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L'EXPOSITION DE L'EGYPTE

Organisée un peu tardivement et sur les vives instances de M. Garnier-Heldewier, ministre résident, chargé de l'agence et du consulat général de Belgique en Egypte, l'Exposition du gouvernement de S. A. le khédive n'en a pas moins été, par son importance et son intérêt tout particulier, l'une des attractions de notre magnifique Exposition. S. Ex. Nubar-Pacha, président du Conseil et ministre des Affaires étrangères,

avait confié à l'intelligent directeur du laboratoire khédivial, Ismalun-Bey, la tâche de recueillir les adhésions des exposants et de former les collections des produits destinés à figurer à l'Exposition.

Le gouvernement de S. A. le khédive désigna pour le représenter à l'Exposition Universelle d'Anvers

trois délégués : MM. le baron Hippolytê de Royer de Dour, Louis Evenepoel et Alfred Orban, Il confia

au premier les fonctions de commissaire général. Secondé par ses honorables collègues, M. le baron H. de Royer de Dour sut remplir sa difficile mission de la façon la plus brillante et donner à l'Exposition de l'Egypte le rang qu'elle méritait d'occuper aux côtés des grands États de l'Europe.

Désignés par le gouvernement égyptien comme membres du jury international des récompenses, MM. Dulier-Bey, Armand Le Docte et le commandant A. Jordan ont fait preuve du zèle le plus louable dans l'accomplissement de leurs délicates fonctions.

Composée et exécutée au Caire, la façade de l'Exposition égyptienne avait un caractère oriental qui faisait valoir à merveille les objets présentés. Elle était formée de deux grandes travées, séparées par une colonne de style vieil-égyptien, couverte d'ornements multicolores et surmontée d'un immense épervier aux ailes déployées. L'épervier est, on le sait, l'oiseau symbolique d'Horus, l'Apollon égyptien. Aux deux extrémités, la longue corniche, ornée de moucharabiéhs (1) s'appuyait sur des portes de style mauresque, du plus charmant effet et ornées de la même façon.

L'une de ces travées renfermait des vitrines dans lesquelles étaient disposés les échantillons de minéraux, de graines, de coton, de ramie, de sucre, d'étoffes, etc., etc. L'autre partie avait été réservée aux objets d'ameublement, aux bronzes, etc.

Un espace faisant retour sur une des voies de l'Exposition était attribué à un parfumeur arabe qui y avait amoncelé les tapis, les étoffes brochées d'or, les flacons d'essences précieuses, etc.

La classification des produits exposés par l'Egypte comprend : Fossiles, minéraux, narrons et sels. — Drogues, gommes et graines. — Huiles, farines et riz. — Sucres. — Alcools et essences. — Cotons. — Étoffes. — Ramie. — Produits des teintureries du Caire. — Types d'impression. — Poteries. — Vannerie. — Ameublement. Sous cette classification se trouvaient réunis des échantillons des principales industries de l'Egypte. Ils donnaient une idée exacte et complète des productions si variées de son sol, et permettaient d'apprécier l'importance commerciale de cette belle et fertile contrée.

Suivant l'ordre adopté par le directeur du laboratoire khédivial, nous examinerons successivement les nombreux échantillons présentés. Nous nous occuperons plus spécialement de ceux qui peuvent être l'objet d'un échange entre le pays producteur et la Belgique.

La collection des fossiles et minéraux comprend des granits, des fulgurites, des quartzites, des grès métamorphiques et des pierres volcaniques d'un grand intérêt, provenant tous du pays de Midian et recueillis par le capitaine Burton. Le laboratoire khédivial y a joint de nombreux échantillons, parmi lesquels nous avons remarqué des gypses, des porphyres, de fort curieux morceaux de bois pétrifié trouvés à Ghebel-Hachab et des fossiles des époques secondaire et tertiaire (2).

La Direction générale des contributions indirectes expose dans cette section des natrons d'Alexandrie, de Cherkieh et d'Assouan d'un grand intérêt et des sels provenant des salines les plus importantes de l'Egypte. Nous rencontrons dans la classe suivante : i° les semences de coton, d'où l'on extrait une huile ayant quelque analogie avec l'huile d'olives. Cette huile est l'objet d'un grand commerce en Egypte et pourrait être utilisée en Belgique; 20 les blés, les maïs, les fèves [Vicia faba) présentés par XAlexandria General Produce Association et sur lesquels nous ne saurions assez attirer l'attention ; 3'1 les sorghums, les cafés, les gommes arabiques, la cochenille, la myrrhe, l'aloès, les graines de lin, la moutarde blanche, le caoutchouc, ainsi qu'une remarquable série de graines et de racines utilisées comme médicaments en Egypte et peu connuesen Europe, le tout provenant des collections du laboratoire khédivial, et du plus grand intérêt pour le commerce et la science ; 40 la graine du coton-soie (Eriodendron anfractuosum) présentée par Blum-Pacha ; il est inutile d'insister sur l'importance de cette matière qui se prête merveilleusement à la teinture et dont l'industrie textile, si florissante en Belgique, pourrait tirer des étoffes nouvelles. L'éminent D[ Sdvveinfurth a joint à ces nombreux échantillons des aloès de Socotra, des galles de tamarin, d'un choix et d'une qualité irréprochables.

