‹ Anvers et l'Exposition universelle, 1885Chapitre 68 sur 125 · A. Theivfik-Pacha, Khédive d'Egypte · texte numérisé non relu

A. Theivfik-Pacha, Khédive d'Egypte

contrèrent à Nisibi; ces derniers complètement battus laissèrent sur le terrain cinq mille morts, 5o canons et un immense matériel.

Constantinople paraissait de nouveau à la merci de l'Egypte; mais l'intervention des puissances européennes sauva la Porte.

L'Angleterre souleva la Syrie ; le Vice-Roi fut contraint de traiter avec l'amiral Napier et dut consentir à évacuer cette province.

A la suite de ces événements, le sultan Abdul-Médjid, par le hatt-chérif du 1" juin 1841, conféra définitivement la vice-royauté de l'Egypte à Méhemet-Ali et à sa famille.

Méhémet - Ali mourut le 2 août 1849, après avoir con-

règne à l'organisation et à l'administration du pays, au développement de commerce. A sa mort, l'armée égyptienne comptait 160.000 hommes de bonnes troupes.

Ibrahim-Pacha, son fils adoptif, qui avait déjà pris les rênes du gouvernement en janvier 1848 pendant la maladie de Méhémet-Ali, mourut en novembre de la même année.

Il eut pour successeur Abbâs-Pacha, fils de Tasûn-Pacha et petit-fils de Méhémet-Ali. Abbâs-Pacha mourut de mort violente en 1854.

Saïd-Pacha, qui lui succéda, était le troisième fils de Méhémet-Ali. Grâce à son jugement éclairé et a son goût pour la civilisation européenne, l'Egypte fit de considérables progrès sous son règne. Il établit une plus juste répartition des impôts, abolit les privilèges, améliora les canaux et fit terminer les chemins de fer d Alexandrie au Caire et du Caire à Suez, commencés en 1830 sous le règne de son prédécesseur. Il prêta son appui à l'œuvre grandiose de M. de Lesseps, qu'il avait connu dans sa jeunesse, et rendit d importants services à la cause de la science en fondant le Musée de Boulaq et en faisant pratiquer des fouilles à Héliopolis, à Sakka, à Memphis, à Abydos, à Thèbes, etc., etc.

Pendant la guerre de Crimée il envoya à la Porte une armée de secours de 3o,ooo hommes (alors que le contingent de guerre de l'Egypte n'est que de 18,000 hommes) et une somme d'argent considérable.

Saïd-Pacha mourut le 18 janvier 1863.

Son neveu, Ismaïl-Pacha, second fils d'Ibrahim-Pacha, né le 3i décembre i83o, lui succéda Sous son règne l'Egypte fit incontestablement de grands progrès : de nouvelles lignes de chemins de fer de nouveaux canaux furent créés, des usines établies, des écoles de tous genres ouvertes ; le système des postes et des télégraphes fut réorganisé, et l'administration de la justice subit une réforme radicale.

Le 26 mai 1866 (13 moharren ia83) Ismaïl-Pacha reçut la sanction de la Porte à un nouvel ordre de succession basé sur la loi de primogéniture ; et en 1867 il fut élevé au rang de khédive ou vice-roi

Le 20 septembre 1872 le khédive obtint un nouveau firman assurant et étendant ses privilèges • succession héréditaire par ordre de primogéniture, indépendance de l'administration et de la justice droit de conclure des traités avec les pays étrangers, droit de battre monnaie et de contracter des emprunts autorisation d'augmenter à volonté ses forces de terre et de mer. Le tribut annuel payable à la Porte' fut en même temps fixé à 133,635 bourses (environ 17 millions de francs).

Ismaïl-Pacha encouragea généreusement les sciences et les arts ; il construisit, au Caire un théâtre magnifique sur la scène duquel fut représenté, pour la première fois, le célèbre opéra de Verdi Aida

C'est sous son règne que furent terminés les travaux du canal de Suez et l'on n'a pas oublié les fêtes splendides qu'il donna à l'occasion de l'inauguration de ce canal, fêtes dont l'éclat fut rehaussé par la présence de l'Impératrice des Français.

