LE MARQUISAT D'ANVERS RÉUNI AUX ÉTATS DE LA MAISON DE BOURGOGNE
Louis de Maele mourut à Saint-Omer, le 29 janvier 1348, haï et méprisé tant de ses sujets flamands que des Anversoïs. Philippe le Hardi, au nom de sa femme Marguerite, fille unique de Louis de Maele, prit possession des comtés de Flandre, d'Artois, de Nevers, de Réthel et des Seigneuries de Malines et de Salins. Il héritait en même temps de la souveraineté que Louis de Maele avait exercée sur Anvers.
Philippe le Hardi confirma les privilèges et libertés des Anversoïs. L'acte le plus important de son règne fut le rétablissement d'un Ecoutète et d'un Amman, magistrats dont les fonctions, sans être supprimées, étaient restées, sous Louis de Maele, sans titulaires. Il protégea également le commerce en accordant des garanties aux marchands qui se rendaient à Anvers ou en revenaient. Maïs en même temps il se produisit dans notre organisation judiciaire un changement qui ne fut nullement à notre avantage. La juridiction suprême pour les affaires civiles fut transférée de l'assemblée de Cortemberg au parlement de Paris : c'était une conséquence de l'annexion d'Anvers aux États d'un grand vassal de la couronne de France.
Philippe le Hardi montra de bonne heure ce goût pour le luxe et la magnificence qui distingua la seconde maison de Bourgogne. Mais ses revenus n'étaient guère en rapport avec ses besoins. Aussi eut-il souvent recours aux « bonnes villes » qui ne craignirent pas de contracter des dettes, sous forme d'emprunts., pour subvenir aux frais énormes qu'occasionnait au Duc son faste inouï.
Il mourut le 17 avril 1404. Cet événement détermina la Duchesse Jeanne, qui gouverna après la mort de Wenceslas, les duchés de son époux, à abdiquer en faveur de sa nièce Marguerite, épouse de Philippe le Hardi. Jeanne lui céda, sous forme de donation, ses duchés de Brabant et de Limbourg. Il fut stipulé en même temps qu'Anvers et Malines feraient désormais et à perpétuité partie du duché de Brabant. Marguerite désigna pour gouverner le Brabant pendant son vivant et le posséder après sa mort, Antoine, comte de Réthel, son second fils, qui fut reconnu par les états comme gouverneur ou Ruwaerd du Brabant. A la mort de Marguerite, sa mère, il ajouta à ce titre celui de duc de Limbourg.
Ce nouveau règne fut accueilli à Anvers avec la plus grande joie. Le retour au duché de Brabant semblait devoir ramener tous les avantages qu'on avait trouvés autrefois dans cette réunion. Le seul avantage que les Anversoïs retirèrent de la domination d'Antoine, fut la restitution, à leur ville, du droit d'étape ou d'entrepôt On appelait ainsi la faculté de faire décharger dans la ville, pour être vendu aux habitants, tout ou partie des marchandises qui y étaient introduites. Les trois étapes les plus considérables que possédât la ville d'Anvers étaient celles du poisson, du sel et de l'avoine. Ces étapes, qu'on trouve en possession des Anversoïs dès la fin du XIIe siècle, leur rapportaient ■ grand profit.
Louis de Maele les en priva en les donnant à Malines. Ce fut Antoine de Bourgogne qui, par une charte en date du 28 mars 1410, les leur rendit. Les Anversoïs en avaient été privés pendant cinquante-trois ans.
Quant au reste, on peut dire qu'il y a dans notre histoire peu de règnes aussi nuls que celui de ce prince. Il n'avait pas beaucoup d'empire sur les villes de sa province. Il prétendait que la bourgeoisie lui devait le service militaire, toutes les fois qu'il l'exigeait; mais les. citoyens ne voulaient combattre que dans les expéditions qu'ils auraient approuvées. Le débat fut long; mais le Duc finit par céder. Il fut tué peu de temps après à la bataille d'Azincourt, livrée par l'armée de France à celle d'Angleterre.
