‹ Anvers et l'Exposition universelle, 1885Chapitre 70 sur 125 · M. Alphonse XII, Roi dEspagiie · texte numérisé non relu

M. Alphonse XII, Roi dEspagiie

L'Espagne et ses Colonies

eu de nations évoquent, autant que l'Espagne, des souvenirs empreints de poésie chevaleresque et de grandeur. Son histoire est comme un conte de fée.

L'Ibérie aux pommes d'or inspira les poètes de l'antique Rome; les richesses variées de son sol tentèrent la cupidité des ses pro-consuls. Mais voilà qu'en Orient se lève une nation audacieuse et jeune, que le Coran a fanatisée ; les Maures dominent les Romains abâtardis et fondent le Califat de Cordoue. Au lieu d'épuiser le sol, ils le fécondent. Pendant huit siècles, des travaux immenses d'irrigation, de fertilisation et d'embellisse- . ment , font éclore , dans ces régions ^aimées du soleil, toutes les splendeurs de l'Orient.

La civilisation chrétienne, menacée par l'Islam, qui a lancé ses hordes à la conquête de la Gaule, arrête le flot envahisseur. Charlemagne oppose au Croissant son étendard marqué de la croix ; l'olifant de Roland a retenti à Roncevaux; la lutte sera longue, héroïque,, chevaleresque, mais enfin, le dernier des Abencerages sera refoulé sur le sol africain.

Les royaumes que les princes chrétiens s'étaient taillés, à grands coups d epée, dans le pays des Maures, se réunissent sous le sceptre de Ferdinand et d'Isabelle. Colomb y ajoute un monde nouveau, plein de mystères et de promesses. Charles-Quint se dresse sur ces immenses possessions comme sur un piédestal, d'où il domine son siècle et le monde.

A la grandeur succède la décadence : c'est dans l'ordre !

Les jalousies et les rivalités des puissances européennes, l'amolissement et l'apathie engendrée par l'abus des richesses, amènent le morcellement de ce vaste empire. De temps en temps la malheureuse nation semble se réveiller : au début de ce siècle encore, elle oppose à Napoléon Ier une résistance virile, digne des grands jours. Cependant l'Espagne, jusqu'ici, n'a pas retrouvé sa voie. Il n'est pas de pays où les partis politiques soient si nombreux ; il en est peu où les dissensions intestines ont enrayé plus tristement le développement économique du pays.

L'Espagne, par l'étendue de son territoire et de ses colonies, prendrait rang parmi les nations de premier ordre, si elle savait tirer parti des richesses qu'elle a sous la main. Mais on dirait qu'elle n'a pas secoué encore les habitudes d'insouciance, que des siècles d'une prospérité inouïe lui ont permis de contracter. Les temps ne sont plus où l'or, amassé en Amérique, arrivait par galions et alimentait le luxe de tous. L'or aujourd'hui, est le fruit d'un labeur intelligent et opiniâtre. Le jour où le peuple Espagnol le voudra, il reprendra, parmi les puissances de l'Europe, le rang que lui assignent son origine et les richesses naturelles de son sol.

Le gouvernement de l'Espagne est une Monarchie Constitutionnelle représentative héréditaire.

La superfice continentale du pays, y compris les îles Baléares et les Canaries, est de 5o millions d'hectares environ, occupés par 25 millions d'habitants.

La part qu'a prise l'Espagne à l'Exposition d'Anvers donne une idée bien incomplète de sa situation économique. L'étranger juge par ce qu'il voit ; peut-être a-t-il emporté la conviction que l'Espagne, au point de vue colonial, industriel, commercial, artistique, ne compte guère parmi les nations qui se disputent les marchés

de l'univers. Nous regrettons, à ce point de vue, l'importance restreinte de l'exhibition espagnole ; ce que nous dirons prouvera que cette exposition est en effet bien inférieure à ce qu'elle aurait pu et dû être.

Hâtons-nous d'ajouter que le gouvernement castillan et son jeune souverain Alphonse XII, que la mort a si inopinément enlevé à la confiance et à l'affection de ses sujets, malgré le choléra et les inondations, malgré les difficultés politiques et économiques, ont encouragé dès le début, la participation des producteurs nationaux à la lutte du travail. Le gouvernement octroya les subsides nécessaires pour l'organisation de la section espagnole qu'il confia à son Consul

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