Ismaïl-Pacha ayant abdiqué, son fils Theivfik-Pacha, le khédive actuel, lui succéda.

Aperçu géographique. — L'Egypte est, de fait, aussi vaste que les deux tiers de la Russie d'Europe, mais' la partie productive du pays n'a guère une étendue plus grande que la Belgique.

L'Egypte proprement dite commence à Assouân (lra cataracte) par 240 5' 23" de latitude nord. D'Assouàn au Caire, le pays offre l'aspect d'une longue vallée sinueuse et étroite, où le Nil roule paisiblement ses eaux entre la chaîne Arabique à l'est et la chaîne Libyque à l'ouest.

même du pays, mais le désert peut être considéré comme son principal régulateur. L'air du désert les qualités les plus vivifiantes; selon l'expression de M. Bayard Taylor, il constitue un véritable « ehxir de vie ,» (elixir of life). A cette délicieuse pureté de l'air vient s'ajouter, par une heureuse et merveilleuse coïncidence, l'excellente qualité de l'eau du Nil.

La pluie est peu fréquente au Caire et dans le Delta- dans la Haute-Egypte on rencontre assez souvent des personnes d'un certain âge pour lesquelles ce phénomène est chose inconnue.

Les vents du nord dominent de la mi-juin à la mi-février, et les vents de S.-E. et de S.-O. pendant le reste de l'année. Parfois, durant cette dernière période, soufflent des vents nommés «'Khamsin -, dont le souffle brûlant constitue l'unique désagrément du climat de l'Egypte.

Température. — L'Egypte n'a que deux saisons : une période de chaleur qui dure huit mois d avril a novembre, et une période tempérée de quatre mois, de décembre à mars.

Il resuite d'observations faites pendant 10 années que la température moyenne dans le Delta et au Caire est de 12» 78 centigrade, pendant l'hiver, de 26» 67, au printemps, et de 3.» 67 pendant l'été. Le maximum de chaleur est d environ 40» dans le Delta et 45" dans la Haute- Egypte. En décembre, janvier et février la température s'aba.sse parfois jusqu'à + 2» C. dans le Delta, et jusqu'à + 7° C. dans la Haute-Egypte. Le ib février 1874, pendant l'expédition de Rohlf dans le désert de Libye, le thermomètre descendit à - 5° .

Le Baron H. de Royer de Dow; Commissaire général de l'Egypte

Un peu au delà du Caire, au point appelé le Barrage, le fleuve se divise en deux branches : les montagnes disparaissent peu à peu, puis s'effacent complètement, et une vaste plaine sillonnée par des milliers de canaux se déroule comme un immense tapis de verdure au milieu des sables qui l'enserrent jusqu'à la Méditerranée. A cause de sa configuration, cette partie de l'Egypte a reçu le nom de Delta.

L'Egypte proprement dite a.

été divisée en Haute-Egypte, Moyenne-Egypte et Basse- Egypte

Climat. — Le climat de

l'Egypte subit jusqu'à un certain

point l'influence de la grande

artère dont dépend l'existence

igulateur. L'air du désert possède

Population. — L'Egypte proprement dite, c'est-à-dire de Wady-Halfah (2-" cataracte) à la Méditerranée, compte 6,8o6,33i habitants, dont 6,708,185 habitants sédentaires et oS.igô nomades. La densité de cette population est considérable. La Belgique est le seul pays de l'Europe qui ait une population plus dense que celle de l'Egypte. Tandis que, dans la première de ces contrées, l'on compte 187 habitants par kilomètre carré, la seconde en accuse 201 !

La population totale de l'empire, en comprenant le Dâr-Fûr, est évaluée à 17 millions d'habitants.

Les Coptes, les Arabes, les Turcs, les Juifs constituent les divers éléments de la population de l'Egypte proprement dite.

Les Coptes sont considérés comme étant les véritables descendants des anciens Égyptiens. On estime leur nombre à 3oo,ooo, c'est-à-dire au dizième de la population indigène de la vallée du Nil. Leur religion est un mélange d'islamisme et de catholicisme. Dans les villes, leurs aptitudes les portent aux travaux les plus délicats : ils sont orfèvres, horlogers, joailliers, brodeurs, etc., d'autres remplissent des fonctions civiles.