Après la mort d'Antoine de Bourgogne, sa veuve Elisabeth de Gorlitz épousa Jean de Bavière, l'élu de Liège. Les duchés de Brabant et de Limbourg et le marquisat d'Anvers échurent à son fils aîné, qui prit le nom de Jean IV. L'histoire de ce prince ne touche directement à celle de notre ville que par les continuelles demandes d'argent que valait à Anvers sa réputation de richesse. Livré à la dissipation et à la
débauche, uniquement occupé de ses plaisirs, habitué au faste dont les princes de la maison de Bourgogne avaient fait un moyen de domination, les revenus ordinaires du duché de Brabant ne pouvaient lui suffire. Il mourut à lage de vingt-quatre ans, le 17 avril 1427, après avoir fondé, l'année précédente, l'Université de L ou vain.
Comme Jean IV n'avait pas laissé d'enfants, sa succession passa à son frère cadet Philippe, comte de Saint-Pol. Mais ce jeune prince, qui promettait de régner avec honneur, fut enlevé, en 1430, par une
clat de toutes
mort précoce.
Alors le Brabant échut à Philippe le Bon, comme auplusproche héritier des derniers ducs.
Le nouveau souverain, aussi habile qu'ambitieux, reconnut et confirma tous les privilèges des Brabançons, et dissipa par ce moyen les inquiétudes que pouvait inspirer au peuple l'étendue de sa puissance.
Il eut cependant quelques démêlés avec les Anversois, démêlés qui prirent presque tous leur source dans le besoin d'argent où se trouvait fréquemment le Prince.
Le luxe prodigieux de Philippe le Bon, qui faisait pâlir l'é-
Facades en bois de Maisons du XVa siècle.
les cours souveraines de l'Europe, sans en excepter la couronne impériale, coûtait cher aux villes de ses États. On en jugera par les sommes énormes qu'il tira de la seule ville d'Anvers. Dans le subside de 325,ooo écus consenti en 1433 par les états de Bra- ' bant, la ■ part d'Anvers fut de 817 écus.
Le 8 novembre de la même année elle paya 3,000 Peeiers d'or dans l'emprunt de 3o,ooo peeters fait en Brabant; une somme égale de 3,ooo peeters fut encore payée dans le commencement de l'année suivante. En
1430 la ville avait encore consenti, d'abord 3, 200 florins nouveaux, appelé Philips-gulden, dans l'emprunt de 40,000 florins, et plus tard, 10,000 philips. Si ces nombreux emprunts — nous n'en avons rapporté qu'une faible partie — prouvent l'incurable pénurie de la caisse ducale, ils prouvent aussi pour Anvers une augmentation considérable de la richesse publique.
La politique de Philippe le Bon fut aussi odieuse dans ses moyens que désastreuse dans ses
conséquences. Qu'on n'objecte pas l'éclat de sa cour, la renaissance des arts sous son règne, l'édification de la cathédrale d'Anvers, de l'hôtel de ville de Louvain et de tant d'autres monuments splendides qui sont le produit d'une époque et qui ne doivent rien au Duc de Bourgogne. Il est même permis de supposer que les nombreuses exactions que toutes nos villes durent souffrir, les mirent dans l'impossibilité d'exécuter bien des projets utiles et que réclamaient impérieusement les besoins nouveaux que le progrès des temps
avaient fait naître.
Philippe le Bon mourut à Bruges, le 1 6 juin 1467, à l'âge de soixante-douze ans. Sonfils le comte de Charolais, si célèbre depuis sous le nom de Charles le Téméraire, lui succéda dans le marquisat d'Anvers, comme dans ses autres titres et souverainetés.
Dès son début en Belgique, ce prince rencontra de vives préventions secrètement excitées par les intrigues de 1 ' astucieux Louis XI, jaloux et inquiet de 1 ' extension considéra-
Maisons des anciennes corporations des Tonneliers et du vieil Arbalète, reconstruites en 1576.
ble qu'avait prise dans ces derniers temps la puissance delà Maison de Bourgogne. Des séditions éclatèrent dans plusieurs villes de ses Etats, à Gand d'abord, puisa Matines, à Bruxelles et à Anvers. Elles furent énergique ment réprimées ; mais si l'ordre se rétablit, la haine, la méfiance et un secret désir de vengeance remplacèrent l'affection que tout bon prince doit s'efforcer de mériter.