Les Moulins français du Caire ont exposé des farines de blé de différentes qualités ; ces farines, d'une beauté exceptionnelle, méritent une mention toute spéciale ainsi que les huiles de lin, les huiles de carthame et de sésame, les huiles de laitue et de coton brut du laboratoire khédivial ; MM. Behrend et Wilson présentent des riz et MM. Lusi frères, des olives vertes et noires et des huiles d'olives qui sont dignes d'une attention sérieuse et trouveraient leur place sur le marché belge.

(i) Treillage composé de petits morceaux de bois tournés et assemblés de manière à former des dessins compliquée et gracieux. L'Exposition de M. J Parvis comprend deux paravents remarquables travaillés de cette façon : on garnit parfois ces paravents à l'intérieur au moyen d'étoffes de couleur claire, qui font valoir le travail de l'ébéimte.

(2) Ismalun-Bey, organisateur général de l'Exposition égyptienne, forma cette collection scientifique avec le concours de MM, Schwemmrth et Sickenberger.

Les sucres des usines de Maghagha, d'Abou-Kourgas, de Bibeh et de l'usine Mattaï, sont de belle qualité et indiquent l'importance qu'a acquise l'industrie sucrière en Egypte.] Nous ne saurions assez les recommander à l'attention des négociants. Il est fâcheux que des communications régulières et directes n'existent pas entre la contrée qui enfante de tels produits et la Belgique. Des relations commerciales importantes s'établiraient entre les deux pays . : le riz, le blé, le sucre, le maïs égyptiens 7 afflueraient sur le marché d'Anvers.

Nous étudierons plus loin cette question qui nous semble d'une importance capitale pour les deux pays .

La vigne est cultivée avec succès dans la Haute- Egypte. Aussi ne sommes-nous pas surpris de rencontrer Veau-de-vie de raisin parmi les produits qu'expose M. Thir amenés Dadiottï. Cet exposant présente en outre des échantillons de mastic, de raid de dattes, de sirops de tamarin d'une qualité vraiment exceptionnelle. Ces derniers pourraient avantageusement être utilisés en Belgique : ils sont d'un goût agréable et légèrement rafraîchissants.

Les cotons de ÏAlexandria Cotton Association méritent une mention toute spéciale.

Ils ravalisenî de beauté avec les cotons américains et

Essences, Drogues, Tapis Exposition de Mohamed- Amin-el-D'ib , Fournisseur S. A. le Khédive

l'emportent de beaucoup sur ceux que produit l'Inde.

Les filateurs belges en ont remarqué la belle qualité , et nous ne désespérons pas de voir bientôt le coton d'Egypte alimenter nos fabriques.

Le coton, dont la culture se développe de jour en jour en Egypte, fait, ainsi que nous l'avons dit plus haut, l'objet d'un commerce d'exportation considérable. Il y croît merveilleusement et constitue avec le blé, le maïs et les autres céréales, une source d'incalculables richesses pour ce magnifique pays. Le développement de la culture du coton en Egypte est dû à Méhémet-Ali, par les ordres duquel M. Jumel importa des Indes orientales les plus belles variétés de cette malvacée(i822)(i).

Le laboratoire khédivial a réuni une collection des plus intéressantes d'étoffes fabriquées à Damiette, à Mehalet-eUKoubrah et autres centres de production. Leurs couleurs savamment harmonisées, leurs dispositions originales ont l'attrait enchanteur que l'ouvrier oriental sait donner au moindre objet qui passe par ses mains.

La plupart de ces échantillons sont des parties de vêtemsnts à l'usage de la fellahine et du fellah.