Les Arabes se subdivisent en Arabes sédentaires ou fellahs et en Arabes nomades ou bédouins.

Le fellah est l'habitant des campagnes : c'est l'agriculteur par excellence, travailleur, doux, serviable, naturellement policé. Il nourrit l'Egypte et est, en réalité, l'auteur de sa richesse commerciale.

Le fellah est sobre et hospitalier, loyal et franc; il ignore les vices des nations civilisées.

Les Arabes sédentaires séjournent dans les villes : ils s'occupent de commerce de tous genres. Ils sont d'une origine moins pure que celle des fellahs : dans les classes inférieures leur union avec la race nègre a déformé leurs traits et modifié leur teint; dans les classes élevées, au contraire, il n'est pas rare de rencontrer des Arabes, qui, par suite de leur descendance de mères turques ou géorgiennes, offrent de grandes analogies avec les plus beaux types européens.

Les Arabes bédouins diffèrent étrangement de la population sédentaire de l'Egypte. Ils habitent le désert et viennent rarement dans les villes. Le voyageur qui les rencontre accidentellement dans les bazars est frappé de l'aspect de leur physionomie, qui respire une fierté sauvage et personnifie le

type arabe.

Le bédouin élève de nombreux troupeaux ; il aime la chasse et est naturellement belliqueux.

Les Turcs se reconnaissent à leurs formes plus molles, à leur teint moins basané, à leur démarche

grave et pesante.

Sous la domination des Sultans, depuis Sélim I" jusqu'à Méhémet-Ali, le nombre des Turcs occupant

l'Egypte ne dépassait pas dix mille.

La population turque actuelle de l'Egypte est honnête et se livre paisiblement au commerce ; alors même qu'ils remplissent des fonctions publiques, les Turcs ne jouissent d'aucun privilège.

Les Juifs en Egypte, comme partout ailleurs, s'occupent de commerce et y réussissent. Ils disputent aux Coptes les emplois dans les douanes et dans les intendances.

La plupart d'entre eux sont originaires de la Palestine, mais dans ces dernières années il en est arrivé un grand nombre de la Valachie.

Le nombre des Européens résidant actuellement en Egypte s'élève à environ 100,000. Les Grecs, les Italiens et les Français forment la plus grande partie de la colonie européenne.

LE Nil -"Le Nil est le seul fleuve qui baigne l'Egypte. Ses sources, jusque-là inconnues, ont été découvertes de nos jours. Sorti du Lac Ouhéréoué (Victoria Nyanza) dans les régions équatonales, il descend d'abord de terrasse en terrasse par une série de cascades, tantôt au milieu des savanes, tantôt au milieu de bois de tamariniers et de sycomores ou de marécages hérissés de bambous. Il arrose Faouer, Gondokors, le pays des Chillouks et des Baqqaras et arrive à Khartoum sous le nom de Nil Blanc.

Après son confluent avec le Nil Bleu, grossi de plusieurs rivières qu'il apporte du Sud, le fleuve coule profondément encaissé entre de hautes falaises et des rochers à pic. Il franchit plusieurs rapides, traverse la Nubie, et à Assouân fait son entrée en . Egypte entre deux montagnes de basalte que ses eaux ont tranchées ; là la vallée s'élargit, surtout sur la rive gauche beaucoup moins escarpée que la droite. Il arrose Edfou, Esneh, Thèbes, Qéneh, Glrgeh, Syout, Monfalout, Minieh, Bem-Souef et Le Caire.

Le fleuve qui a 1,200 mètres de largeur à Assouân, ne recevant aucun affluent en Egypte et faisant

des pertes continuelles par l'alimentation des canaux et l'évaporation de ses eaux, n'en a plus que 600 au

Caire. Divisé en deux branches il traverse le Delta et se jette dans la Méditerranée à Rosette et ^Dannetle.

Inondation - Les pluies, très fréquentes d'avril en octobre dans la région des grands lacs et en

Abyssinie, gonflent le fleuve, qui inonde annuellement l'Egypte. C'est à cette inondation que le pays tout

Un Ba\ar au Caire

entier doit sa fertilité ; le sol est uniquement composé du limon que le Nil charrie et, partout où l'eau n'arrive pas, il n'y a que le désert.