Ce pendant Anvers doit lui savoir gré de quelques
sages mesures : ainsi en l'absence du prince, un Conseil et un Chancelier le remplaçaient, et tous les membres de ce Conseil devaient être nés Brabançons et posséder la langue thioise ou flamande. Mais en somme, Charles ne s'occupa guère du bien-être de ses sujets flamands ou brabançons. 11 ne les estimait qu'à cause de leur richesse, mais il les détestait pour leur fierté et leur turbulence. Il regrettait que les. opulents bourgeois de Bruges et d'Anvers ne fussent pas taillables à merci comme les vilains de ses domaines féodaux de la Bourgogne. Charles espérait un jour pouvoir briser ces obstacles incommodes, faire un feu de joie de tous ces
parchemins surannés qu'à son avènement il avait juré de respecter, seulement par politique et par pure formalité, et une fois qu'il aurait reconstruit le royaume de Lothaire, une fois la Suisse domptée, l'Alsace et la Lorraine conquises, il comptait bien, de sa main victorieuse, serrer le frein à toutes ces petites républiques indociles et tapageuses, si mal façonnées à porter le bât du despotisme.
La mort ne lui laissa pas le temps d'accomplir ces projets. Ii fut tué devant' Nancy, le 6 janvier 1477.
A la nouvelle de sa mort, des émeutes éclatèrent dans les principales villes de la Belgique. Son gouvernement était devenu odieux, et partout on réclamait les vieilles libertés qu'il avait détruites. A Anvers, les troubles commencèrent au mois de mars 1477. Le peuple accusait les magistrats d'avoir comploté avec le Duc de Bourgogne l'anéantissement des privilèges de la commune et l'augmentation des impôts. Sa colère se tourna particulièrement contre les frères Nicolas et Pierre van der Voordt, trésoriers de la ville, qui avaient acheté l'accise de la bière. A tort ou à raison, on leur reprochait d'avoir dilapidé le trésor public, et on exigeait qu'ils rendissent un compte immédiat des recettes et des dépenses. Les métiers prirent les armes et occupèrent sans désemparer, pendant l'espace de six ou sept semaines, leurs chambres et la place de l'Hôtel-de- Ville, buvant outre mesure de la bière et d'autres boissons dont ils refusaient de payer l'accise. Cependant les magistrats n'opposaient à leurs réclamations insolentes que le silence du dédain. A la fin, les métiers se lassèrent de n'obtenir aucune satisfaction; un soir qu'ils étaient rassemblés, ils s'emparèrent de l'Hôtel de Ville, firent prisonniers le seigneur de Ranst, le bourgmestre Henri van de Werve, les éehevins Jean Van Mechelen, Jean Schoyte, Walraven Drake; le receveur Guillaume van Riethoven et les trésoriers Pierre et Nicolas Van der Voordt, objets particuliers de la haine populaire. Tous ces personnages furent conduits d'abord dans les chambres des métiers des merciers et des bateliers ; ils furent ensuite transférés et étroitement enfermés dans la tour des Poissonniers.
La duchesse Marie, fille unique de Charles et son héritière, se trouvait alors à Gand, où sévissait une révolte non moins formidable, dont furent victimes les chanceliers Hugonet et Humbercourt. Lorsqu'elle apprit les troubles d'Anvers, elle envoya dans cette ville Adolphe de Clêves, seigneur de Ravesteïn, et les seigneurs de Perwez et de Culembourg, avec la mission d'apaiser la révolte par les voies de la douceur et de la persuasion. Ils montrèrent au peuple des lettres de la Duchesse dans lesquelles elle intercédait pour la liberté des magistrats qu'on détenait en prison. Mais à peine daigna-t-on les écouter et les trois seigneurs repartirent pour Gand sans avoir rien obtenu. Toujours dans l'espoir d'obtenir l'élargissement des prisonniers, la duchesse Marie fit des concessions: c'est ainsi que le Bourgmestre de l'intérieur, Jean Pels, le principal instigateur des troubles, fut choisi dans le métier des bateliers, et que, pour îa première fois, on vit siéger dans l'échevinage des hommes pris dans les corps des métiers. Mais le peuple voulait une seconde représentation de la tragédie qui venait de se dénouer à Gand par la mort des chanceliers Hugonet et Humbercourt. Les deux infortunés trésoriers furent condamnés, dans un plaid populaire, à la peine capitale, et le 6 mai, sur un échafaud dressé au milieu de la place du Grand-Marché, ils eurent la tête tranchée, aux cris de joie féroces d'une multitude innombrable.