(i) Dès 1S20 Maho-Bey, ancien gouverneur de D.Migola et du Sennaar, cultivait, dans ses propriétés du Caire, diverses plantes éthiopiennes dont il avait rapporté les semences. Ce fut chez lui que M. Jumel, Français habitant New- York, vit pour la première fois le Gossipium arboreum jEgyptii, originaire de l'Ethiopie. La vue de cet arbre lui suggéra l'idée d'en étendre la culture et il entreprit â cette époque une plantation de cotonniers à Mattariels près d'Héliopolis. Quelques mois après, cette culture avait pris une extension étonnante. De là l'origine du nom de Maho donné au coton égyptien ; les Français l'appellent Jumel.

Le Qallin est le produit du cotonnier de Floride ou Sea-Island, que Méhémet-Ali et ses successeurs firent cultiver.

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La ramie {i) est d'introduction récente en Egypte. S. Ex. Nubar Pacha avait pressenti tout le parti qu'on pouvait tirer de cette plante textile. Par son ordre, des essais de culture des différentes variétés de la ramie furent tentés dans ses propriétés et couronnés de succès. C'est à la suite de cette heureuse expérience que se forma la Société française de la ramie d'Egypte* qui s'est donné pour but la culture de cette plante : 25o hectares y sont actuellement consacrés; 125 sont exploités par M. Favier, le directeur de cette société, et les autres sont disséminés dans les propriétés de diverses personnes avec lesquelles il a conclu des contrats. Parmi ces dernières, nous citerons le frère de S. A. le khédive, Hassan-Pacha, l'administration des domaines, etc. Comme on le remarquera, la nouvelle culture reçoit les encouragements des hauts personnages de l'Egypte, qui en ont compris l'importance et l'utilité.

Le compartiment égyptien renferme un tableau complet et des plus intéressants de toutes les transformations de la ramie. Nous avons été frappé des belles colorations des étolfes exposées et de leur effet original. Certains échantillons dans lesquels la ramie se mêle à la soie sont d'une grande richesse.

Les échantillons sous teintes présentés par les Teintureries du Caire, permettent d'apprécier l'importance acquise en Egypte par l'industrie de la teinturerie. Les nuances les plus délicates et les plus variées ont été obtenues sur les diverses matières textiles, la soie, le coton, etc. Nous estimons que les établissements du Caire peuvent rivaliser avec les meilleures teintureries européennes pour la perfection du travail, l'éclat et la variété des couleurs.

L'Imprimerie nationale du Caire a envoyé à l'Exposition universelle d'Anvers une remarquable collection bibliographique à laquelle le jury a accordé un diplôme d'honneur.

Cette collection se compose de 125 volumes, parmi lesquels nous remarquons surtout le Bulletin trimestriel de la Société d'agriculture. C'est dans cette publication qu'a paru l'intéressante étude d'Ismalun- Bey, directeur du laboratoire khédivial, sur le parasite du coton.

Les autres volumes sont des recueils administratifs ou statistiques, des décrets, des ouvrages d'instruction, etc., etc., tant en français qu'en arabe.

Citons aussi le magnifique atlas des cartes cadastrales du pays, prêté par la Direction générale du cadastre, atlas dont un exemplaire a été exposé dans les salles de lecture du Comité de la presse.

Tous ces ouvrages sont de provenance égyptienne et sortent des presses de l'Imprimerie nationale du Caire. Ils sont remarquables de fini et d'élégance.

Dans les poteries de Damiette et de Menoufieh, exposées par le laboratoire khédivial, nous retrouvons les formes gracieuses des vases en usage sous le règne des Pharaons. Confectionnées avec le limon du Nil, additionné parfois de matières colorantes, elles sont d'une agréable couleur rougeâtre ou noirâtre. D'un aspect à la fois bizarre et charmant, ces vases ont contribué, ainsi que les objets de vannerie, à donner au compartiment de l'Egypte un aspect tout particulièrement artistique.

La collection de nattes et vanneries — notamment de couffins, dont la forme rappelle celle de nos grands paniers à figues — exposée sous la rubrique « Vannerie » par le laboratoire khédivial, forme un ensemble des plus intéressants. Le couffin sert au transport par les animaux de bât, de quantité de marchandises.

Certains de ces paniers servent à transporter la terre. Ils sont alors pourvus, à leur partie inférieure, d'une ouverture qui se ferme automatiquement, par un travail de vannerie très simple, lorsqu'on introduit la charge. Il suffit de déplacer la soupape en vannerie, pour que la terre s'échappe, sans qu'il soit nécessaire de détacher du bât le panier qui la renferme.

Ces vanneries sont faites à l'aide de feuilles de dattier, dont quelques beaux échantillons ont servi à l'ornementation de la Section égyptienne.