C'est vers le mois de juin que commence la crue du Nil, et déjà au temps d'Hérodote elle avait lieu régulièrement au solstice d'été.

La hauteur de l'inondation la plus favorable à l'agriculture est d'environ 23 coudées (6 à 7 mètres); une coudée de plus peut occasionner de terribles dévastations dans le Delta et recouvrir les champs réservés à la culture d'automne (Nabâri) ; deux coudées de moins, c'est la famine dans la Haute-Egypte.

Les crues du Nil ont été appréciées de la manière suivante par Lepère, cité par M. Paulin Talabot dans son étude du canal des deux mers :

Au-dessous de 5m5o :

De 5m5o à 6 mètres :

De 6 mètres à 7 mètres :

De 7 mètres à 7m5o :

Au-dessus de 7m5o jusqu'à i Au-dessus de 8 mètres :

Famine.

Crue insuffisante, disette.

Récolte favorable, abondance.

Crue forte devenant de plus en plus nuisible, es : Crue excessivement nuisible, famine certaine. Danger de peste, de typhus ou d'épizootie.

Ces hauteurs sont calculées au nilomètre de Rhoda (Caire).

On comprend dès lors avec quelle sollicitude sont étudiées toutes les questions relatives à la régularisation de l'inondation. Le Barrage entrepris à grands frais sous Méhémet-Ali devait atteindre ce but ; malheureusement ce gigantesque travail a été négligé, puis enfin abandonné.

Dans une note adressée à la Société des Études du Nil, M. de la Motte propose d'obvier à la pénurie ou à l'excès des crues par l'établissement d'une série de réservoirs. A l'annonce d'une crue excessive, on pourrait ainsi faire une retenue de 7 milliards de mètres cubes d'eau, et prélever près du tiers du plus grand débit du Nil, soit 4,000 mètres cubes par seconde, pendant une vingtaine de jours. Lorsque la crue s'annoncerait, au contraire, comme insuffisante, on commencerait les retenues dès le mois de juillet de manière à amener les eaux au réservoir principal à son plein au moment du maximum de la crue. On pourra ainsi déverser alors de 4,5oo à 5ooo mètres cubes par seconde, pendant plusieurs jours, et gonfler artificiellement la crue de façon à lui faire atteindre le niveau exigé par les cultures.

Un autre but poursuivi par la Société des Études du Nil est de rendre à la culture les plaines autrefois fertiles de Semneh. A cet endroit, le fleuve est barré par un seuil naturel n'ayant que 5oo mètres de largeur ; ce seuil a été détruit, soit par les eaux, soit par la main de l'homme, et il suffirait de le rétablir à sa hauteur ancienne pour élever les eaux et irriguer les plaines autrefois cultivées.

Le principe de la fécondité du Nil est dû au limon qu'il charrie ; ce limon est .très compacte et de couleur brune. Sur 100 parties, il en contient 48 d'alumine, 18 de carbonate de chaux, 9 de carbone, 4 de carbonate de magnésie, 6 d'oxyde de fer, 4 de silice, 11 d'eau pure. Le sol, qui vient d'être arrosé, est couvert d'une couche de terre noire à laquelle chaque inondation superpose nécessairement une couche nouvelle. Il résulte de ce phénomène que le lit du fleuve s'exhausse d'une quantité, à très peu près égale à celle de la vallée. Les ingénieurs français de l'expédition d'Egypte ont évalué en moyenne à omi26 l'exhaussement produit par les dépôts du limon. Par suite de cette élévation du sol, la base de beaucoup de monuments de la Haute-Egypte se trouve aujourd'hui à plusieurs mètres au-dessous du niveau du Nil.

Aujourd'hui, comme au temps de la conquête d'Amrou, la grande crue, qui a lieu vers le 20 juin, donne lieu aux réjouissances et aux démonstrations publiques les plus brillantes.