Quant aux autres prisonniers, ils furent rendus à la liberté, après avoir fait l'objet d'une procédure plus ou moins régulière. L'ordre se rétablit peu à peu, sans violence. La Duchesse ratifia les sentences prononcées pendant ces jours de trouble; elle comprit que des mesures de rigueur ne répareraient pas le mal accompli et ne lui ramèneraient pas l'affection populaire. D'ailleurs ce n'était pas contre l'autorité souveraine, mais contre les magistrats que le mouvement avait été dirigé : la Duchesse agit sagement en laissant la commune se pacifier elle-même.
Cependant, pour arrêter l'astucieux Louis XI, qui avait déjà commencé la conquête du Hainaut, les villes belges se hâtèrent de donner à Marie un époux capable de défendre ses possessions, et elles se décidèrent pour l'archiduc Maximilien d'Autriche, fils de l'empereur Frédéric III.
Les États de Flandre et le Brabant reconnurent la co-souveraineté de Marie et de Maximilien.
L'inauguration solennelle de Maximilien à Anvers eut lieu le 14 janvier 1478. Une estrade magnifiquement décorée de tapis, d'étoffes de velours et de soie, avait été dressée sur la place du Marché. Le magistrat y donna lecture des privilèges de la ville, que le prince jura de maintenir. Alors toute la commune éleva la main droite au-dessus de la tête en signe qu'elle jurait d'être fidèle au jeune souverain.
Le 28 avril, la paix fut faite entre la ville et les anciens magistrats qui avaient été indûment emprisonnés. La mémoire des frères Van der Voordt fut réhabilitée. La ville fut obligée de leur élever un monument expiatoire et de prendre soin de leurs veuves et de leurs enfants. Quant à Guillaume Van Riethoven, Maximilien l'avait relevé de son serment, et il était allé se fixer à Malines.
Armoiries de la Confrérie de St-Luc, des chambres de Rhétorique, des Corps de métiers et des Serments.
Telle fut la fin de ces troubles, qui n'eurent en définitive, comme tous les désordres de ce genre, d'autres résultats que d'ébranler momentanément le respect dû à la loi et d'aggraver les charges financières de la ville.
Celles-ci commençaient à devenir fort lourdes, à cause des nombreux subsides accordés aux souverains, depuis le commencement du règne de la maison de Bourgogne. En 1472, la ville vendit pour six cents couronnes de rentes perpétuelles. D'après un compte de 1474, Anvers payait alors, en impôts au profit du souverain, la somme de i3,36i florins. Pour remédier au désordre des finances, on fit en 1475 un long règlement, où l'autorité du Duc n'était pas invoquée ni son intervention reconnue nécessaire. Mais les guerres continuelles soutenues par Maximilien rendirent ce règlement inutile, et les charges de la ville s'aggravèrent d'année en année. Heureusement l'état prospère du commerce augmentait ses ressources en même temps que les exigences du souverain accroissaient ses dettes.
L'armée avec laquelle Maximilien fit la guerre à la France, et qui battit à Guinegate celle de Louis XI, avait été réunie à Anvers. On cite parmi les Anversois qui se distinguèrent dans cette brillante journée, les chevaliers Charles Van Immerseel, Josse Van Berchem, Guillaume Van Liere et Conrad Pot.
Au printemps de cette même année (1479), se tint à Anvers la première Assemblée des États-Généraux des Pays-Bas. Maximilien en personne présida la session, qui dura cinq semaines. Marie de Bourgogne méritait l'amour du peuple. Pleine de grâce et de modestie, dévouée à Maximilien qui l'aimait sincèrement, elle montrait autant de douceur que le Téméraire avait eu de rudesse. Mais son règne devait être court. A peine avait-elle recueilli les premiers hommages de ses sujets, qu'un accident fatal vint l'enlever à la Belgique. Elle fut renversée de cheval, dans une chasse au fau-
con et mourut à Bruges, le 28 mars 1482.
Avec elle s'éteignit cette fameuse maison de Bourgogne qui avait tenu la Belgique sous sa domination depuis un siècle,à partir de l'avènement de Philippe le Hardi.