L'établissement d'ébénisterie, de bronzes d'art et de travaux de tapisserie, dirigé par M. J. Parvis, au Caire, jouit d'une renommée universelle. Aussi comptions-nous avec raison que cette importante maison ferait à Anvers un envoi exceptionnel de ses productions si artistiques et si originales. On sait que c'est à M. J. Parvis, homme d'un goût sûr et éprouvé, que la colonie autrichienne du Caire confia l'exécution

(i) La Ramie est une plante vivace se multipliant par le repiquage des éclats de racines. Elle produit d'une façon rémunératrice pendant 10 ans. On en distingue 3 variétés ; 1° La nivea, ou Ramie blanche; 2" La candkans, moins blanche que la précédente; 30 Unlilis tenacissima ou ramie verte, plus résistante au point de vue des applications agricoles et industrielles et donnant une récolte plus abondante. Les terrains clairs sont plus favorables à son développement que les terrains noirs ou ronges; néanmoins elle croit parfaitement dans ces derniers. — La Ramie se cultive dans les champs irrigués par des procédés analogues à ceux usités pour le cotonnier et l'on en fait trois coupes par année.

du somptueux fumoir quelle offrit à S. A. I. et R. l'archiduc Rodolphe à l'occasion de son mariage avec S. A. R. la princesse Stéphanie de Belgique.

L'envoi de l'établissement Parvis comprend des meubles de styles arabe et égyptien ancien. Ce sont des armoires-étagères, des sièges pour une et deux personnes, des tables, des paravents dans le plus pur style oriental, où brille la nacre incrustée dans les bois les plus rares. Deux meubles de grandes dimensions, à fronton mauresque et d'une allure magistrale, dominent cet ensemble. L'un, à fond de glace, est flanqué d'étagères qui supportent des bibelots exquis de tous genres : vases en cuivre à long col artistement ciselés, poteries peintes, coffrets, etc., etc. ; l'autre est à vantaux pleins enrichis et ornés de dessins capricieux formés par la marqueterie ; il constitue, par son importance et le choix des matériaux, la pièce capitale de cette série. N'oublions pas la charmante armoire-étagère destinée à recevoir des photographies ou des dessins, qui apparaissent successivement au moyen d'une disposition ingénieuse de châssis à charnières se repliant les uns sur les autres.

Citons encore des sièges reproduits d'après ceux qui figurent dans les documents hiératiques de l'Egypte des Pharaons, des coffres et une armoire à porte vitrée de même style, d'un charme tout particulier.

Encadrés par les tentures de Karamanie et les portières de Brousse en soie rouge ou bleue brodée de lourdes arabesques d'or, les meubles, les bronzes, les sièges recouverts de riches étoffes se pressent en un ensemble vraiment féerique et quand un rayon de soleil vient à glisser sur ces ors, sur cette nacre et sur ces soies, on se croirait transporté dans l'un de ces mystérieux kiosques que l'œil du voyageur aperçoit au sein des jardins enchantés qui bordent le canal Mahmoudieh.

Le jury a attribué aux divers produits exposés par M. J. Parvis plusieurs médailles d'or et d'argent.

Le compartiment égyptien nous ménageait une surprise. On sait, pour peu qu'on ait lu quelqu'une

des nombreuses relations de voyage en Orient, ce que c'est qu'un ba\ar : une série de petites boutiques

basses et étroites, encombrées d'objets de tous genres, où cependant semble se mouvoir à l'aise — par

habitude ou par nécessité — le marchand qui occupe ce minuscule immeuble.

Mohamed- Am'm-el-Dïb, fabricant de parfums et fournisseur de S. A. le khédive, un des exposants de la Section égyptienne, nous a donné, par son installation, le spectacle intéressant, quoique affaibli forcément, de l'une de ces échoppes où de grandes richesses se [trouvent entassées dans un désordre charmant. C'est au milieu d'un véritable amoncellement de tapis de toutes provenances, de toutes grandeurs, où luttaient les jaunes d'ocre, les rouges de garance et les bleus d'outre-mer, tapis à laines longues et frangés de blanc ou de vert pâle, que Mohamed-Amin, coiffé du tarbûsh écarlate et revêtu de robes de soie magnifiques, présentait ses essences de rose et de jasmin.

L'Orient possède seul le secret de ces parfums enivrants ; les essences du riche négociant égyptien ont paru au jury de l'Exposition dignes d'une récompense.

Présentées au jury international, les nombreuses et diverses collections envoyées par l'Egypte à l'Exposition d'Anvers ont lutté avantageusement avec les produits similaires des autres nations.

Dans cette lutte courtoise, l'Egypte a obtenu une part de succès digne des éloges qui lui ont été décernés. Tous les objets exposés par elle ont été primés, tandis que la moyenne générale des récompenses accordées aux 14,085 exposants dépasse à peine la moitié des objets qu'ils présentaient.