Jadis l'eau du Nil passait pour délicieuse ; on la transportait dans les contrées les plus éloignées et spécialement chez les princesses du sang des Ptolémées mariées dans des familles étrangères ; le sultan, à Constantinople, n'en supportait pas d'autre. Son principal mérite est l'extrême légèreté ; on peut en boire de très grandes quantités sans fatigue, ce qui est fort précieux dans les grandes chaleurs.

Agriculture. — Napoléon I" écrivait à son frère Joseph, membre du conseil des Cinq-Cents, que « l'Egypte est le pays le plus riche en blé, riz, légumes, viande, qui existe sur la terre. » La fécondité de cette merveilleuse contrée est extraordinaire : à certains endroits on fait jusqu'à trois récoltes par année.

L'homogénéité du sol de la vallée du Nil nécessite moins de travail que nos terres; cependant son irrigation exige des soins incessants, d'où dépend presque entièrement le succès de la culture.

Quoique l'Egypte élève un nombreux bétail, l'engrais animal est peu employé; on se sert beaucoup d'engrais artificiels et d'une sorte de terre que l'on recueille dans les ruines des villes disparues ; cette

fumure contient jusqu'à 12 pour cent de salpêtre, de soude, d'ammoniaque et autres sels : elle possède des propriétés extrêmement fertilisantes, mais doit être employée avec beaucoup de précaution.

Ce qui fait en grande partie la richesse de l'Egypte, c'est le bon marché de la main-d'œuvre. Le paysan égyptien exécute pour une ou deux piastres, c'est-à-dire pour 25 ou 5o centimes, un travail dont nos ouvriers agricoles ne voudraient pas se charger pour 3 ou 4 francs. Il serait donc ridicule d'amener en Egypte des cultivateurs ; mais si des agriculteurs belges allaient s'établir dans la vallée du Nil, où ils seraient certains de faire une fortune honnête et solide, ils pourraient augmenter rapidement et dans des proposons considérables la production du pays. Le fellah ne possède aucun instrument aratoire ; la plupart du temps c'est avec les mains qu'il creuse les canaux d'irrigation ; sa charrue est des plus primitives son seul outil est une sorte de bêche que l'on voit figurer déjà dans les hiéroglyphes. Mais lorsqu'on lui met entre les mains des instruments plus perfectionnés, il apprend vite à s'en servir. On a introduit des faux à Taouïleh ; au bout de quelques semaines, les paysans fauchaient admirablement. Les machines agricoles elles-mêmes n'effraient pas le fellah. Combien son travail deviendrait productif, si on lui en fournissait! Il existe déjà plusieurs exploitations agricoles fondées par des Européens : l'une d'elles dirigée par un Suisse très habile et très intelligent, est située dans les environs de Zagazig. Quoique cette' exploitation soit toute récente, elle rapporte déjà environ i5 à 20 pour cent, revenu certainement fort respectable '

Productions du sol. - Citons, énumérés dans l'ordre de leur importance, les principaux produits de l'agriculture en Egypte :

a. Céréales. — Le blé, le riz, le sorghum, l'orge, le maïs, dont une espèce, le maïs blanc est employée par les distillateurs belges.

b. Matières textiles. - Le coton, dont la culture a pris une grande extension depuis iS63 ; le coton-soie le lin, le chanvre, la ramie, dont l'introduction, en 1870, est due à S. Exe. Nubar-Pacha.

c. La canne à sucre, cultivée dans le nord de la Haute-Egypte et dont une esoèce fut importée de 1 Inde à l'époque des khalifes.

d. Le tabac.

e. Teintures. — L'indigo, le safran.

/. Epices. — Le poivre, la coriandre, la moutarde.

g. Plantes oléagineuses. - Le khirwa (castor oïl plant), la laitue dont la culture est très étendue le safran.

h. La vigne, qui produisait autrefois des vins excellents : on emploie aujourd'hui le raisin pour la fabrication de liqueurs et d'alcools.

i. Les fèves, cultivées dans toute l'Egypte, les lentilles, les lupins, les pois.

j. Légumes. - L'ognon, le chou, le navet, la tomate, le concombre; la plupart des légumes de nos régions se cultivent avantageusement en Egypte (1).

