers une flotille commandée par Van Borne qui rencontra celle des Malinois à

Rupelmonde. Les Malinois furent presque tous tués, pris ou noyés. Cette défaite les força à se remettre à la discrétion du vainqueur, qui se contenta de les condamner à une forte amende.

A Jean II succéda son fils Jean III.

Le commencement du règne de ce prince fut marqué par trois effroyables fléaux, auxquels Anvers paya un large et douloureux tribut.

Des pluies incessantes empêchèrent toute récolte.

La conséquence de cette première calamité fut une famine affreuse. « Si grande était la misère du « peuple, dit un historien de l'époque, que nul ne le pourrait raconter ; car les gémissements et les pleurs « que l'on entendait parmi les pauvres eussent attendri les pierres. Ils gisaient le long des rues, se lamen- « tant et poussant de grandes plaintes ; et leurs corps gonflaient par l'effet de la faim, et ils mouraient « enfin de misère, en si grand nombre, qu'on les portait en terre par dizaines, et qu'on en jetait dans une « même fosse jusqu'à soixante et plus. »

La peste, cette terrible peste noire, qui fit tant de ravages en Europe, n'épargna pas les malheureux habitants d'Anvers.

Disons encore que pendant que tous ces fléaux sévissaient, la menace d'une guerre resta suspendue sur la tête des Anversois ; mais heureusement cette calamité leur fut épargnée.

Ce fut sous le règne de Jean III que se firent jour les compétitions au trône de France, devenu vacant par la mort de Charles le Bel. Edouard III, roi d'Angleterre, qui avait des prétentions à cette succession, chercha des alliés parmi les princes belges. Il vint faire un assez long séjour à Anvers, s'occupant fort activement de susciter des ennemis à son rival (Philippe de Valois), et s'apprêtant à entrer en campagne, aussitôt que la saison le permettrait.

Le séjour de la famille royale et de la brillante noblesse qui l'accompagnait fut pour Anvers une abondante source de profits ; mais on dit qu'Edouard, frappé de la grande prospérité de la Flandre et du Brabant, prospérité due en majeure partie à la fabrication du drap, résolut de convertir l'Angleterre, jusqu'alors agricole et commerçante, en une vaste manufacture : les effets de cette concurrence ne tardèrent pas de se faire sentir en Belgique.

Jean III octroya diverses chartes aux habitants d'Anvers. Dans une de ces chartes, il stipule que «c toute personne demeurant à Anvers ou y arrivant, peut toujours exiger que justice lui soit rendue, les « bourgeois selon le droit coutumier de la ville, les étrangers selon les lois de leur pays.»

Dans une autre, on lit que « les marchands étrangers qui résident dans la ville d'Anvers, ainsi que « leur ménage, sont libres, et il leur est loisible de continuer de demeurer dans la ville, nonobstant qu'il « survienne quelque guerre entre leur pays et le Duc ou les pays qui lui sont soumis. Cependant, s'il « plait au Duc, il peut leur interdire le séjour de la ville, mais après cette défense faite de la part du Duc, « ils ont encore trois mois pour partir librement et en sûreté, avec leurs biens et leur famille, sans que, « durant ces trois mois, ils puissent être inquiétés dans leur personne ou dans leurs biens. »

Toutes ces dispositions portent la marque d'un esprit sage et d'une sollicitude éclairée pour les intérêts commerciaux; Jean III fut un des princes qui ont acquis le plus de titres à la reconnaissance des Anversois.

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