Trois diplômes d'honneur et un grand nombre de diplômes de médailles d'or, d'argent et de bronze ont récompensé les exposants de leurs efforts.

Le jury international a récompensé aussi tous ceux qui ont concouru au succès de cette grande oeuvre de l'Exposition d'Anvers.

Il a conféré un diplôme d'honneur à S. Ex. Nubar-Pacha, sous la haute autorité duquel a été entreprise l'Exposition de l'Egypte. Les progrès récents accomplis dans ce pays sont dus à cet homme d'État, promoteur du laboratoire khédivial du Caire et président d'honneur du Comité agricole. Nubar- Pacha exerce sur l'agriculture et l'industrie de l'Egypte l'influence la plus salutaire; la haute distinction dont il a été l'objet montre que ses efforts et ses travaux sont connus en Europe.

L'Egypte est, sans contredit, parmi les nombreux pays représentés à l'Exposition universelle d'Anvers, l'un de ceux qui méritent le plus d'attirer l'attention du commerce belge.

Ses carrières de porphyre, de basalte et de granit, sont d'une richesse inépuisable. Le jaspe, le

gypse, l'onyx éméraude, l'albâtre, que son sous-sol renferme, sont de qualité remarquable ; le sel des salines de Damiette et de Bourlos, les natrons et le nitre, sont pour l'industrie une source de grands profits.

Ses produits industriels ne le cèdent en rien à ceux des pays d'Europe ; ses étoffes sont dignes d'attention ; ses sucres et ses farines sont irréprochables et ses industries d'art ont acquis un grand développement.

L'agriculture, d'autre part, a en Egypte une importance exceptionnelle. Le sol de cette fertile contrée donne avec une abondance extrême les produits les plus variés : le blé, le maïs, le coton, la ramie, l'orge, le lin, le chanvre, les fèves, la moutarde, etc., etc.

La production du pays excède considérablement sa consommation ; aussi son commerce d'exportation a-t-il une importance des plus grandes.

Cette immense puissance productive augmente chaque année, grâce à la sollicitude du gouvernement. Elle se développera encore par l'exécution des travaux actuellement à l'étude, destinés à régler le cours du Nil et à accroitre la superficie de la partie cultivée du sol.

Lorsqu'on examine attentivement les tableaux relatifs au mouvement d'affaires de i'Égypte, il semble que l'industrie belge ne fournit rien au marché égyptien; cependant le commerce de la Belgique avec la vallée du Nil se monte à un chiffre

assez élevé. Malheureusement , toutes les transactions entre les deux pays se font par l'entremise du marché de Londres, en payant grassement et en pure perte un intermédiaire inutile.

Les statisticiens mentionnant les marchandises d'après le pavillon sous lequel elles sont importées, leur silence en ce qui concerne notre pays s'explique tout naturellement.

L'Egypte consomme, en réalité, une grande quantité de nos marchan-

dises : nous sommes pour ainsi dire, les maîtres du marché des verres à vitre, des pointes de Paris, des bougies, etc. ; nos machines et nos fers pour construction y sont estimés.

De son côté l'Egypte nous livre, indirectement toujours, des cotons, des maïs, des blés, etc.

Cette situation préjudiciable aux ;ntérêts des deux pays, ne pouvait manquer d'attirer l'attention du gouvernement belge. Désireux de voir s'étendre le courant d'affaires qui, par des voies

Armoiries de l'Egypte

détournées, existe déjà .entre la Belgique et l'Egypte, il a recommandé à son agent au Caire l'étude des questions qui rentrent dans cet ordre d'idées.

L'établissement d'un service de navigation direct et régulier entre Anvers et Alexandrie serait sans doute le moyen le plus sûr de réaliser ces vues.

Le souverain éclairé qui gouverne l'Egypte, Thewfik-Pacha, est un ami du progrès et les mesures dues à son initiative ont sensiblement amélioré le sort des fellahs. Les dépenses qui seraient de nature à aggraver les charges de son peuple trouvent en lui un adversaire convaincu. Par ses ordres, l'instruction publique et la science agricole ont reçu des encouragements incessants.

Thewiïk- Pacha a choisi, pour l'aider dans sa tâche, un ministre qui est l'un des esprits les plus éminents de l'Egypte moderne. Nubar-Pacha est le promoteur de la grande réforme judiciaire qui contient en germe toutes les améliorations destinées à faire un jour de l'Egypte l'un des pays les plus avancés et les plus prospères de l'Orient.

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