Commerce. - En dépit des guerres, des insurrections et des épidémies, l'Egypte accomplit résolument sa marche dans la voie du progrès. Son commerce si florissant acquiert chaque jour plus d importance. Le mouvement commercial (importation et exportation) a été pour les six premiers mois seulement de lannée 1881 de 1,009,697,708 piastres tarif.

Le commerce d'exportation des céréales entre pour un chiffre considérable dans cette somme Pendant le 1» trimestre de 188, la valeur des blés, farines, fèves, orges, maïs, pois, lentilles, riz, lupins et sons exportes s est élevée à 44,912,149 piastres tarif. Le blé saïdi seul figure dans le tableau d'exportation pour une valeur de 18,573,226 piastres et les fèves saïdi pour i6,58o,3.7 piastres.

Le coton fait en Egypte l'objet d'un grand commerce d'exportation, qui s'est élevé à 3i5,o63,22i piastres pendant le premier trimestre de 1881 et à 43o,7o3,86i piastres pour le premier semestre de la même année

Dans le même temps l'exportation des graines de coton accuse un chiffre de 79,386,l65 piastres

La culture si ancienne du lin donne un produit d'exportation qui s'est élevé pour le !" trimestre de 1S81 à 1,073,226 piastres.

L'Egypte produit beaucoup plus qu'elle ne consomme et le chiffre de marchandises importées annuellement atteint à peine le ,/3 de la valeur des marchandises exportées.

Le revenu de l'Egypte peut être évalué à 8,800,000 livres turques.

<" D" «"•» <" P«>'°'« •>'* Ht Gemment découverte, ,„r le, bord, de I, mer Rouge. Elle, sont , 11. Debaje, ,,a, le gouvernement egvptten : ou compte employer ce pétrole à la fabrication de gaz d'éclairage.

11 d'un ingéuicur belge.

Industrie. - La grande industrie possède déjà en Egypte de nombreux établissements, et il n'est pas douteux que, sous la sage administration du khédive actuel, leur nombre ne s'accroisse d'année en année. Les usines à sucre créées par Ismaïl-Pacha ont une importance considérable et donnent des produits

remarquables. , . ,,,,,•

Les Moulins français du Caire produisent des farines et des sons de qualité exceptionnelle, la fabrique des frères Lv.si des' huiles d'olives fort appréciées et MM. Behrend et Wilson possèdent de vastes établissements pour la décortication du riz.

M. Dadiotis fabrique d'excellentes liqueurs de tous genres; et, dans sa ferme de Tavuileh, Nourrisson- Bey se livre à d'intéressants essais pour la production d'eaux-de-vie supérieures, dites fine-champagne.

' Enfin, il existe au Caire d'importants établissements d'industries d'art, des fabriques de meubles, de bronzes, de lampes, d'objets en cuivre ciselé, etc.

L'établissement de M. Parvis, si habilement dirigé par son fondateur secondé par son fils, artiste de talent produit des meubles de styles arabe et égyptien, conçus heureusement et exécutés avec le plus grand soin. D'origine italienne, M. J. Parvis arriva au Caire en .859. H débuta par de modestes entreprises mais ne tarda pas à se distinguer, dans ses travaux, avec tant d'éclat ou' Ismaïl-Pacha lui confia en .867, le soin de représenter l'industrie de l'ameublement égyptien à l'Exposition universelle de Paris A cet effet il obtint des permis spéciaux et put pénétrer dans toutes les mosquées, où il recueillit des documents précieux pour son industrie. Il en profita avec succès ; car depuis cette époque, il obtint des récompenses partout où il exposa, un diplôme à l'Exposition de Philadelphie, une médaille de progrès à Vienne en i873, deux médailles d'argent à Paris en 1878, pour les meubles et pour les bronzes une médaille d'or à Nice en .884, etc. Enfin les beaux meubles qu'il envoya à l'Exposition de Turin sa ville natale, et qui lui valurent une médaille, montrèrent à ses compatriotes que les Italiens savent' se distinguer à l'étranger. L'établissement de M. Parvis est muni d'un bon outillage pour travailler le bois avec célérité. Le nombre de ses ouvriers s'est élevé jusqu'à 60. Il n'aurait besoin que d une bonne force motrice pour étendre son industrie, si intéressante pour le pays et pour laquelle .1 a déjà formé de nombreux ouvriers indigènes.

lNSTRUCTtON PUBLIQUE. - En 1878, le nombre des écoles primaires de degré inférieur était pour toute l'Egypte de 537o, c'est-à-dire une école pour 1028 habitants. Le nombre des élèves était de l37,553, so.t en moyenne 25 par école, ou 1 sur 40 habitants.

