‹ Anvers et l'Exposition universelle, 1885Chapitre 71 sur 125 · M. Marie-Christine, Reine-régente d'Espagne · texte numérisé non relu

M. Marie-Christine, Reine-régente d'Espagne

général à Anvers, M. F.

de Serra, qui fut désigné en qualité de Commissaire général.

L'honorable Commissaire général justifia cet heureux choix. Secondé vaillamment par son Commissaire adjoint M. E. R. Serrano de Casanova, il s'occupa avec beaucoup de zèle des installations de la section et disposa, avec non moins de goût, les produits indigènes dans le comparti- . ment de six cents mètres de surface qui leur était réservé. Cet emplacement fut concédé gratuitement p^ar le cabinet de Madrid aux exposants de la mère-patrie et des Colonies.

Dans la partie bibliographique de l'exposition, nous avons noté quelques ouvrages et des documents

dune grande valeur pour l'étude économique du pays. Ces renseignements ne profitent guère aux visiteurs, qui les consultent peu. Ils y trouveraient cependant des données précieuses sur le commerce, la législation douanière, les finances, etc. des différentes régions. Nous avons remarqué entre autres une belle collection de livres employés par notre Consul général M. E. Sève, comme aussi une description du port de Santander, — des plans de Vigo,

— les mémoires annuels de la « Société pour l'approvisionnement d'eau à Santander ». On sait que ces travaux ont été exécutés par la Compagnie des Conduites d'eau de Liège. Les rapports de l'Association d'Agriculture, et surtout un volume traitant la question des vins sur les marchés étrangers, offrent un intérêt pratique. D'autres publications encore méritaient d'attirer l'attention ; citons : l'Illustration Ispano-Américaine, — les publications de l'Association d'excursions de Catalogne, — la Hacienda y el Comercio, — la Gazette minière et commerciale,

— les mémoires de la « Asociacion para la reforma de los aranceles de aduanas », association issue de la Société libre d'économie politique de Madrid, qui depuis vingt-cinq ans préconise le libre-échange.

L'agriculture constitue la principale source de richesse. La classe agricole comprend les deux tiers de la population; les terres en culture représentent environ 6o % de la superfice totale du sol. Les terres sont naturellement fertiles, malheureusement elles sont mal cultivées ; les procédés et les instruments y sont généralement très arriérés ; en outre, l'absence d'eau et le manque d'arbres constituent dans plusieurs districts, des

obstacles difficiles à surmonter. Les Maures surent rendre productives les parties les plus stériles de cette contrée, par un système ingénieux de réservoirs et de canaux, dont quelques-uns existent encore. Le phénomène de la Huerta pourrait se reproduire dans beaucoup de provinces, car même dans les parties les plus sèches, le sol est bon et produit spontanément.

La production des céréales n'était, au commencement du siècle, que de 35 millions d'hectolitres et ne suffisait pas à la consommation locale ; elle monte actuellement à près de 100 millions d'hectolitres et fournit un aliment à l'exportation ; l'orge de Séville, que nous recevons régulièrement à Anvers, compte parmi les plus belles du bassin de la Méditerranée. Et cependant ni les céréales, ni les fruits, dont les expéditions sont notables, ne figurent à l'Exposition. Il y a par contre des vins en abondance.

Le nombre de cépages en Espagne est encore plus grand qu'en France : le tintilla entre dans la composition du Xérès, du Malaga, du Pajarete ; le cagaldera contribue à la qualité des vins de Péralta, le Lempranillo, le Moscatel, le Ximenes, le Perruno, le Doradillo, etc. etc.

L'Espagne est, après la France, la contrée qui produit le plus de vin. Elle possède près d'un million et demi d'hectares de vignobles. En 1884, la production a été de 3q millions d'hectolitres en France, contre 22 millions en Espagne, 17 1/2 en Italie, 8 1/2 en Autriche-Hongrie et 4 en Portugal.

L'élévation du prix des vins, produite par les ravages du phylloxéra, a été profitable à l'Espagne, dont les exportations suppléent er;; L'Espagne ne donne pas

au déficit de la France. Les produits de Valence, de Benicarlo, de Barcelone, etc., servent au coupage ; ils sont généralement additionnés d'alcools importés d'Allemagne et de Belgique. Certaines maisons importent par an de i,5oo à 2,000 pipes d'alcool à 95/960 , soit '900,000 à i,25o,ooo litres, pour la composition des vins qu'elles exportent. Le changement de notre législation fiscale, en 1884, semble devoir nuire à nos exportations d'alcool. Les Allemands s'efforcent de conquérir le monopole du marché espagnol, où les Américains, les Russes et les Scandinaves commencent à expédier également leurs alcools.

Dans le district de Malaga il z

seulement des vins de coupage ; elle possède des crûs excellents de vins de table. Ses vins de liqueurs peuvent rivaliser avec les produits de n'importe quelle provenance.

Les mauvaises imitations essayées à Cette et à Hombourg, ont nui considérablement aux vins de tout premier choix, que fournissent les provinces espagnoles. Aussi avonsnous applaudi à l'idée qu'ont eue des exposants, de faire déguster les Malaga, Muscat, Malvoisie, Pajarete, Rota, Xérès, etc. dans de coquets pavillons.

Le phylloxéra a envahi l'Es-

M . F. de Serra, Consul général cf Espagne à Anvers, Commissaire général de la section espagnole PaSne > on lul dlsPute le .terram

avec une énergie croissante.

fait de grands ravages : les récoltes de raisins de table s'en ressentent.