Marie de droit. Il réclamait en outre la régence du pays; les États de Flandre s'y opposèrent et s'emparèrent de leurs futurs souverains. Cependant, l'opposition des Anversois fut de courte durée; l'intérêt les rallia à Maximilien, dont ils attendaient de grands avantages pour leur commerce. Le 16 février i486, Maximilien reçut à Aixla-Chapelle le titre de Roi des Romains. Le 3 juillet, il fit, en cette nouvelle qualité, une entrée solennelle a Anvers. Au mois de septembre de cette même année, l'empereur Frédéric III, accompagné de son fils et de son petit-fils, visita notre ville et alla loger à l'abbaye St-Michel.
Mentionnons ici un autre séjour fait à Anvers par le même empereur. Aux mois d'août et de septembre 1488, il passa près de six semaines à l'abbaye St-Michel, pendant que ses troupes allemandes guerroyaient avec les Flamands, insurgés de nouveau contre Maximilien. Dans la guerre que celui-ci eut à soutenir contre les communes flamandes, Anvers et Malines furent les seules villes de la Belgique qui soutinrent franchement son parti: Anvers, parce que déjà son commerce luttait avec celui de Bruges; Malines, parce qu'elle attendait de Maximilien le rétablissement du Grand Conseil, qui avait été transféré à La Haye.
Ruines de l'Abbaye St-Michel.
Bourg og n e laissait de son mariage avec Maximilien deux enfants, un fils nommé Philippe, alors âgé de quatre ans, et une fille du nom de Marguerite.
D'après les stipulations de leur contrat de mariage, Maximilien n'avait aucun droit de lui succéder dans l'héritage des ducs de Bourgogne, mais la tutelle de ses enfants mineurs lui appartenait de
Cependant le mouvement populaire de 1477 avait laissé debout à Anvers la concession faite par Marie de Bourgogne relativement au choix des Magistrats. Au mois de novembre i486, Maximilien, par une charte donnée au nom de son fils Philippe, rétablit les choses sur l'ancien pied, c'est-à-dire que les échevins ne pouvaient plus être choisis dans les métiers, mais exclusivement dans la haute bourgeoisie ou la noblesse, parmi des candidats à présenter par les échevins sortis de fonctions, les chefs-hommes et les quartiniers. Ainsi l'introduction de l'élément démocratique dans l'échevinage n'avait pas été de longue durée.
Une autre mesure importante concernant l'échevinage fut prise sous Maximilien. En 1488, la juridiction des échevins fut étendue jusqu'à Dambrugge, Deurne, Berchem et le Kiel, sur un territoire formant un demi-cercle autour de la ville. Cette enceinte forma la cuve (Kuyp) d'Anvers. Des bornes de pierre portant du côté de la ville la main de justice furent placées aux limites de cette juridiction. Tous ceux qui étaient nés dans cette enceinte acquirent les droits et furent tenus de supporter les charges de bourgeois
Maisons du XVIe siècle, Anciennes corporations des Arquebusiers, des Bateliers, du Vieil Arc et des Poissonniers.
d'Anvers. Comme, par suite de cet agrandissement, la besogne du collège échevinal se trouva considérablement augmentée, le nombre des échevins fut porté de douze à seize, par une charte du 26 novembre 1490.
L'empereur Frédéric III étant mort au mois d'août 1493, Maximilien fut appelé à lui succéder au trône impérial. Il se rendit en Allemagne, et bientôt après il abandonna la régence des Pays-Bas, qu'il n'avait exercée qu'au nom de son fils Philippe.
Sans vouloir atténuer les torts des ducs de Bourgogne, on peut constater le bien qu'ils ont fait : ils relièrent en un faisceau des provinces jusqu'alors divisées et presque étrangères les unes aux autres ; ils jetèrent les bases de l'administration générale, de l'unité politique, de l'indépendance de la Belgique. Dès le XV siècle, ils avaient créé cette nation qui, après l'extinction de leur dynastie, fut livrée à tant de vicissitudes. L'ancienne grandeur du pays déclina, son opulence devait s'évanouir un jour ; mais jamais l'œuvre des ducs de Bourgogne ne périt entièrement.