La ville du Caire possède, outre les petites écoles appelées kouttab, dix écoles dites municipales, qui relèvent directement du ministère de l'instruction publique ; d'autres sont entretenues par le ministère des Ouaqfs ou aux frais des particuliers. .

VÉco'e normale, destinée à former des professeurs et des adjoints pour les classes primaires, a ete créée en 1872 et comptait, à la fin de .880, 35 élèves. Depuis 1881 l'école normale a été réorganisée et partagée en deux' sections ; la première comprend le dar-el-oloum, c'est-à-dire l'école normale md.gène ; la seconde s'occupe des études en langue française.

L'École polytechnique a 60 élèves, Yécole d'arpentage, placée sous la même direction, en a 27. h' École de droit, fondée en 18Û7;

L'École des langues ; ,„.,,,■

L'École de médecine compte aujourd'hui .5o élèves; à cette école se rattachent 1 école de pharmacie

et Xécole de la maternité.

L'Éco'e des arts et métiers, fondée en 1867.

L'École des aveugles et sourds-muets, institution particulièrement intéressante, fondée en 1873, par un homme animé des plus nobles sentiments, Osny-Bey.

Depuis le règne de Méhémet-Ali, le gouvernement égyptien envoie chaque année en Europe des ieunes ^ens pour y compléter leurs études. .

' Bibliothèque - La Bibliothèque nationale; fondée par- Aïi-Pacha-Moubaret, est installée au Ministère de l'Instruction publique, au Caire. Elle renferme environ trente-cinq mille volumes parmi lesquels sont des manuscrits orientaux d'une valeur inappréciable. Les plus curieux sont les masahif ou exemplaires du Coran, qui proviennent des diverses mosquées du Caire; ces précieux manuscrits sont tout ce que lait arabe a produit de beau comme dessin et comme écriture. ... , ■■

Outre les masahif, la Bibliothèque possède un grand nombre d'exemplaires des noudyeh ou hadis traditions du Prophète; des ouvrages de jurisprudence musulmane; des précis de Moutenneb, (553 de

l'hégire-ii58) avec commentaires par Ebn-el-Genen, et une quantité de manuscrits très anciens, écrits par les calligraphes les plus distingués de tous les États de l'Islam, entre autres un petit ouvrage unique dans son genre , intitulé Sdnat-el-Kétâbah (l'art d'écrire) , composé et écrit par Abd-el-Rahman'-el-Saghir , et un magnifique manuscrit ayant appartenu au Shah de Perse , chargé d'ornements à l'aquarelle et écrit par Firdoûsi.

Musée de Boulaq. — Le Musée d'antiquités égyptiennes de Boulaq a été fondé par Mariette Pacha pour conserver les précieuses collections provenant des fouilles exécutées dans toute l'Egypte, et pour servir à l'étude pratique de l'égyptologie. Mariette-Pacha est mort, brisé par ses travaux, en l'année 1880, et M. Maspéro, un des maîtres de cette science, a été appelé pour continuer sa lourde tâche. Des fouilles entreprises par M. Maspéro dans la tiécropole de Memphis et à Thèbes ont été couronnées d'un succès

éclatant : la découverte de Deïr-el-Bahari surtout est venue enrichir l'histoire de documents précieux et fixer les incertitudes de quelques points douteux fi).

D'après l'inventaire général, les monuments conservés au musée de Boulaq sont divisés en quatre séries : les monuments religieux, les monuments funéraires, les monuments civils et les monuments historiques.

Les premiers comprennent les statuettes divines de toutes matières, qui paraissent avoir servi d'amulettes, les barques sacrées qu'on promenait à certains anniversaires, les naos ou châsses qui contenaient tantôt un animal sacré, tantôt un emblème devant lequel on récitait des prières, les tables d'offrandes, les stèles, les statues.