A côté des vins, nous trouvons à l'Exposition des liqueurs, notamment les anisettes de Banolas et de Malaga qui, pour bien des amateurs, l'emportent sur celles de Bordeaux ; puis l'huile d'olive, dont la production annuelle est évaluée à 6 millions d'hectolitres, d'une valeur de 35o millions de francs. Un million d'hectares sont couverts d'oliviers ; les plantations les plus vastes sont celles de l'Andalousie où, entre Cordoue et Andujar, elles forment de véritables forêts. Cependant l'arbre est mal soigné, le fruit mai récolté, et l'huile extraite dans des conditions de fabrication peu favorables ; aussi l'huile fine ou comestible est-elle inférieure à celles de la Provence et de l'Italie. Par contre, les huiles lampantes les plus estimées sont celles de l'Espagne.

Les cultures industrielles sont assez développées dans la Péninsule, mais le safran seul donne lieu à un commerce d'exportation.

L'Espagne recèle presque toutes les productions minéralogiques les plus recherchées. Son exposition ferait croire qu'elle ne produit que des marbres, des minerais de fer et de soufre. L'erreur serait grande et fâcheuse.

Les richesses minérales de l'Espagne sont considérables :

L'Espagne' possède un grand nombre de sources minérales dont plusieurs sont très fréquentées. Quelques établissements exposent des eaux sulfureuses, salines, alcalines, bicarbonatées, ferrugineuses, etc.

L'industrie manufacturière est très incomplètement représentée. A peine remarque-t-on quelques tissus

de chanvre et une collection de fils et tissus de coton de Barcelone. Et pourtant les filatures de coton font tourner 1,800,000 broches, soit le double du nombre que nous possédons en Belgique; elles consomment 40 millions de^ kilogrammes de coton brut, dont 23 millions de kilogrammes provenant des États-Unis, le surplus de l'Egypte, des Indes, etc.

En fait de bijoux damasquinés d'or et d'argent, on ne peut qu'admirer la belle collection étalée dans les vitrines de M™ Felipa Guisasola ; il y a là des médaillons, des bracelets, des coffrets, des ceintures, des boucles d'un travail exquis et d'un dessin charmant. Il y a aussi le magnifique portrait de M" Guisasola, qui dessine ces jolies choses, renfermé dans un cadre d'une délicatesse de travail merveilleuse; une loupe attachée au cadre par une chaîne, permet de l'examiner dans ses moindres détails.

L'un des plus grands attraits de la section espagnole et même de l'Exposition d'Anvers tout entière, a été la remarquable collection de cigares de la Havane, présentée par la maison Moris-Van den Bussche, d'Anvers.

De l'avis des principaux journaux, tant belges qu'étrangers, cette collection a été la plus belle, la plus riche et la plus complète qui ait jamais figuré dans aucune Exposition Universelle antérieure. Elle comprenait méthodiquement rangés dans trois vastes vitrines de cinquante mètres de superficie, les produits de cinquante-cinq des premières fabriques de la Havane.

Parmi les marques qui ont obtenu le plus grand succès, tant près du Jury que près des milliers d'amateurs qui se sont intéressés à ces délicieux produits, nous citerons : les Partagas, ' Cabanas, Flor de Morales (diplômes d'honneur); les A. Fernandez Garcia, La Igualdad, Punch, Romeo y Julieta, Villar y Villar, Flor de Cuba, La Carolina, Por Larranaga, Flor de Murias, etc., etc. (médailles d'or). Les cigares offerts à Sa Majesté le Roi des Belges, à S. A. R. Mgr. le Comte de Flandre, et ceux destinés à l'Empereur et aux Grands-Ducs de Russie, ont provoqué une admiration unanime. Ces cigares provenaient des célèbres fabriques de MM. Merry y Morales et A. Fernandez Garcia.

Nous avons déjà parlé plus haut de l'excellente idée qu'a eue M. Moris-Van den Bussche d'installer dans les jardins un pavillon de dégustation.

Il est aisé de voir, par cette courte revue, que l'exposition de l'Espagne est loin de donner une idée complète des ressources dont dispose ce pays. Bien des industries florissantes, bien des richesses naturelles n'y sont pas représentées.

Espérons que l'événement heureux que le peuple espagnol a salué le 17 mai 1S86, avec un patriotique enthousiasme, relèvera les courages. Le jeune prince que la Reine-régente Marie-Christine, vient de donner à l'Espagne, affermira sur le trône une dynastie justement populaire. Espérons qu'une longue ère de paix permettra à une vaillante nation de travailler énergiquement à la consolidation de ses institutions et au développement de sa prospérité intérieure. M. Martos, l'honorable Président du Congrès des députés, l'a dit dans un noble langage, en annonçant cette heureuse naissance : « Le Roi mourant nous a laissé un fils pour le remplacer et perpétuer la monarchie. Nos aïeux défendirent la liberté, représentée par une jeune fille au berceau; préparons-nous à défendre le monarque qui représente la paix et l'ordre.»»

Danemark

L'exposition danoise ne brille pas par le nombre de ses exposants, ni par la quantité de ses produits ; mais la plupart des firmes se signalent à l'attention du visiteur par quelque chose de caractéristique.

gouverne avec le concours de deux chambres, le Lands-

La participation du Da> nemark a d'autant plus de prix, qu'elle s'est faite en dehors de tout concours officiel.

Le Danemark comprend la péninsule du Jutland et les îles de la Baltique ; il est composé de plaines fertiles à l'est, de terres stériles ou recouvert de bruyère au centre, de marais et de dunes à l'ouest; le Jutland renferme un grand nombre de tourbières et de lacs.

Le gouvernement est une monarchie constitutionnelle représentative héréditaire ; le roi Chrétien IX, de la maison de Schleswig - Holstein - Sonderbourg - Glûcksbourg, monté sur le trône en i863,

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