Les monuments funéraires attestent par leur somptuosité le respect que les Égyptiens professaient pour leurs morts ; c'est là que se trouvaient les stèles funéraires, les tables d'offrandes, les statues de particuliers, au milieu des bas-reliefs et des inscriptions dont les murs étaient ornés. Dans la chambre mortuaire correspondant par un puits vertical à la chapelle intérieure où se réunissaient les parents, reposait la momie auprès de laquelle se trouvaient les rituels, les scarabées, les figurines, les amulettes, les vases, les armes et les meubles.

Monuments civils. Les recherches faites dans les buttes qui marquent le site des villes antiques n'ont presque rien produit. Si néanmoins quelques vitrines du musée de Boulaq offrent à la curiosité du visiteur un certain nombre d'objets qui témoignent de la civilisation sous les anciens Égyptiens, ces objets proviennent des tombes. Telle est la belle collection des statues de l'Ancien Empire ; tels sont les vases, les armes, les meubles, les outils et tous les objets de la vie privée, qu'on recueille surtout dans les tombes contemporaines des Entefs (11e dynastie) et des Ptolémées.

Monuments historiques. Aucun peuple n'a eu plus de souci de la postérité, aucun peuple n'a plus travaillé pour transmettre à l'avenir d'ineffaçables traces de son passé, que le peuple égyptien. Les obélisques, les colosses, les stèles monumentales, des parois entières de certains temples sont des monuments historiques. Les plus nombreux, sinon les plus précieux pour la science, sont les statues de rois trouvés dans les temples. Le musée de Boulaq rivalise avec tous les autres musées d'Europe pour les monuments royaux de grandes dimensions. Il possède, en effet, ces stèles de reines et ces beaux sarcophages de granit des princes de l'Ancien Empire ; il peut surtout montrer, comme un admirable spécimen de l'art à ces époques si prodigieusement reculées, la statue de Khéphren (Khafra, fondateur de la seconde pyramide de Giseh), chef-d'œuvre qu'aucun autre temps n'a surpassé et qui compte près de six mille ans d'existence.

Parmi les autres monuments nous citerons : la statue en albâtre de la reine Améniritis, la statue de la déesse Thouéiïs, le groupe de la déesse Hathor, deux magnifiques statues trouvées à Meïdoun, deux statues colossales de Ramsès II, et une collection de bijoux trouvés avec la momie de la reine Aah-Hotep : des bracelets d'or et de perles, un diadème, des colliers, des anneaux, des chaînes d'or, des poignards, des hachettes, une petite barque en or avec son équipage, etc.

Canal de Suez. — Nous ne pouvons mieux terminer l'exposé de la situation actuelle de l'Egypte qu'en mentionnant l'utile et grandiose travail dû à l'énergie de M. de Lesseps et à la généreuse et puissante coopération du gouvernement égyptien.

Ce fut en 1854 que M. de Lesseps soumit au khédive Saïd-Pacha les plans d'un canal destiné à mettre en communication la Méditerranée et la mer Rouge. Ce canal a son point de départ à l'extrémité nord du golfe de Suez, il traverse les vieux lacs Amers et le lac Timsâh, près duquel s'est fondée une ville importante, Ismai'Iia. De là il se dirige directement sur Port-Saïd où il vient communiquer avec la Méditerranée.

Les travaux de cette gigantesque entreprise commencèrent le 25 avril i858 et le 18 mars 186g les eaux de la Méditerranée coulaient dans les bassins autrefois secs des lacs Amers.

25,000 fellahs et un grand nombre d'ouvriers européens furent employés à ce travail, qui nécessita, en outre, l'emploi de machines d'une puissance globale de 22,000 chevaux.

Les frais de l'entreprise se montèrent a environ 5oo millions, dont 200 furent généreusement consacrés par le Khédive à une oeuvre qui devait immortaliser sa mémoire et donner un éclat considérable à son règne !

(1) M. Maspéro aytin

s fonctions. M, Grébaut, directeur de l'École française d'archéologie, a

é tout récemment (5 juin iSJ5) directeur du 11

Page 1